Un Hymne À La Paix (16 Fois) – Voix De Femmes – Laurent Grisel

( …Enfin parce qu’ainsi, au centre des seize hymnes, comme leur axe, on sait que sans Voix de Femme il n’y a pas de paix. *)


Slow²Reading

on-ne-fete-pas-d-avoir-gagne-let*

[Quand vient la paix

faire, dire, nourrir
la paix

et LEUR donner.]

*


*

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Extrait du recueil
« Un hymne à la paix (16 fois) »

de Laurent Grisel

 (Pour le parcours de lecture cliquer sur l’image)

 


 

Proposition du texte en voix :


Voix de Femme

On accueille la paix, on lui ouvre les bras –
allègres : quitter les usines d’armes,
plus de caisses d’obus ; sortir en plein jour,
le ciel est sans avions.
 
Et ces gars que la guerre nous a
rendus, étrangers, mutilés tous,
on les prend dans nos bras.
On fait vie avec. On refait vie avec.
 
Aller librement dans les ruines,
chercher librement de quoi nourrir,
habiller, bercer – se blottir, se reposer –
ouvrir grand les bras, embrasser,
recevoir les baisers, aimer,
serrer fort.
 
On va dans la paix
 
par écœurement du sang versé,
par lassitude d’avoir tant de morts à enterrer et d’être
encore vivantes,
par désir de silence,
par envie de dormir –
 
pour se réveiller,
pour s’y mettre, à nettoyer le plancher, à lessiver le
sang noirci,
pour faire tomber les ruines et en profiter, faire de
nouveaux plans, une passerelle,
planter un jardin qui ne sera pas dévasté –
 
pour avoir le temps,
pour partir à la recherche de ceux qui restent – qui a
survécu ?
pour se venger, enquêter, poursuivre,
les jeter en prison, eux –
 
pour prendre le temps,
pour faire des plans – loin et proches,
pour dire à l’enfant né :
toi tu auras le temps –
 
 
 
pour dire, pour que tous disent :
il y a défaite
générale.
On ne fête pas d’avoir gagné :
personne n’a gagné.
Perdu, nous avons tous perdu, tout le monde a
perdu,
il n’y a pas de victoire.
On fête : pas de victoire ;
on ne fête pas d’avoir été vainqueurs.
On fête : tous vaincus.
On fête : enfin il n’y aura plus de vainqueurs, jamais.
 
On fait des enfants qui vivront.

Ciel de « paumée » (toute la matière a été pillée sur le site de Brigitte Celerier)

Extrait du cut-off collectif « Dixit » Paumé » (pillage en règle du site de Brigitte Celerier, mis en recueil)

(Chaque morceau du patchwork renvoi à un article du site 

projet cut off Brigitte Celerier

Ciel,
avec la surprise de ses pinceaux de lumière surgissant depuis le toit du monde réel et de la mémoire (des passants renouvelés ou rafraîchis) , ciel qui hésitait à se vider , ciel qui était d’un bleu pur et dense au-dessus de ma cour ou ciel bleu avec nuages lumineux selon les heures, tous me donnent le même petit bonheur, un bonheur calme, un bonheur ou un chagrin en léger différé parfois.

J’en oublie mon dîner  à les contempler, à écouter avec un sourire extatique leur jeu silencieux qui ne s’éteint jamais.

Mes yeux se sont enfoncés si souvent dans un nuage, perdus dans les replis d’un ciel doucement translucide qu’ils y ont vus  des secrets jusque là ignorés, que je ne saurais décrypter de ma raison, mais devant lesquels je me sens Une.

projet cut off Brigitte Celerier-couleursles ciels, comme ils se sont reflétés
dans les yeux de  B.C.


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Daniel Bourrion – Légende – (19 francs)

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*

[chez l’indien à moustache]

*

*


Légendes
de Daniel Bourrion
aux éditions Publie.net

« 19 francs* »
[et un croissant]

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         (à cliquer pour obtenir le parcours de lecture)

 


Lecture d’un autre texte de « légendes »


Le livre que Daniel Bourrion a acheté ce jour là chez « Géronimo » était
« L’occupation des sols » de Jean Echenoz

Une présentation, chez Pierre Ménard (site Liminaire)


