« Le chant du monde » – Jean Giono – page 24

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Impossible de lire certaines pages de Jean Giono sans faire de pauses* dans sa lecture pour laisser tout ce qui vit (et tout vit dans Giono) prendre sa place dans nos yeux, nos oreilles … sur notre peau.

Cette page en est une.

____
* L’absence de ces « vacances » équivaudrait à visiter la forêt amazonienne en TGV.


 

Vingt quatrième page … (et avant dernière consacrée ici au « chant du monde »)

L’auteur immerge ici le lecteur, en quelques lignes, dans le pays de Rébeillard.
Contrée où les animaux semblent libres, allant à des occupations diverses animées par une curiosité insoupçonnée.
Puis attire son regard à l’intérieur d’une maison sur une femme, seule, immobile.


« La chienne était arrêtée sous l’arbre à la chouette; en même temps elle regardait du coin de l’œil un gros scarabée doré qui travaillait une fiente de sanglier.
Un aigle se balançait sous les nuages.
Les coqs chantaient, puis ils écoutaient chanter les coqs.
L’aigle*** regardait un petit gerbier entouré de poules et il se balançait doucement en descendant chaque fois un peu.
Sur les aires d’un village, très haut, au-dessus du Neuve, on avait allumé des feux malgré le matin et l’air doux.
Sur de longues broches on faisait rôtir des lièvres rouges, des chapelets de grives pourries, les deux grosses cuisses d’un cerf et la graisse du lard pétillait dans les lèchefrites.
Dans sa maison, la mariée était assise sur sa chaise. Elle n’osait pas bouger. Elle avait la grande jupe de soie, le lourd corsage, les bijoux de sa mère et la couronne en feuilles de laurier. Elle était toute seule,  …»
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… elle regardait cette fumée de viande qui passait dans la rue. Elle avait les beaux yeux immobiles des bœufs.»

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L’auteur modifie ici l’expression « les yeux de vache » des anciens grecs, qui qualifiait notamment la déesse Héra, et correspondrait de nos jours aux « yeux de biches« .


** Jean Giono utilise souvent dans ses descriptions cette façon de décrire un animal ou un personnage, de passer à un autre, puis de revenir au précédent.
Il crée ainsi un enchevêtrement, un mouvement semblable au point d’accuité maximale de l’oeil, sans cesse en mouvement afin de produire la continuité de l’image.

 


 



 

 

 

 

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Le cahier comporte comporte
– Des évocations courtes des 24 premières pages du roman
avec extrait en clair et en jeu (et illustrations)
– Ainsi qu’une page de la fin (qui ne dévoile rien)
– Les solution en fin de cahier (parcours et citation en clair).

 

 


 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 14

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La sensualité d’Angelo s’exprime dans chacun de ses gestes sans aucune feinte ni pudeur.  Giono ne donnera plus par la suite de personnages aussi proche de l’animal … qui ne parle pas.


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Quatorzième page …

C’est le soir, tout est dit ou presque, le départ est pour le lendemain, il va être l’heure de se coucher. On tarde encore un peu à se séparer.

 


« Antonio caressait la tête de la petite fille, il en faisait tout
le tour avec la paume de la main. Les flammes du feu se couchèrent comme si l’air s’était mis à peser. L’odeur du fleuve descendait dans le vallon. La jeune femme regardait Antonio elle suivait tous ses gestes.
Matelot vint s’asseoir près du feu. C’était un homme épais sans lourdeur. Il s’était un peu tassé avec l’âge et maintenant il était rond comme un tronc d’arbre,  …»

 

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… sans creux ni bosse,depuis ses épaules jusqu’aux pieds. Son visage était couvert de barbe blanche. »


Ici encore Antonio est au centre de toutes les attentions, y compris de « la vieille Junie » qui n’est pas sortie de sa maison … quant aux regards de la jeune veuve, Giono les prolonge par ceux de sa toute petite fille.

« Il se dressa. La petite fille abandonnée le regardait d’en bas en essayant de parler. La jeune femme le regardait. Matelot le regardait. »

Ces attentions et désirs dont il jouit comme un enfant se baigne en la lumière du jour.

