Les aventures de Pinocchio – Carlo Collodi – Chapitre 2

02-chapitre 2b

Le avventure di Pinocchio /Capitolo 2


Maître Cerise ne sait pas quoi faire de ce morceau de bois qui lui fait peur, jusqu’à changer ce qui fonde son identité, à savoir la couleur de son nez*.
___

* Nez rouge de clown, d’ivrogne ?


Chapitre second

Où apparaît un des personnages principaux du conte. Bien plus modeste que maître Cerise, mais que celui-ci reconnait cependant comme son compère qui lui, saura donner forme à ce morceau de bois rebelle.

(français)
P02A-MAÎTRE CERISE OFFRE-let
P02B-CAPABLE DE DANSER-let

02-chapitre 2

(italien)
P02AI-MAESTRO CILIEGIA REGALA-let
P02BI-PER FABBRICARSI -let


Dans ce chapitre, Collodi donne à voir les liens particuliers que pouvaient entretenir deux personnes de condition très différente et notamment le passage si aisé, et pour nous* si étrange de la dispute, voire du corps à corps comme c’est ici le cas, à la réconciliation totale, comme si de rien n’était.
__
* Nous qui sommes habitués à des conflits dont l’issue ne peut être que la soumission totale de l’autre, ou sa disparition, en des luttes ou des guerres dans lesquelles « on ne négocie pas avec l’ennemi ». 

 


« Maestro Ciliegia regala il pezzo di legno al suo amico Geppetto, il quale lo prende per fabbricarsi un burattino maraviglioso, che sappia ballare, tirar di scherma e fare i salti mortali.
In quel punto fu bussato alla porta.
— Passate pure, — disse il falegname, senza aver la forza di rizzarsi in piedi.

Chapitre 2 -01b

Allora entrò in bottega un vecchietto tutto arzillo, il quale aveva nome Geppetto; ma i ragazzi del vicinato, quando lo volevano far montare su tutte le furie, lo chiamavano col soprannome di Polendina, a motivo della sua parrucca gialla, che somigliava moltissimo alla polendina di granturco.

Geppetto era bizzosissimo. Guai a chiamarlo Polendina! Diventava subito una bestia, e non c’era più verso di tenerlo.

— Buon giorno, mastr’Antonio, — disse Geppetto. — Che cosa fate costì per terra?

— Insegno l’abbaco alle formicole.

— Buon pro vi faccia.

— Chi vi ha portato da me, compar Geppetto?

— Le gambe. Sappiate, mastr’Antonio, che son venuto da voi, per chiedervi un favore.

— Eccomi qui, pronto a servirvi, — replicò il falegname rizzandosi su i ginocchi.

— Stamani m’è piovuta nel cervello un’idea.

— Sentiamola.

— Ho pensato di fabbricarmi da me un bel burattino di legno: ma un burattino maraviglioso, che sappia ballare, tirar di scherma e fare i salti mortali. Con questo burattino voglio girare il mondo, per buscarmi un tozzo di pane e un bicchier di vino: che ve ne pare?

— Bravo Polendina! — gridò la solita vocina, che non si capiva di dove uscisse.
A sentirsi chiamar Polendina, compar Geppetto diventò rosso come un peperone dalla bizza, e voltandosi verso il falegname, gli disse imbestialito:

— Perchè mi offendete?

— Chi vi offende?

— Mi avete detto Polendina!

— Non sono stato io.

— Sta’ un po’ a vedere che sarò stato io! Io dico che siete stato voi.

— No!

— Sì!

— No!

— Sì! —

E riscaldandosi sempre più, vennero dalle parole ai fatti, e acciuffatisi fra di loro, si graffiarono, si morsero e si sbertucciarono.
Chapitre 2 -02

Finito il combattimento, mastr’Antonio si trovò fra le mani la parrucca gialla di Geppetto, e Geppetto si accòrse di avere in bocca la parrucca brizzolata del falegname.

— Rendimi la mia parrucca! — gridò mastr’Antonio.

— E tu rendimi la mia, e rifacciamo la pace. —

I due vecchietti, dopo aver ripreso ognuno di loro la propria parrucca, si strinsero la mano e giurarono di rimanere buoni amici per tutta la vita.

— Dunque, compar Geppetto, — disse il falegname in segno di pace fatta — qual è il piacere che volete da me?

— Vorrei un po’ di legno per fabbricare il mio burattino; me lo date? —

Mastr’Antonio, tutto contento, andò subito a prendere sul banco quel pezzo del legno che era stato cagione a lui di tante paure. Ma quando fu lì per consegnarlo all’amico, il pezzo di legno dette uno scossone, e sgusciandogli violentemente dalle mani, andò a battere con forza negli stinchi impresciuttiti del povero Geppetto.

— Ah! gli è con questo bel garbo, mastr’Antonio, che voi regalate la vostra roba? M’avete quasi azzoppito!…

— Vi giuro che non sono stato io!

— Allora sarò stato io!…

— La colpa è tutta di questo legno….

— Lo so che è del legno: ma siete voi che me l’avete tirato nelle gambe!