Géronimo, j’y suis entré la première fois quand ils étaient encore petite librairie à côté de l’université. La boutique faisait le coin, on voyait des bouquins posés partout et même, des qu’on savait déjà qu’on les lirait jamais parce que ça parlait de trucs tellement bizarres qu’on se sentait intimidé – tu parles, fils de routier, tu rentrais pas dans une librairie comme ça, c’était toute une histoire, déjà celle de la ville où était le lycée technique d’avant la fac, qui n’avait de librairie que l’enseigne, il avait fallu attendre d’être en première ou en terminale pour oser y traîner alors celle-là, celle de l’Indien (je l’ai longtemps appelée comme ça, cette maison, Géronimo, je me disais, tu vas pas faire sérieux si tu dis que tu achètes tes bouquins chez un qui s’appelle comme ça, alors je disais rien et moi, dans ma tête, je pensais à l’Indien), c’était pas rien, d’y aller, ça marquait l’entrée dans le monde de l’université, tu vois, dans le monde des gens qui pensent (assez vite, remarque, j’ai compris qu’il y avait aussi dans ce monde beaucoup de frime, de bêcheurs, autant qu’ailleurs sinon plus – l’humain, ça te déçoit quand même souvent, à y bien réfléchir).
Ce jour-là j’avais genre vingt francs en poche (oui, c’était en 1988, c’était encore des francs et là, je sais – miracle de la mémoire qu’on peut lire dans les livres – que c’était deux pièces de dix, tu sais, ces petites rondes et jaunes avec ce graphisme qu’on ne pouvait pas s’empêcher de penser à l’URSS – faudrait pas dire ça, il y aura bien quelque part quelqu’un qui va sursauter et me faire la leçon genre mais non, ça n’a rien à voir, patati patata), j’ai juste dit ça au libraire (c’était pas le moustachu dont le nom m’échappe, mais son collègue qui est allé ensuite ouvrir l’Autre Rive à N* – l’Autre Rive où j’ai découvert bien des années plus tard Régis Jauffret en lecture, jamais lu, j’étais là je sais plus comment… Ah si, je me souviens, c’est Olivier B. qui m’y avait amené mais va savoir pourquoi je ne sais plus vraiment).
Donc j’ai juste dit au libraire pas moustachu mais avec des lunettes rondes et une tellement bonne bouille : « J’ai vingt francs, vous avez un livre pour moi ? »
Il a souri, a farfouillé dans ses rayons, m’a sorti un livre à la couverture blanche, l’a feuilleté rapidement, et puis m’a dit « Celui-là est super, et il est à 19 francs ».
Je l’ai acheté de suite, le livre. J’étais content, j’avais un livre et un franc – sorte de multiplication des pains, sorte de petit miracle. À l’époque, je croyais encore aux miracles, autant en profiter, ça ne durerait pas.
Le livre, c’était L’occupation des sols de Jean Échenoz – je ne connaissais pas ce Jean. Le livre ne faisait que quelques pages, je l’ai lu dans le bus en rentrant chez moi (mon appartement d’alors était à W*). J’ai jamais relu ce bouquin depuis cette période mais je l’ai jamais oublié. Jamais.
Pourquoi je raconte ça ? Peut-être parce qu’il n’y a aucune trace de cette anecdote dans aucun disque dur, à part dans le disque mou que j’ai dans ma tête. Alors…


LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY – OSCAR WILDE – 6 (traduction Christine Jeanney )

[Conseils
d’un cynique]


RIRE N EST PAS UN MAUVAIS DÉBUT-lx1


(à cliquer pour le parcours de lecture )


Extrait du roman « Le Portrait de Dorian Gray »
d’ Oscar Wilde

(Nouvelle traduction de Christine Jeanney éditeur publie.net )


Extrait plus long


La pauvre Lady Brandon traite exactement ses invités comme un commissaire-priseur ses objets. Elle les décrit dans les moindres détails, ou raconte tout à tout le monde, sauf bien sûr ce que tout le monde veut savoir. Et qu’a-t-elle dit sur Mr Dorian Gray ?
— Oh, elle a murmuré « Charmant garçon — sa pauvre mère et moi inséparables — fiancées au même homme — je veux dire mariées le même jour — suis-je bête ! complètement oublié ce qu’il fait — bien peur que — il ne fasse rien du tout — Oh, oui, joue du piano — ou c’est du violon, n’est-ce pas, cher Mr Gray ? » Nous n’avons pas pu nous empêcher de rire tous les deux, et nous sommes devenus amis sur le champ.
— Rire n’est pas un mauvais début pour une amitié, et c’est sûrement la meilleure fin possible », dit le jeune Lord, cueillant une autre marguerite.
Hallward se cacha la tête dans les mains. « Vous ne savez pas ce qu’est l’amitié, Harry, murmura-t-il, et l’animosité non plus, d’ailleurs. Vous aimez tout le monde, ce qui revient à dire que tout le monde vous indiffère.
— C’est très injuste de votre part ! » s’écria Lord Henry, inclinant son chapeau pour lever la tête vers les petits nuages qui dérivaient, comme de petites pelotes de soie blanches sur le fond turquoise de ce ciel d’été. « Oui, horriblement injuste. Je fais une différence entre les gens. Je choisis mes amis pour leur bel aspect, mes camarades pour leur caractère, et mes ennemis pour leur intelligence.

[Almanach] … Daniel Bourrion

[D’abord
évoquer la langue d’avant]

Samedi 14 Juillet 2012
aux éditions Publie.net
Daniel Bourrion
donnait :
Légendes

 SUR DE TRÈS VIEILLES BANDES-letcr1-exp

        (à cliquer pour obtenir le parcours de lecture)


L’extrait complet

 


Proposition de lecture :


Ma langue d’avant, je ne la sais même plus, qui est tombée dans la grande fosse du temps où tombent aussi les hommes et puis les femmes et puis toutes les heures et puis même chacun des mots que nous lâchons comme nous semons. Il ne m’en reste que quelques traces, des sortes de cailloux qui viennent dans ma bouche et changent si je n’y prends garde les sons que je mâchouille, en font des choses qui ne se disent pas, pas comme cela, et pas ici.
Je ne la sais donc plus mais je sais par contre que quelque part, sur de très vieilles bandes magnétiques, on m’entend un peu parler cette langue d’avant et là je suis encore enfant, et c’est tout juste avant que ma langue ne parte, ne fonde, sorte de sorbet dont on finit par n’avoir plus que la mémoire, et encore. Je sais cela, ces enregistrements, ces témoignages, mais je n’y vais pas voir, pas écouter. Cela ne ferait rien revenir.