[Almanach] … Daniel Bourrion

[D’abord
évoquer la langue d’avant]

Samedi 14 Juillet 2012
aux éditions Publie.net
Daniel Bourrion
donnait :
Légendes

 SUR DE TRÈS VIEILLES BANDES-letcr1-exp

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L’extrait complet

 


Proposition de lecture :


Ma langue d’avant, je ne la sais même plus, qui est tombée dans la grande fosse du temps où tombent aussi les hommes et puis les femmes et puis toutes les heures et puis même chacun des mots que nous lâchons comme nous semons. Il ne m’en reste que quelques traces, des sortes de cailloux qui viennent dans ma bouche et changent si je n’y prends garde les sons que je mâchouille, en font des choses qui ne se disent pas, pas comme cela, et pas ici.
Je ne la sais donc plus mais je sais par contre que quelque part, sur de très vieilles bandes magnétiques, on m’entend un peu parler cette langue d’avant et là je suis encore enfant, et c’est tout juste avant que ma langue ne parte, ne fonde, sorte de sorbet dont on finit par n’avoir plus que la mémoire, et encore. Je sais cela, ces enregistrements, ces témoignages, mais je n’y vais pas voir, pas écouter. Cela ne ferait rien revenir.


[Almanach] … Jean-Philippe Cazier

[Ce bien commun n’est, en partie, qu’une apparence ]

Lundi 29 Juin 2009
aux éditions Publie.net
Jean-Philippe Cazier
donnait :
Le silence du monde

 L ÉCRITURE COMMENCE AVEC-letcr1-exp

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Extrait complet


L’écriture commence avec la création d’une langue. « J’ai enfin commencé mon Hérodiade. Avec terreur, car j’invente une langue… », Mallarmé sachant bien que l’invention de la langue exige le combat contre la langue : « Je t’envoie ce poème de l’Azur (…). Il m’a donné beaucoup de mal, parce que bannissant mille gracieusetés lyriques et beaux vers qui hantaient incessamment ma cervelle ». Combat et destruction : vider la langue, casser les mots, ouvrir les phrases, fendre le langage pour en fendre les clichés, les présupposés et préjugés, les structures. À cette condition un style peut être construit, parler autrement sera possible. Fendre signifie aussi que par la fente, par la déchirure apparaît ce qui n’est pas du langage (Beckett : « Y forer des trous, l’un après l’autre, jusqu’au moment où ce qui est tapi derrière, que ce soit quelque chose ou rien du tout, se mette à suinter à travers »). Il faut, comme l’écrit Blanchot, « retirer le langage du cours du monde », commencer par se taire, par faire (le) silence, imposer le silence à la langue ou subir ce silence. Le silence ici n’est pas à comprendre comme une simple interruption dans le discours, une respiration entre deux mots, ou encore l’absence accidentelle de bruits et de paroles dans un paysage désert. Le silence n’est pas ce qui s’oppose au bruit de la langue, c’est ce qui la ronge et la détruit, ce qui la rend impossible : pas opposition mais rapport de forces. La poésie commence dans la force d’un mutisme actif, destructeur. La recherche incessante du mot, d’un mot, le travail acharné de l’écriture dont parle Mallarmé, valent pour ce travail du silence, « Je te jure qu’il n’y a pas un mot qui ne m’ait coûté plusieurs heures de recherche ». On est loin du langage commun, de l’usage utilitaire du langage, loin du cliché. Quel sens y aurait-il à chercher durant des heures le mot pour dire arbre ou étoile ou soleil ? Le réel volerait en éclats, le danger serait proche. Et le silence, l’immobilité du silence, ne serait qu’un obstacle à la communication, un bruit, une impossibilité de la représentation.

[Almanach] Alain François…

[L’heure des retrouvailles… avec un soi
d’avant.]

Mardi 14 Juin 2011
Les éditions publie.net donnaient
WEBOBJET (ça recommence comme ça) de Alain François

JE ME MURMURE INCIDEMMENT-letcr1-exp

                               

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L’extrait complet


Proposition de lecture du début de ce journal :

La version numérique de ce livre est enrichie de nombreux liens et d’animations intégrées (notes en bas de page)
Des innovations … qui ont du mal à se faire leur place, presque 10 ans plus tard, dans le livre numérique.