— Io non ve l’ho tirato!

— Bugiardo!

— Geppetto, non mi offendete: se no vi chiamo Polendina!…

— Asino!

— Polendina!

— Somaro!

— Polendina!
— Brutto scimmiotto!

— Polendina! —

A sentirsi chiamar Polendina per la terza volta, Geppetto perse il lume degli occhi, si avventò sul falegname e lì se ne dettero un sacco e una sporta.

A battaglia finita, mastr’Antonio si trovò due graffi di più sul naso, e quell’altro due bottoni di meno al giubbetto. Pareggiati in questo modo i loro conti, si strinsero la mano e giurarono di rimanere buoni amici per tutta la vita.

Chapitre 2 -03

 


C’est alors qu’on frappa à la porte.

– Entrez – dit le menuisier, sans avoir la force de se relever.

Un petit vieux tout guilleret entra dans l’atelier. Il avait pour nom Geppetto mais les enfants du voisinage, quand ils voulaient le mettre hors de lui, l’appelaient Polenta au motif que sa perruque jaune ressemblait fort à une galette de farine de maïs.

Geppetto était très susceptible. Gare à qui lui donnait de la Polenta ! Il devenait une vraie bête et il n’y avait plus moyen de le tenir.

– Bonjour, Maître Antonio – dit Geppetto – Qu’est-ce que vous faites assis par terre ?

– J’apprends le calcul aux fourmis.

– Grand bien vous fasse !

– Qu’est-ce qui vous amène chez moi, compère Geppetto ?

– Mes jambes ! Maître Antonio, je suis venu vous demander une faveur.

– Me voici, prêt à vous rendre service – répondit le menuisier en se relevant.

– Ce matin, il m’est venu une idée.

– Voyons cela.

– J’ai pensé que je pourrais faire une belle marionnette en bois, mais une marionnette extraordinaire capable de danser, de tirer l’épée et de faire des sauts périlleux. Avec elle, je pourrai parcourir le monde en dénichant ici ou là un quignon de pain et un verre de vin. Qu’en dites-vous ?

– Bravo Polenta ! cria la petite voix, celle qui sortait on ne sait d’où.

A s’entendre appelé ainsi, Geppetto devint rouge comme une pivoine et, fou de rage, se tourna vers le menuisier :

– Pourquoi m’offensez-vous ?

– Qui donc vous a offensé ?

– Vous m’avez appelé Polenta !…

– Mais ce n’est pas moi.

– Ben voyons ! Ce serait moi, par hasard ! Moi, je dis que c’est vous.

– Non !

– Si !

– Non !

– Si !

S’échauffant de plus en plus, ils passèrent des paroles aux actes. Ils s’agrippèrent, se chiffonnèrent, se griffèrent et se mordirent.

Le combat fini, Maître Antonio avait dans les mains la moumoute de Geppetto et Geppetto se rendit compte qu’il avait entre ses dents la perruque grise du menuisier.

– Donne-moi ma perruque ! – cria Maître Antonio

– Et toi, rends-moi la mienne et faisons la paix.

Chacun ayant repris sa perruque, les deux petits vieux se serrèrent la main et jurèrent de rester bons amis pour la vie entière.

– Donc, compère Geppetto – dit le menuisier pour sceller la paix retrouvée – que puis-je faire pour vous être agréable ?

– Il me faudrait du bois pour fabriquer ma marionnette.

Tout content, le menuisier fila prendre sur l’établi le bout de bois qui lui avait fait si peur. Mais comme il s’apprêtait à le remettre à son ami, le bout de bois se dégagea d’une violente secousse, lui échappa des mains et alla frapper durement les tibias du pauvre Geppetto.

– Eh bien, Maître Antonio, voilà une jolie manière de faire des cadeaux ! Vous m’avez quasiment estropié !

– Mais je vous jure que ce n’est pas moi !

– Alors, c’est moi !

– C’est la faute de ce bout de bois

– Je vois bien que c’est du bois, mais c’est vous qui me l’avez envoyé dans les jambes !

– Moi, je n’ai rien envoyé !

– Menteur !

– Geppetto, ne m’offensez pas, sinon je vous appelle Polenta !

– Espèce d’âne !

– Polenta !

– Imbécile !

– Polenta !

– Macaque !

– Polenta !

Trois fois Polenta, c’était une de trop. Geppetto se jeta sur le menuisier et ils s’étripèrent de nouveau.

La bataille terminée, Maître Antonio se retrouva avec deux griffures de plus sur le nez, l’autre avec deux boutons de moins à sa vareuse. Leurs comptes réglés, ils se serrèrent la main et jurèrent de rester bons amis la vie entière.

Sur ce, Geppetto prit le fameux morceau de bois et, après avoir remercié le menuisier, rentra chez lui en boitillant.


