UN DE BAUMUGNES – Jean Giono – 006

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(Présentation … intention … rappel)


Albin
nous fait la relation de
cette rencontre ,
– ce premier toucher à distance –
qui a changé sa vie
l’a traversé d’une lumière qui désormais
l’habite à jamais
malgré les ténèbres et le néant qui lui creuse à présent
tout son être.

Au passage,
Giono évoque la dureté de l’existence
des femmes
de ces temps et de ces pays là.
Dureté dans laquelle
l’homme a sa part de responsabilité.


baumugne-nb


L’attelage s’arrête devant l’épicerie, d’un coup de rêne en première : le patatro, puis, d’un seul coup, les quatre sabots plantés dans la poussière, et, plus de bruit. Une bonne main qui menait, solide et juste. C’était une fille.
Je dis bien : une fille, et pas une femme, parce que, ici, une femme de la campagne, tu les connais comme moi, …

C EST DU BOIS ET DE LA PIERRE - letnb

                                                            … Ça, c’était une fille : deux sauts de pigeon, et la voilà dans la boutique.
Je la voyais de côté : son nez et sa bouche, c’était juste devant la lumière, et c’était net, et c’était beau, j’en ai encore plein la tête.


L’attelage s’arrête devant l’épicerie, d’un coup de rêne en premi-re : le patatro, puis, d’un seul coup, les quatre sabots plantés dans la poussière, et, plus de bruit. Une bonne main qui menait, solide et juste. C’était une fille.
Je dis bien : une fille, et pas une femme, parce que, ici, une femme de la campagne, tu les connais comme moi, c’est du bois et de la pierre ; ça marche comme saint qu’on porte, tout d’une pièce usé que c’est par la terre et par l’homme. , Ça, c’était une fille : deux sauts de pigeon, et la voilà dans la boutique.
Je la voyais de côté : son nez et sa bouche, c’était juste devant la lumière, et c’était net, et c’était beau, j’en ai encore plein la tête.

UN DE BAUMUGNES – Jean Giono – 005

un de baumugnes - image 2 flou

 

 

 

 

(Présentation … intention … rappel)


Albin
s’approche à petit pas de ce qui le hante
un détour le conduit à parler de son pays

occasion pour Giono d’évoquer
une nature vécue comme une compagne
dans un moment de poésie
certains diraient : « d’un autre temps »
il est, de fait
du temps.


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Un soir, on se met ici où nous sommes, sur la terrasse, un soir comme ce soir.
C’était tard. Il coulait entre les arbres un torrent de silence qui noyait tout.
Moi, je pensais au pays. Ça faisait trois mois à peine que j’en étais parti. D’ailleurs, ce pays, tout à l’heure, je te dirai … parce que ça explique pourquoi l’histoire et parce que ça va me faire du bien, maintenant que je vais en prendre la route.
Une belle nuit !
Les choses de la terre, mon vieux, j’ai tant vécu avec …

ELLES J AI TANT FAIT MA VIE DANS L ESPACE-letnb

                                                         … que, quand j’ai de la peine c’est à elles que je pense pour la consolation.
Je regardais donc mon pays dans moi, et c’était de la douleur ; mais dans l’orme, là en face, ce fut le rossignol qui chanta, puis, tous les bassins ronflèrent sous les gosiers des rainettes, puis la chouette se mit à chouler et, alors, la lune sauta par-dessus la colline.


Un soir, on se met ici où nous sommes, sur la terrasse, un soir comme ce soir.
C’était tard. Il coulait entre les arbres un torrent de silence qui noyait tout.
Moi, je pensais au pays. Ça faisait trois mois à peine que j’en étais parti. D’ailleurs, ce pays, tout à l’heure, je te dirai … parce que ça explique pourquoi l’histoire et parce que ça va me faire du bien, maintenant que je vais en prendre la route.
Une belle nuit !
Les choses de la terre, mon vieux, j’ai tant vécu avec elles, j’ai tant fait ma vie dans l’espace qu’elles faisaient, j’ai tant eu d’amis arbres, le vent c’est tant frotté contre moi que, quand j’ai de la peine c’est à elles que je pense pour la consolation.
Je regardais donc mon pays dans moi, et c’était de la douleur ; mais dans l’orme, là en face, ce fut le rossignol qui chanta, puis, tous les bassins ronflèrent sous les gosiers des rainettes, puis la chouette se mit à chouler et, alors, la lune sauta par-dessus la colline.