(plus loin)

« C’était la jeune femme. Elle appelait doucement
–- Antonio !
Puis, elle faisait un pas presque sans bruit, avec juste le bruit de sa jupe.

Elle appelait autour d’elle en baissant un peu la tête pour que sa voix aille toute chaude vers le dessous des buissons. Un oiseau réveillé se mit à gémir.

Antonio se serra dans sa couverture; il cacha son visage dans la mousse…. » 

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« Le pays où l’on arrive jamais » – André Dhôtel – page 6

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« Je n’ai jamais interdit à un élève
de regarder par la fenêtre.
«

disait André Dhôtel à propos de
cette ultime forme de l’école buissonnière
qui est encore possible (?) à l’époque moderne.

C’est ce que le Livre permet
fenêtre ouverte sur
ce qui buissonne à deux pas de nous.


Sixième page,
Encore un concours de circonstances
un désastre
duquel
Gaspard sort

une fois de plus … .


 

« Gaspard, qui se promenait seul autour du village, un soir après l’école, fut surpris par un orage que personne n’avait vu venir, comme il arrive souvent. Il se réfugia sous un gros poirier dont deux maîtresses branches étaient mortes. La foudre tomba sur le poirier, et l’une des branches, qui à elle seule avait l’importance d’un arbre de taille moyenne, prit feu, et une rafale énorme l’emporta à cinquante pas de là, juste sur le hangar qui abritait la pompe incendie…
  

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…On retrouva Gaspard inanimé au pied de l’arbre. Ses cheveux blonds avaient roussi. Ce fut la seule trace qu’il garda. 

L’homme à la recherche de son âme – René Benjamin – 1 –

Ce titre m’a accroché l’oeil
oeil polarisé ces temps-ci par le très beau thème que propose la revue « La piscine » dont l’intitulé est  « L’âme des lieux sans âme »

Certes, nous sommes loin, ici l’auteur parle de l’âme divine. Mais même à qui ne croit pas en un « Créateur » ce qu’il écrit peut avoir un sens.

QU EST CE QUE L ÂME SINON - letcr1-exp

Extrait de « L’homme à la recherche de son âme »
de René Benjamin


Parcours de lecture

QU EST CE QUE L ÂME SINON - sr

(à cliquer pour retourner)

En clair

QU EST CE QUE L ÂME SINON - txt0r

(à cliquer pour retourner)


« Je plains ce poète révolté qui s’écriait devant moi :
– Dieu ? … Connais pas !
Et qui pour rattraper cette brusquerie reprenait
« s’il existe, il est trop loin ! »
Trop loin !
Au même instant je le voyait dans ses yeux, où frémissait son âme. Car qu’est-ce que l’âme, sinon le feu de Dieu ? Feu qui court dans nos veines et que nous appelons la vie. Feu qui couve au fond de nous et qui se nomme la conscience, cette conscience impérative, indiscutable, où nous puisons un sens ému de la valeur de nos actes.

L’ÉVIDENCE ABSURDE – RENÉ DAUMAL – DE QUELQUES SCULPTURES SAUVAGES – 2

[Le Grand Jeu renverse le regard
que l’on peut porter sur le masque africain.]

À COMBIEN DE DÉLUGES - letcr1- exp

Sans l’image
(à cliquer)

À COMBIEN DE DÉLUGES - letcr1


Extrait du recueil d’essais
« L’Evidence absurde 1926-1934 – Essais et notes 1 »
de René Daumal

dans
« DE QUELQUES SCULPTURES DE SAUVAGES »

(On pourra rapprocher ce titre un tantinet provocateur
de la définition vue précédemment
de la « race cuivrée » et
de la civilisation « sauvage »