L’allusion à la polenta est aussi une insulte courante des gens du Sud à l’adresse de ceux du Nord.
Collodi, un des artisans, (non exclusivement) par la plume de l’unité italienne, est considéré comme un des acteurs majeurs dans le choix de la langue de la Toscane (la sienne) comme langue nationale.
Par son conte, que tout italien connait depuis son apparition et dont le vocabulaire est particulièrement riche, ((rappel) 50% des mots ne sont utilisé qu’une seule fois) l’auteur a grandement contribué à forger ce qui deviendra, au-delà des dialectes, persistants certains jusqu’à nos jours, la langue de toute l’Italie.

Les aventures de Pinocchio – Carlo Collodi – Chapitre 1

P01-COMMENT MAÎTRE CERISE-ima2

Le avventure di Pinocchio /Capitolo 1


Ce serait un conte pour enfant.
Certains y ont lu des enseignements davantage destinés aux adultes.
Mais que ce soit pour les uns ou les autres, la magie de ce récit opère toujours aujourd’hui, plus d’un siècle après que Carlo Collodi l’ait écrit.

Le terme « pinocchio » désigne ce met particulièrement délicat qui est utilisé notamment dans la recette du Pesto à la genoise (Pesto alla Genovese) cette graine qui se trouve sous les écailles d’une certaine variété de pommes de pin .
Par ce nom, Collodi nous indique déjà la nature de son héro, être précieux enfermé dans une gangue* difficile à casser et enlever
___
(*qui tâche et englue les mains pour ce qui est du pignon de pin).


Chapitre premier

Où l’on voit un morceau de bois résister à l’utilisation qui lui était destinée.

(français)P01-COMMENT MAÎTRE CERISE-let

P01-COMMENT MAÎTRE CERISE-ima2b

(italien)P01I-COME ANDÒ CHE-let


Collodi s’amuse dans ce premier Chapitre.
Il joue avec son lecteur en commençant son conte par un contre pied.

« — C’era una volta….

— Un re! — diranno subito i miei piccoli lettori.

— No, ragazzi, avete sbagliato. C’era una volta un pezzo di legno.« 

(Traduction de Claude Sartirano)

« Il était une fois…

– Un roi ! – vont dire mes petits lecteurs.

Eh bien non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois… un morceau de bois. »

P01-COMMENT MAÎTRE CERISE-imab
Puis il introduit un personnage qui n’a que peu d’importance, puisqu’il disparaîtra totalement à la fin du second chapitre.

(Il faudra cependant tempérer un peu ce jugement plus tard, car, en y regardant bien…)


« Non era un legno di lusso, ma un semplice pezzo da catasta, di quelli che d’inverno si mettono nelle stufe e nei caminetti per accendere il fuoco e per riscaldare le stanze.

Non so come andasse, ma il fatto gli è che un bel giorno questo pezzo di legno capitò nella bottega di un vecchio falegname, il quale aveva nome mastr’Antonio, se non che tutti lo chiamavano maestro Ciliegia, per via della punta del suo naso, che era sempre lustra e paonazza, come una ciliegia matura.

Appena maestro Ciliegia ebbe visto quel pezzo di legno, si rallegrò tutto; e dandosi una fregatina di mani per la contentezza, borbottò a mezza voce:

– Questo legno è capitato a tempo; voglio servirmene per fare una gamba di tavolino. –

Detto fatto, prese subito l’ascia arrotata per cominciare a levargli la scorza e a digrossarlo; ma quando fu lì per lasciare andare la prima asciata, rimase col braccio sospeso in aria, perché sentì una vocina sottile sottile, che disse raccomandandosi:

– Non mi picchiar tanto forte! –

Figuratevi come rimase quel buon vecchio di maestro Ciliegia!

Girò gli occhi smarriti intorno alla stanza per vedere di dove mai poteva essere uscita quella vocina, e non vide nessuno! Guardò sotto il banco, e nessuno; guardò dentro un armadio che stava sempre chiuso, e nessuno; guardò nel corbello dei trucioli e della segatura, e nessuno; aprì l’uscio di bottega per dare un’occhiata anche sulla strada, e nessuno. O dunque?…

– Ho capito; – disse allora ridendo e grattandosi la parrucca- si vede che quella vocina me la son figurata io. Rimettiamoci a lavorare. –

E ripresa l’ascia in mano, tiro giù un solennissimo colpo sul pezzo di legno.

– Ohi! tu m’hai fatto male! – gridò rammaricandosi la solita vocina.

Questa volta maestro Ciliegia restò di stucco, cogli occhi fuori del capo per la paura, colla bocca spalancata e colla lingua giù ciondoloni fino al mento, come un mascherone da fontana.

Appena riebbe l’uso della parola, cominciò a dire tremando e balbettando dallo spavento:

– Ma di dove sarà uscita questa vocina che ha detto ohi?… Eppure qui non c’è anima viva. Che sia per caso questo pezzo di legno che abbia imparato a piangere e a lamentarsi come un bambino? Io non lo posso credere. Questo legno eccolo qui; è un pezzo di legno da caminetto, come tutti gli altri, e a buttarlo sul fuoco, c’è da far bollire una pentola di fagioli… O dunque? Che ci sia nascosto dentro qualcuno? Se c’è nascosto qualcuno, tanto peggio per lui. Ora l’accomodo io! –

E così dicendo, agguantò con tutte e due le mani quel povero pezzo di legno, e si pose a sbatacchiarlo senza carità contro le pareti della stanza.