Le blog de Alain François http://bonobo.net/


Puisque je traîne dans les couloirs de l’administration, j’en profite pour squatter le bureau de Jacques L. Je lui annonce la naissance de ce site. Nous discutons des implications d’un tel exercice dans le cadre d’une école… Il accepte d’être cité et re-cité en affirmant « j’ai le goût du risque ». Il ne risque pas grand-chose, ce Jacques L. (la cible, c’est moi). il me fait une belle impression quand il s’esclaffe : « tu as pris le contre-pied du discours… » lorsque je prends le contre-pied de son discours, et je me murmure incidemment « je suis de retour chez moi ». Ce chez-moi est une certaine langue que je n’avais plus entendue. Ou autre chose. Ou autre chose. Je me sens tiraillé, partagé, traversé par des courants étranges, des forces anciennes, des sources endormies.

J’avais eu tant de mal à gagner mes galons de normalité…

En rentrant, je découvre dans ma boite mail un message contenant un étrange portrait de lui-même, son portrait officiel me dit-il.

[Almanach] Jules Michelet …

[Ce n’est pas tout à fait celle de Charles Trenet.]

Jeudi 7 Juin 2012
Les éditions publie.net donnaient
« La mer » de Jules Michelet

DANS TOUTES LES ANCIENNES-letcr1-exp

                               

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L’extrait complet


Proposition de lecture :


UN BRAVE MARIN HOLLANDAIS, ferme et froid observateur, qui passe sa vie sur la mer, dit franchement que la première impression qu’on en reçoit, c’est la crainte. L’eau, pour tout être terrestre, est l’élément non respirable, l’élément de l’asphyxie. Barrière fatale, éternelle, qui sépare irrémédiablement les deux mondes. Ne nous étonnons pas si l’énorme masse d’eau qu’on appelle la mer, inconnue et ténébreuse dans sa profonde épaisseur, apparut toujours redoutable à l’imagination humaine.
Les Orientaux n’y voient que le gouffre amer, la nuit de l’abîme. Dans toutes les anciennes langues, de l’Inde à l’Irlande, le nom de la mer a pour synonyme ou analogue le désert et la nuit.
Grande tristesse de voir tous les soirs le soleil, cette joie du monde et ce père de toute vie, sombrer, s’abîmer dans les flots. C’est le deuil quotidien du monde, et spécialement de l’Ouest. Nous avons beau voir chaque jour ce spectacle, il a sur nous la même puissance, même effet de mélancolie.

[Almanach] Anna Jouy …

[Images fortes, qui, telles les notes d’un piano, donnent leur vibration à ce qui devient, musique, tableau, ballet…]

Samedi 16 mai 2015, Anna Jouy donne en ses « mots sous l’aube »
journal de l’aube 410,
qu’accompagne une valse d’Evgeny Grinko

(extrait)

ECLATER COMME UN DRAP DANS-LETCR1-EXP

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Le texte en son entier 


Proposition de

lecture

 Un autre doigt


Alors se joignent les doigts, les cils aussi, tout le corps épèle l’espérance
Craquements de phalanges toutes ces coudées d’os dans l’acte à venir
Ils s’assemblent, force des mots nus, la pensée travaille son silence, pétrin chaud d’amour ou de folie. Développer sa fougère
Reprendre aussitôt à la ligne des doigts, y retendre les suppliques
Jusqu’à ce qu’un peu d’air glisse et ventouse.
Éclater comme un drap dans le repli des langues

Tu amarres les vagues -Sabine Huynh (Mots) Louise Imagine (Images)

« Tu amarres les vagues est un livre qui se lit doucement.
Si seulement on accepte son invitation et si on y pense un moment, la douceur est une des choses les plus précieuses au monde.
Il y a une façon de parler de l’enfance, et du lien à son enfant qui est

Ce regard sur l’amour est en chacun de nous, dans l’enfant que nous avons été, dans

Sabine Huynh a inventé des mots pour répondre aux éclats colorés de bonheur des photos de Louise Imagine : il y a cette pure merveille d’écla-rire.  »

Extrait de la Préface de Isabelle Pariente-Butterlin


 


POUR DIRE POUR ÉCRIRE - letcr1-exp

Extrait du recueil [dédié à l’enfance]

« Tu amarres les vagues »
de Louise Imagine
(pour les photographies)
et
Sabine Huynh
(pour les poèmes)


Parcours de lecture
POUR DIRE POUR ÉCRIRE - ss

En clair

POUR DIRE POUR ÉCRIRE - txt0

Un extrait plus long

POUR DIRE POUR ÉCRIRE - txt1

 


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Nous ne savons pas encore
qui tu seras
tu parles et chantes
une langue devenue tienne
et ta mère vient d’autres langues

une pour gémir et d’autres pour chanter

Et moi à qui personne n’a jamais murmuré de berceuse
qui n’en connais d’ailleurs pas
confusément je t’en fredonne dans la septième langue apprise
ta langue paternelle

Pour dire pour écrire
les lignes brisées
les bonheurs enchanteurs
nous ne savons pas encore
quelle langue tu chevaucheras