UN DE BAUMUGNES – Jean Giono – 004

un de baumugnes - image 2 flou

 

 

 

 

(Présentation … intention … rappel)


Albin s’épanche
et présente celui qui est
cause principale de son malheur.
On se mettrait à le détester … par avance
pourtant Albin ne semble pas lui vouloir du mal
alors même que la description qu’il en fait
nous donne
un voyou de la ville.


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Cet an là, y avait avec nous un type de Marseille, un jeune tout creux comme un mauvais radis, la peau sur l’os et un tatouage à la paume où il y avait écrit  » merde « . Il tripotait le blé avec ça !
Il s’appelait Louis. Crevé, fin crevé. La gerbe tremblait au bout de sa fourche, et toujours à s’en prendre au bon Dieu. Comme si c’était lui le responsable !
Au fond, c’était peut-être la première fois qu’il travaillait.
Maintenant QUE JE SAIS UN PEU LA VIE JE CROIS-LETNB

… Ça va.
C’était pas un mauvais compagnon, non, mais hors du travail.
Il chantait en tournant sa tête comme une poule ; il blaguait. Ah, pour l’avoir à la langue, c’était toujours trop tard !


Cet an là, y avait avec nous un type de Marseille, un jeune tout creux comme un mauvais radis, la peau sur l’os et un tatouage à la paume où il y avait écrit  » merde « . Il tripotait le blé avec ça !
Il s’appelait Louis. Crevé, fin crevé. La gerbe tremblait au bout de sa fourche, et tojours à s’en prendre au bon Dieu. Comme si c’était lui le responsable ! Au fond, c’était peut-être la première fois qu’il travaillait. Maintenant que je sais un peu la vie, je crois qu’il avait dû faire une chose sale et qu’il avait changé d’air pour quelque temps. Ça va.
C’était pas un mauvais compagnon, non, mais hors du travail. Il chantait en tournant sa tête comme une poule ; il blaguait. Ah, pour l’avoir à la langue, c’était toujours trop tard !

UN DE BAUMUGNES – Jean Giono – 003

un de baumugnes - image 2 flou

 

 

 

 

(Présentation … intention … rappel)


Le narrateur (l’auteur ?) entre en contact
avec Albin,
l’homme,
sa présence toute particulière,
et avec
ce qui crée en lui – le silencieux – ce flot de paroles
qui n’attendaient qu’une oreille attentive
et qui lui dévore le cœur.

L’occasion pour Giono
d’un presque poème en prose
évoquant une autre présence
celle de la nuit d’été
… pour celui dont le corps est fatigué

 


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C’est pas de ça, qu’il me fait ; les mauvaises raisons c’est rien pour moi. Ce que j’ai, c’est du sérieux et ça compte ; ça m’est rentré dedans …

PETIT À PETIT COMME UN FIL D EAU-letn&b

…Tant vaut mieux que je parte.

Après ça, y avait plus besoin de rien dire, vous pensez bien. Il était lancé. Ça allait tout seul.

Le patron, ce soir-là, pansait son accordéon avec de la colle de pâte et des morceaux de vieux corsages; on avait la paix.
Il faisait une belle nuit d’été, étendue toute nue sur les beaux ormes. Le boulevard était vide ; un vent léger y jouait avec la poussière, comme un gosse..