Poi si messe in ascolto, per sentire se c’era qualche vocina che si lamentasse. Aspettò due minuti, e nulla; cinque minuti, e nulla; dieci minuti, e nulla!

– Ho capito; – disse allora sforzandosi di ridere e arruffandosi la parrucca – si vede che quella vocina che ha detto ohi, me la son figurata io! Rimettiamoci a lavorare.-

E perché gli era entrata addosso una gran paura, si provò a canterellare per farsi un po’ di coraggio.

Intanto, posata da una parte l’ascia, prese in mano la pialla, per piallare e tirare a pulimento il pezzo di legno; ma nel mentre che lo piallava in su e in giù, sentì la solita vocina che gli disse ridendo:

– Smetti! tu mi fai il pizzicorino sul corpo! –

Questa volta il povero maestro Ciliegia cadde giù come fulminato. Quando riaprì gli occhi, si trovò seduto per terra.

P01-COMMENT MAÎTRE CERISE-ima3b

Il suo viso pareva trasfigurito, e perfino la punta del naso, di paonazza come era quasi sempre, gli era diventata turchina dalla gran paura. « 


« Il était une fois…

– Un roi ! – vont dire mes petits lecteurs.

Eh bien non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois… un morceau de bois.

Ce n’était pas du bois précieux, mais une simple bûche, de celles qu’en hiver on jette dans les poêles et dans les cheminées.

Je ne pourrais pas expliquer comment, mais le fait est qu’un beau jour ce bout de bois se retrouva dans l’atelier d’un vieux menuisier, lequel avait pour nom Antonio bien que tout le monde l’appelât Maître Cerise à cause de la pointe de son nez qui était toujours brillante et rouge foncé, comme une cerise mûre.

Apercevant ce morceau de bois, Maître Cerise devint tout joyeux et, se frottant les mains, marmonna :

– Ce rondin est arrivé à point : je vais m’en servir pour fabriquer un pied de table.

Sitôt dit, sitôt fait : pour enlever l’écorce et le dégrossir, il empoigna sa hache bien aiguisée. Mais comme il allait donner le premier coup, son bras resta suspendu en l’air car il venait d’entendre une toute petite voix qui le suppliait :

– Ne frappe pas si fort !

Imaginez la tête de ce brave Maître Cerise !

Ses yeux égarés firent le tour de la pièce pour comprendre d’où pouvait bien venir cette voix fluette, mais il ne vit personne. Il regarda sous l’établi : personne ! Il ouvrit une armoire habituellement fermée mais, là non plus, il n’y avait personne. Il inspecta la corbeille remplie de copeaux et de sciure : rien ! Il poussa même la porte de son atelier et jeta un coup d’œil sur la route. Pas âme qui vive ! Mais alors ?

– J’ai compris – dit-il en riant et en grattant sa perruque – cette voix, je l’ai imaginée. Remettons-nous au travail.

Empoignant de nouveau sa hache, il en asséna un formidable coup au morceau de bois.

– Aïe ! Tu m’as fait mal ! – se lamenta la même petite voix. Cette fois, Maître Cerise en fut baba. Il resta bouche bée, la langue pendante, les yeux exorbités, comme la figurine de pierre d’une fontaine.

Mais d’où peut bien sortir cette voix qui fait « aïe » ? Pourtant il n’y a personne ici. Ou alors ce morceau de bois aurait appris à pleurer et à se lamenter comme un enfant ? C’est impossible. Le bout de bois que voici, c’est du bois à brûler, une bûche comme une autre, juste bonne à mettre dans le feu pour faire cuire une casserole de haricots. A moins que quelqu’un ne soit caché là-dedans ? S’il y a quelqu’un, on va bien voir ! Tant pis pour lui.

Il saisit à deux mains le pauvre morceau de bois et se mit à le cogner sans pitié contre les murs de la pièce.

Puis il tendit l’oreille pour entendre les lamentations de la petite voix. Il attendit deux minutes, mais rien ne se manifesta. Il attendit cinq minutes, dix minutes : toujours rien !

– J’ai compris – dit-il en s’efforçant de rire et en se grattant la perruque – voilà la preuve que cette voix qui fait « aïe » sort tout droit de mon imagination ! Remettons-nous au travail.

Et parce qu’il avait eu très peur, il s’essaya à chantonner pour se donner un peu de courage.

Posant sa hache, il prit le rabot pour rendre bien lisse et propre le bois mais, alors qu’il rabotait, il entendit un petit rire :

– Arrête ! Tu me fais des chatouilles sur tout le corps !

Cette fois, le malheureux Maître Cerise s’effondra, comme foudroyé. Quand il rouvrit les yeux, il était assis à même le sol.