—–

parcours de lecture
À COMBIEN DE DÉLUGES - s

En clair

À COMBIEN DE DÉLUGES - txt0

 Un extrait plus long

À COMBIEN DE DÉLUGES - letcr1- txt1


Merci de signaler une erreur 


Nous ne les montrons pas comme des oeuvres d’art, ni comme des joujoux, ni comme des grigris, ni comme des tire-sous, ni comme des attrape-nigauds; nous les montrons tout au plus comme des grands-pères. Vous croyez peut-être qu’ils sont beaux, les bonshommes, vous croyez peut-être qu’ils sont drôles, et qu’ils ont le génie et la fraîcheur de la jeunesse et le charme si particulier (tatsim!tatsim!) des « peuples-enfants », et bien au goût du jour, pas vrai, morveux de la cervelle, civilisés, mais regardez-les, ces bouts de bois, ils se foutent de vous.
Si vous saviez à combien de déluges d’eau, de vent, de feu ils ont survécu avec leur rire d’au-delà toutes les voûtes crâniennes et célestes, qui est de chaque instant, qui est de chaque battement de ta tempe, monsieur, rire au fil de rasoir au ras de l’artère gonflée de ton sale sang de fausse brute! Et leur âge, sans mémoire, cette éternité immédiate, ah! non, pas celle-là qui s’étend comme un caoutchouc abstrait plus loin que le fantôme Extrait de la publication de quelques sculptures sauvages demain, plus loin que le fantôme hier, pas ces fumisteries métaphysiques où l’occidental crétinisé croit avoir hérité de solides racines dans le sein de son Dieu le père l’absence on n’a pas fini de s’y tromper, il ne s’agit pas de consolations faciles (à quoi ? à soi) non, mais l’éternité du moindre mouvement grotesque ou tragique, épouvanté ou douloureux de la brute humaine que tu es, qu’il faut transformer avec la claire conscience d’être où tu es, et non pas où tu vas, ni d’où tu viens.

HYMNE DE L’UNIVERS – PIERRE TEILHARD DE CHARDIN – 3

[Il serait dommage que ces propos soient disqualifiés
parce que celui qui les tient semble être / est
un mystique.
Ecrire de temps en temps
maladroitement de l’autre main
rééquilibre l’être.]


« Le soleil vient d’illuminer, là-bas, la frange extrême du premier Orient.
Une fois de plus, ….
 SOUS LA NAPPE MOUVANTE DE - letc1-exp

    

Extrait de l’essai « Hymne de l’univers»
de Pierre Teilhard de Chardin

 —

Parcours de lecture

SOUS LA NAPPE MOUVANTE DE - s

En clair

SOUS LA NAPPE MOUVANTE DE - txt0

Un extrait plus long

SOUS LA NAPPE MOUVANTE DE - txt1


N’hésitez pas à signaler une éventuelle erreur 


Le soleil vient d’illuminer, là-bas, la frange extrême du premier Orient. Une fois de plus, sous la nappe mouvante de ses feux, la surface vivante de la Terre s’éveille, frémit, et recommence son effrayant labeur.
Je placerai sur ma patène, ô mon Dieu, la moisson attendue de ce nouvel effort. Je verserai dans mon calice la sève de tous les fruits qui seront aujourd’hui broyés.

Poussière – Transmis par Pascal Sevère

Pascal (peintre quand il est en son atelier, jardinier lorsqu’il soigne son carré de terre) sait que je mets les mots en cage pour qu’ils respirent
il m’envoie donc de temps à autre des extraits de ses lectures.
Celle-ci, il me dit l’avoir lu dans  « la ferme africaine de Karen Blixen »
Je n’en trouve nulle trace sur la toile
(rassurant, tout n’est pas piqueté de 1 et de 0)

 

(N’hésitez pas, comme Pascal, à me transmettre une phrase qu’il vous plairait de voir découvrir non pas brûlée par le regard en un trait, mais en lecture lente où le sens apparaît peu à peu et donne le temps à chaque mot d’exploser comme une gerbe de feu d’artifice
dans l’esprit du lecteur)

 

(tout ici peut-être agrandi ou métamorphosé en cliquant dessus)

 

PEU IMPORTE QUE LE FEU DE LA MORT - letcr1

 

Pour les novices de la lecture sinueuse

PEU IMPORTE QUE LE FEU DE LA MORT - letc1-sr

 

Parcours de lecture

PEU IMPORTE QUE LE FEU DE LA MORT - sr

En clair

PEU IMPORTE QUE LE FEU DE LA MORT - txt0r

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« Table mise » – Pascale Sevère

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Merci à qui sait qui a écrit ces mots … et m’en fait part.