C’est pas de ça, qu’il me fait ; les mauvaises raisons c’est rien pour moi. Ce que j’ai, c’est du sérieux et ça compte ; ça m’est rentré dedans petit à petit comme un fil d’eau, et, maintenant, c’est gros et lourd sur mes jambes et ça m’empêche d’être heureux au soleil. Tant vaut mieux que je parte.
Après ça, y avait plus besoin de rien dire, vous pensez bien. Il était lancé. Ça allait tout seul.
Le patron, ce soir-là, pansait son accordéon avec de la colle de pâte et des morceaux de vieux corsages; on avait la paix.
Il faisait une belle nuit d’été, étendue toute nue sur les beaux ormes. Le boulevard était vide ; un vent léger y jouait avec la poussière, comme un gosse.

UN DE BAUMUGNES – Jean Giono – 002

un de baumugnes - image 2 flou

 

 

 

 

(Présentation … intention … rappel)


L’auteur situe le cadre de sa rencontre avec celui qui est au centre du roman.
On ne peut dire de lui qu’il est le héro. Le personnage principal étant le narrateur.
L’homme qui va tout faire pour que Albin reste « un de Baumugnes » … lui qui est désormais « empêché d’être heureux au soleil »

 


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On avait les dimanches soir.
On allait à Manosque boire le litre à la « Buvette du Piémont »; un bar tout en haut de la ville dans le faubourg qu’ils disent. Il y avait de la fesse ; le patron …

JOUAIT DE L ACCORDÉON COMME-letN&B1


On s’assemblait par sympathie; ça, chez nous c’est de règle. On se met à cinq ou six, au jugé, d’après la tête, et en avant.
J’en avait visé un, grand, avec des yeux d’eau claire qui débordaient sur ses joues, et, sous sa moustache, un rire comme de neige.


On avait les dimanches soir. On allait à Manosque boire le litre à la « Buvette du Piémont »; un bar tout en haut de la ville dans le faubourg qu’ils disent. Il y avait de la fesse ; le patron jouait de l’accordéon comme s’il tirait sur de la pâte à berlingot ; le litre de rouge vingt sous ça nous allait comme un gant.
On s’assemblait par sympathie; ça, chez nous c’est de règle. On se met à cinq ou six, au jugé, d’après la tête, et en avant.
J’en avait visé un, grand, avec des yeux d’eau claire qui débordaient sur ses joues, et, sous sa moustache, un rire comme de neige.

UN DE BAUMUGNES – Jean Giono – 001

un de baumugnes - image 2 flou

 

 

 

 

 

Cette année, à Beauvoisin, tout près de Buis les Baronnies
un ensemble de lecteurs conduits par Alain* et Emilia 
– auquel s’est joint (pour un final éblouissant) Serge Pauthe* –
a donné lecture
une partie de la nuit durant
du roman de Jean Giono « Un de Baumugnes »
(Mon préféré lorsque c’est celui que je lis)


 

*

** comédien, metteur en scène, … qui dirige actuellement le théâtre des habitant de Buis les Baronnies)


Je sentais que ça allait venir.
Après boire,
l’homme qui regarde la table
et qui soupire
c’est qu’il va parler

SURTOUT DE CES HOMMES - letcoul1*SURTOUT DE CES HOMMES - let-sol*

enfin
un de notre bande
un de ceux qui se louent dans les fermes
à la moisson
ou à peu près.


« Je suis encore toute remuée et émerveillée du pouvoir des mots qui nous ont rassemblé tout le long des mois, de cette belle langue de Giono, de cette magnifique histoire où il est question de musique  (et les mots sont de la musique) qui guérit.
Cette histoire  a rassemblé un public qui a retrouvé  durant quelques heures un état d’enfance, c’était magnifique !….. »
Propos tenus par Emilia SOL qui  avec son mari, ont eu cette idée un peu folle d’une lecteure intégrale, théâtralisée et en musique de cette oeuvre de Giono.

baumugne-nb-(La photo du hameau est un emprunt à Jihel ici
merci à lui)