Son visage était décomposé. Une terrible peur avait changé jusqu’à la couleur de son nez qui, de rouge, avait viré au bleu foncé. »


Ce n’est qu’après avoir lu, ou écouté, le conte en son entier que l’on pourra, en repassant par ce début, percevoir toute la force de ces deux « J’ai compris » de maître Cerise. Lequel croit à plusieurs reprises, avoir une interprétation rationnelle des faits qui, à plusieurs reprises le terrorisent et donc, en bon élève, la solution de ce qui serait le problème.
On verra que Geppetto, en homme simple (simplement homme) ne réagit pas du tout de la même manière.

 

« Le chant du monde » – Jean Giono – page ultime

Antonio et Clara-1

 

On a pu dire du « chant du monde » que c’était un western provençal.
Provençal, il faut reconnaître qu’il ne l’est guère par le cadre où se déroule l’action, …
Il le serait donc par la verve poétique de l’auteur ? C’est bien l’avis d’un grand nombre des lecteurs du livre et notamment de ceux qui ont vu des échos de l’Odyssée, dans ce « retour au pays semé d’embûches (ou même de l’enlèvement d’Hélène de Trois par Paris).
Quand au qualificatif de western, on pourrait dire que « le chant du monde » est au western (dans sa version classique) ce que le slowfood est à la restauration pressée.
Car Jamais Giono ne se presse.
Et plus encore dans les dernières pages de son roman où le flux reprend le lent tempo de l’île des Geais (terre d’Antonio).


 

Ultime page du roman …

Dans un dialogue, duquel l’un des deux protagonistes est à demi absent, Jean Giono donne à percevoir la distance infinie qui sépare Antonio du Besson – dans lequel on peut voir cet être (voir « Le Coeur Cerf« *) auquel on a donné la main, pour l’occuper et le détourner d’une conduite désordonnée.**
Alors qu’Antonio est tout à ce présent nouveau sous ses pas. Antonio qui parle autant de et à Clara***, en lui-même, qu’au Besson, répondant aux questions relatives à son projet de voyage et de construction, comme par obligation.

__
* Dans ce poème de Jean Giono (qu’il donna pour « traduit du Bulgare » (sourire)² !)
l’homme, originellement réduit (mais ce mot convient-il vraiment ?) à un Coeur, se voit recouvrir de peau, muscles, embarrassé d’un squelette et (ruse suprême) doté d’une main, pour le ralentir dans sa course, et permettre ainsi à l’Ange Gabriel de mieux le contenir dans ses escapades et larcins.
(Rimbaud a pu dire : « Je n’aurai jamais ma main !« )
** Ou encore Thésée (pour qui aura lu le dernier paragraphe)


« Le besson vint s’asseoir à côté d’Antonio.
Les femmes dormaient.
– Ça va? dit le besson.
– Ça va, dit Antonio.
– Ces clous, dit le besson, ces clous longs de deux troncs que mon père achetait, ça serait pas des fois chez le forgeron de Perey le Terroir?
– Non, dit Antonio.
Il pensait que maintenant, Clara et lui, tout le temps ensemble…
– C’est du côté de Vuitebœuf, dit Antonio, je crois, chez un qui a trouvé des pierres à fer sur la colline et qui fait la fonderie.
– Savoir s’il en fait toujours, dit le besson.
Antonio pensait qu’il avait …»
Pder-BEAUCOUP DE CHOSES-let

 

 


 

… beaucoup de choses à lui apprendre, qu’elle était neuve, qu’elle n’avait encore rien senti, rien touché de vrai.»

___
*** Le roman se clôt sur une de ses pensées à l’aimée.
Ici aussi on est proche de la mythologie des anciens (voire de la bible), notamment par la présence du dernier mot.

 

Antonio et Clara-5


 



 

 

 

 

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Le cahier comporte comporte
– Des évocations courtes des 24 premières pages du roman
avec extrait en clair et en jeu (et illustrations)
– Ainsi qu’une page de la fin (qui ne dévoile rien)
– Les solution en fin de cahier (parcours et citation en clair).

 

 


 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 24

P24-ELLE REGARDAIT-ima1

 

Impossible de lire certaines pages de Jean Giono sans faire de pauses* dans sa lecture pour laisser tout ce qui vit (et tout vit dans Giono) prendre sa place dans nos yeux, nos oreilles … sur notre peau.

Cette page en est une.

____
* L’absence de ces « vacances » équivaudrait à visiter la forêt amazonienne en TGV.


 

Vingt quatrième page … (et avant dernière consacrée ici au « chant du monde »)

L’auteur immerge ici le lecteur, en quelques lignes, dans le pays de Rébeillard.
Contrée où les animaux semblent libres, allant à des occupations diverses animées par une curiosité insoupçonnée.
Puis attire son regard à l’intérieur d’une maison sur une femme, seule, immobile.


« La chienne était arrêtée sous l’arbre à la chouette; en même temps elle regardait du coin de l’œil un gros scarabée doré qui travaillait une fiente de sanglier.
Un aigle se balançait sous les nuages.
Les coqs chantaient, puis ils écoutaient chanter les coqs.
L’aigle*** regardait un petit gerbier entouré de poules et il se balançait doucement en descendant chaque fois un peu.
Sur les aires d’un village, très haut, au-dessus du Neuve, on avait allumé des feux malgré le matin et l’air doux.
Sur de longues broches on faisait rôtir des lièvres rouges, des chapelets de grives pourries, les deux grosses cuisses d’un cerf et la graisse du lard pétillait dans les lèchefrites.
Dans sa maison, la mariée était assise sur sa chaise. Elle n’osait pas bouger. Elle avait la grande jupe de soie, le lourd corsage, les bijoux de sa mère et la couronne en feuilles de laurier. Elle était toute seule,  …»
P24-ELLE REGARDAIT-let

 

P24-ELLE REGARDAIT-ima

 


 

… elle regardait cette fumée de viande qui passait dans la rue. Elle avait les beaux yeux immobiles des bœufs.»

___
L’auteur modifie ici l’expression « les yeux de vache » des anciens grecs, qui qualifiait notamment la déesse Héra, et correspondrait de nos jours aux « yeux de biches« .


** Jean Giono utilise souvent dans ses descriptions cette façon de décrire un animal ou un personnage, de passer à un autre, puis de revenir au précédent.
Il crée ainsi un enchevêtrement, un mouvement semblable au point d’accuité maximale de l’oeil, sans cesse en mouvement afin de produire la continuité de l’image.

 


 



 

 

 

 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 23

P23-LA CLOCHE DES TROUPEAUX-ima1
Une page presque entièrement consacrée à l’un des « personnages » principaux de ce roman : Le fleuve (ou la rivière)
D’aucuns ont vu dans « le fleuve » d’Antonio, la Durance, affluent du Rhône, et qui n’est donc « qu’une » rivière.
J’ai déjà évoqué cette question du « genre », mais j’ajouterai ici un élément de l’histoire lointaine de la Durance, à savoir qu’autrefois (l’homme n’y était alors au plus qu’un projet de la nature parmi tant d’autres) cette rivière se jetait bel et bien dans la Méditerranée sans être capturée par un autre cours d’eau.
Reste à déterminer si l’identité réelle du fleuve d’Antonio est bien cette Durance au destin tourmenté et à l’humeur capricieuse … de nos jours largement domestiquée***.

 


 

Vingt troisième page …

Giono décrit ce « compagnon » de vie d’Antonio* d’une manière qui peut dérouter le lecteur, au point qu’il ne sache plus si le pays de Rebeillard, où doivent se rendre Bouche d’or et Matelot, se trouve en amont ou en aval sur le fleuve.
Mais rassurons nous (sourire)², l’oeil pressé n’y verra rien.
____
*On peut trouver ce qualificatif excessif, notamment en rapport avec l’étymologie du mot copain. Mais, qui sait ? Peut-être Antonio jette-t-il parfois des cailloux dans les flots, comme on jette du pain aux oiseaux ?


« Depuis Antonio jusque là-haut le fleuve luisait sous le soleil et les arbres étaient de bons arbres.
Là-haut le fleuve s’aplatissait sous l’ombre. Au-delà c’était le pays Rebeillard.
Le fleuve qui sortait des gorges naissait dans un éboulis de la montagne.
C’était une haute vallée noire d’arbres noirs, d’herbe noire et de mousses pleines de pluie. Elle était creusée en forme de main, les cinq doigts apportant toute l’eau de cinq ravinements profonds dans une large paume d’argile et de roches d’où le fleuve s’élançait comme un cheval en pataugeant avec ses gros pieds pleins d’écume.
Plus bas, l’eau sautait dans de sombres escaliers de sapins vers l’appel d’une autre branche d’eau. Elle sortait d’un val qu’on appelait la joie de Marie. Puis, avec plus d’aisance il roulait sa graisse dans de belles entournures d’herbes.
Déjà, la voix de la haute montagne n’était plus au fond de l’horizon que comme la respiration d’un homme. Des arbres sensibles s’approchaient des bords des saules, des peupliers, des pommiers et des ifs entre lesquels galopaient des chevaux et des poulains presque sauvages …»
P23-LA CLOCHE DES TROUPEAUX-let

 

P23-LA CLOCHE DES TROUPEAUX-ima

 


 

… La cloche des troupeaux marchait dans les collines. Le fleuve entrait dans le pays Rebeillard.»

(Tout comme les animaux des troupeaux, la cloche et le fleuve sont des sujets à part entière.)


Ce « pays » pourrait bien être celui de la Haute vallée de la Clarée. Rivière dont les paysages sont bien plus proches de ceux peints par Giono dans « Le chant du monde » que ceux, plus secs, de la Durance et qui, au lieu de leur rencontre, est bien plus grosse d’eau et a bien plus voyagé que celui que l’on considère comme son confluent**.

___
** Certains ont dénoncé là une injustice ou, plus modérés ont évoqué une « anomalie géographique »

*** Jean Giono évoque cette mise au travail de la Durance dans « l’eau vive, ou comment domestiquer une rivière. »

 


 



 

 

 

 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 22

P22-QU’ ON GREFFE LÀ-ima2

Après plusieurs pages consacrée aux ébats d’Antonio dans son fleuve, l’auteur revient au fil de l’histoire, à ce départ imminent à la recherche du fils de Junie et Matelot.


 

Vingt deuxième page …

Il va être question d’un personnage « amère » qu’à demi-mot, Junie désigne comme son frère.


« Quand tu seras à ce pays de Rebeillard, dit-elle, va à Villevieille. Demande le marchand d’almanachs. Va le voir. Si sa maison est pleine de malades n’attends pas. Dis seulement : « Je viens de la part de Junie. »
– Comment tu sais ça ? dit Matelot.
– Je le sais, dit Junie. Fais comme je te dis. Les arbres …»P22-QU’ ON GREFFE LÀ-let

 

P22-QU’ ON GREFFE LÀ-ima

 


 

… qu’on greffe haut portent deux fruits, un doux, un âpre.
Moi, je suis le fruit doux, celui-là c’est le fruit âpre…»

(Et qui a, tout comme les plantes au goût fort, ou même toxiques, des vertus médicinales)


En quelques mots, l’auteur suscite, dans l’esprit du lecteur, une interrogation qui ira grandissant au fil des pages, jusqu’à l’arrivée à Villevieille, où elle sera à la fois partiellement dissipée, et amplifiée.

 


 



 

 

 

 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 21

P21-IL ESSAYA DE COUPER LE COURANT-ima2

L’auteur fait du fleuve un corps. À l’anatomie impossible à fixer par une image, tant le mouvement fait partie de la matière, et tant cette matière est riche de nuances. Il faut les mots du poète Giono, pour créer chez le lecteur un trouble recelant cette présence.


 

Vingtième et unième page …

Antonio est toujours dans son fleuve. Oserait-on dire qu’il y nage ?
Son déplacement est plus proche de celui d’un voilier, qui négocie avec les fluides (ici l’eau tient du vent) son mouvement.


« L’eau est lourde, se dit Antonio.
II y avait dans le fleuve des régions glacées, dures comme du granit, puis de molles ondulations plus tièdes et qui tourbillonnaient sournoisement dans la profondeur.
Il pleut en montagne, pensa Antonio.
Il regarda les arbres de la rive.
– Je vais jusqu’au peuplier …»

 

P21-IL ESSAYA DE COUPER LE COURANT-let

P21-IL ESSAYA DE COUPER LE COURANT-ima

 


 

… Il essaya de couper le courant. Il fut roulé bord sur bord comme un tronc d’arbre.»


Antonio, sort vainqueur de cette lutte, moins violente que la précédente, avec le courant du fleuve.

P21-IL ESSAYA DE COUPER LE COURANT-ima4

« Enfin, il trouva une petite faille dans le courant. II s’y jeta dans un grand coup de ses deux cuisses. L’eau emporta ses jambes. II lutta des épaules et des bras, son dur visage tourné vers l’amont. Il piochait de ses grandes mains; enfin, il sentit que l’eau glissait sous son ventre dans la bonne direction. Il avançait. »

P21b-AU BOUT DE SON EFFORT-le


Certains ont voulu voir en la Durance, proche des terres de Giono, le fleuve d’Antonio.
Ses eaux, peu abondantes dans sa partie libre, et bien trop calmes* par la suite, sont loin d’avoir à la fois l’ampleur et la sauvagerie de celles de « bouche d’or ».

S’il est une rivière qui pourrait prétendre à approcher le fleuve de Giono, et que celui-ci a fréquenté, ce serait plutôt la noire Isère, sur laquelle se trouvent des îles où aurait pu vivre Antonio.

P21-IL ESSAYA DE COUPER LE COURANT-ima51

* On pourrait même dire « domestiquées ».

 

 

 


 




 

 

 

 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 20

P20-IL OUVRIT LES BRAS-ima1

Cette proximité avec le néant de la mort, due à sa fréquentation des femmes mariées, fascine Antonio. Au point qu’il cherche à la renouveler en défiant son ami le fleuve.


 

Vingtième page …

« Bouche d’or » est dans le grand corps du fleuve, où « de longues lianes d’eau » à la transparence trompeuse, peuvent saisir le nageur avec la fermeté du bois.


« Il se dit* :
« L’eau est épaisse. »
[…]
Il se dit *:
« Jusqu’au rouge. »
C’était sa limite. Quand il était à bout d’air il entendait un grondement* dans ses oreilles, puis le son devenait rouge et remplissait sa tête d’un grondement* sanglant à goût de soufre.
[…]
Il entendait dans lui :
« Rouge, rouge. »
[…]
Le sang coula dans ses yeux.
Alors, il se tourna un peu en prenant appui sur la force longue du courant ; il replia son genou droit comme pour se pencher vers le fond, il ajusta sa tête bien solide dans son cou et, en même temps qu’il lançait sa jambe droite, ….»

 

P20-IL OUVRIT LES BRAS-let

 

P20-IL OUVRIT LES BRAS-ima

 


 

…  il ouvrit les bras.
Il émergeait. Il respira. Il revoyait du vert. Ses bras luisaient dans l’écume de l’eau. 
»


 

*Lorsqu’on sait à quel point Giono travaille sa phrase, on ne doutera pas que la répétition d’un mot ou même d’une phrase n’est pas (qu’)une maladresse … que nombre de critiques lui ont reproché.


Note : Le passage cité a été donné comme sujet au baccalauréat (année 2012) de la série ES dans l’épreuve de français en les académies des Antilles et de la Guyanne

La présentation du texte semble indiquer que le rédacteur du sujet n’a pas vraiment lu le roman de Jean Giono.

« Antonio vit au bord d’un fleuve qu’il connaît mieux que personne. Au matin, il entre dans l’eau pour savoir s’il n’est pas trop tard dans la saison pour faire descendre des troncs d’arbres, coupés dans la montagne en amont, en les laissant charrier par le fleuve.« 

sujet bac 2012

A moins que cette torsion des motifs du texte ne soit due à une plume qui pensait la trame du roman trop complexe, voire dangereuse à dévoiler, pour un élève de terminale ES ?

Antonio est un pêcheur, pas un bûcheron. La raison de son défi « jusqu’au rouge », avec le fleuve, est bien autre. Il est bien dommage que le motif du texte ait été ainsi trahi.

 


 




 

 

 

 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 19

P19-SA POITRINE-ima1

Giono a donné à son héro l’expérience de la mort.
Une expérience qui, comme pour les héros des grands mythes, l’a rebaptisé.


 

Dix-neuvième page …

Nous y apprenons l’origine (en temps et circonstances, si ce n’est en compréhension) du nom que l’on donne à Antonio, dans le pays qu’il occupe, (qu’il hante ?)


« Il avait ses trois cicatrices : un coup de couteau, une morsure d’homme, un coup de serpe qui lui avait ouvert la poitrine. Cette fois-là, il s’était réveillé à la côte, avec de l’eau jusqu’au ventre. L’eau était toute rouge de son sang […]
C’était pour ça qu’il aimait toucher ses flancs veloutés. À partir de là c’était creux. C’était ce creux plein d’images qui était resté seul vivant malgré sa blessure pendant qu’il était tout sanglant étendu sur le sable. C’était dans ce creux que venait s’enrouler comme une algue la longue plainte du vent. C’est à partir du moment où il avait eu son ventre et  …»

 

P19-SA POITRINE-let

 

P19-SA POITRINE-ima

 


 

… sa poitrine pleins de souvenirs des villages, des femmes et des terres d’aval qu’il était devenu « bouche d’or .»»


Car Antonio n’a pas toujours été nommé ainsi.
Avant cette dernière blessure qui a failli lui coûter la vie, il était plus entreprenant et furtif, aiguillonné par un grand appétit.

P19b-SANS BRUIT -ima

« Antonio nageait sans bruit, il émergeait sans bruit. Il marchait sans bruit sur les chemins pleins d’herbes, il entrait … »

P19b-SANS BRUIT -let


* À noter (même remarque que dans les deux pages précédentes) :  Ici encore, l’ensemble des passages cités ici était absent de la publication de l’oeuvre dans « La Revue de Paris ».

On peut se demander si Giono a fait cet ajout par la suite, ou s’il s’agit là d’une amputation imputable à la revue, due au contenu de ce paragraphe ?


 




 

 

 

 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 18

P18b-CELLE-LÀ POUR-ima2

Il est des passages du roman dans lesquels Antonio est proche de l’animal (ici du chat) au point que certaines de ses réactions nous sont incompréhensibles (ici son rire).
Il faut alors se rappeler les paroles de « bouche d’or »* à propos de la rivière
« on croit toujours connaître. Mais ça raisonne pas comme nous, alors c’est difficile »
Des pages
de descriptions du corps, des gestes
ou de dialogue
ne nous permettrons pas de connaître Antonio.

___
* Un de ses surnoms


 

Dix-huitième page …

Antonio va se mettre en route, sans se presser. …


« Le mouvement de l’air était au nord. Le froid donnait à Antonio envie de s’étirer. Il s’allongea, il fit craquer les os de ses épaules et de ses bras. Il se mit à rire sans bruit.
Lui, il devait remonter par le côté au-delà des grandes eaux. Il allait tâter d’abord ça, …»

 

P18-IL SAVAIT DÉJÀ-let

 

P18-IL SAVAIT DÉJÀ-ima

 


 

… il savait déjà en marchant pieds nus que la terre se serrait sous l’herbe. L’automne allait s’aigrir.»


Des souvenirs lui reviennent au corps.

P18b-CELLE-LÀ POUR-ima2

« Il suivit avec son pouce tout le profond de cette cicatrice qu’il avait à la poitrine. Qu’était-elle devenue … »

P18b-CELLE-LÀ POUR-let

… Il fallait cet automne doux qui trompait les osiers et les femmes dans leurs fleurs, pour penser encore à cette bataille des villages.


* À noter (même remarque que dans les deux pages précédentes) :  L’ensemble des passages cités ici était absent de la publication de l’oeuvre dans « La Revue de Paris ».

On peut se demander si Giono a fait cet ajout par la suite, ou s’il s’agit là d’une amputation imputable à la revue, due au contenu de ce paragraphe ?


 




 

 

 

 

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