Je viens d’une enfance de blé, de chevaux, une… – Anna Jouy

TU NE SAISIS PLUS-image

Sur son blog des Anna Jouy à déposé
dans sa rubrique  « poèmes« 

« Je viens d’une enfance de blé, de chevaux, une…« 

Extrait … (propice à une lecture lente qui ne brûle pas les mots avant qu’ils aient donné leur pulpe)

TU NE SAISIS PLUS-letcoul

(cliquer sur le texte pour le parcours de lecture)


Le texte entier chez Anna Jouy

 

[Texte qui par sa (dé)construction recrée chez le lecteur (que j’ai été à plusieurs reprises) un climat, une eau, un inconfort paisible, proche de celui dans lequel vit l’enfant (? … a vécu l’enfant qui m’a fait le grand prêt)]

 


Lire ses textes déposés chez les cosaques des frontières de JAN DOETS

Anna Jouy aux éditions Qazaq


 

Je viens d’une enfance de blé, de chevaux, une enfance silencieuse à peine perforée de sabots. Quand je veux te parler, je fouille dans mon tiroir, le manuscrit des murmures.
J’aimerais que tu savoures mes images, un croquet ancien.
Mais tu ne saisis plus cette minceur de la voix, tu ignores ces jours d’abeilles et de larves, tu ne sais pas de quand je parle.
Alors mon poème assis dans le pré, ses chaussettes blanches tricotées de nuages faisant craquer les brindilles. Alors mon poème de résine, d’épines broyées.
Alors mon poème libre et silencieux,

Tu ne le comprends pas, des pas dissipés, un mirage, une langue étrangère.
Je suis un poète mort de sens.

ANH MAT – Chez Jan Doets (Les cosaques des frontières) – Insomnie à Saigon

Anh Mat, « auteur » des nuits échouées écrit ici en tant que « Cosaque des frontières »
(qualité qui lui va comme un gant … en rapport avec le titre de son blog)
Il nous évoque un/son voyage en avion.
Occasion pour dire un rapport à la parole et à l’écrit à mettre lui, en rapport avec le qualificatif d’apatride que l’auteur de « Monsieur M »

A la lecture de ce court extrait on peut voir surgir, tout comme lui, des images connues qui marquent des territoires traversés par l’Histoire. Celle qui s’écrit avec le sang des vaincus (les peuples … tous les peuples) de la plume des vainqueurs (?)


JE NE JETTERAI PAS UN OEIL-image2

JE NE JETTERAI PAS UN OEIL-image3

JE NE JETTERAI PAS UN OEIL-image1

 

(Au-delà de cette évocation, la ville est dense, sombre et lumineuse, comme souvent sous la plume de l’auteur, dans cette …)

 

insomnie à Saigon – Anh Mat

(Site des « Cosaques des Frontières » de Jan Doets)

treize heures de vols à l’envers. C’était prévu ainsi. Pas d’aller sans retour. Je me l’étais promis. Revenir avant que l’été se termine… en pleine saison des pluies.

JE NE JETTERAI PAS UN OEIL-letcoul

je me sens plus que jamais étranger à moi-même et à mon pays. À sa langue. Oui. Je suis ici malade de la parole. Je ne sais plus parler. À force de vivre ailleurs, j’ai fini par devenir un infirme de la « communication ». Même les échanges les plus anodins sont source d’angoisse irrémédiable.

 

Le texte complet ici

 

Monsieur M
Anh Mat
Chez Publie.net

PUBLIE.NET

 

Anh Mat
aux éditions
Qazaq
Cartes Postales de la Chine ancienne

premier et deuxième tome

Small logo Cartes Postale 2


 

La mer qu’on voit danser …

C EST LE PEUPLE DES NOMBREUX-mer

Certains la voient danser
pour leur plaisir
mais
qu’en est-il
du sien ?


La mer

C EST LE PEUPLE DES NOMBREUX-letcol
… en vagues vaines
Mais auquel
de temps à autre
dans un moment de colère
elle arrache un pan
parfois un territoire.

C EST LE PEUPLE DES NOMBREUX-littoral

Ils y puisent le meilleur

C EST LE PEUPLE DES NOMBREUX-poissons
et y rejettent le pire

C EST LE PEUPLE DES NOMBREUX-plastique-nb


Dans Candide, Pangloss prétendait que
« Les malheurs particuliers font le bien général »

En fait c’est exactement le contraire
Le malheur du grand nombre est la source du confort de quelques particuliers.

C’est le réservoir de pauvreté qui permet la richesse de quelques uns.

De même que la mer absorbe, tant bien que mal, nos déchets
et rembourse tant bien que mal nos emprunts
c’est ce réservoir de pauvreté qui joue
le rôle de
l’arrivée d’air dans le climatiseur.
Lequel rejette
l’air devenu déchet

qui ira réchauffer
l’extérieur.


La mer
c’est le peuple
Les nombreux
Masse puissante et
potente
emprisonnée d’un littoral où elle ne cesse de s’abattre
en vagues vaines
Mais auquel
de tps à autre
ds un moment de colère
elle arrache un pan
parfois un territoire

Ils y puisent le meilleur
y rejettent le pire

UN DE BAUMUGNES – Jean Giono – 006

un de baumugnes - image 2 flou

 

 

 

 

(Présentation … intention … rappel)


Albin
nous fait la relation de
cette rencontre ,
– ce premier toucher à distance –
qui a changé sa vie
l’a traversé d’une lumière qui désormais
l’habite à jamais
malgré les ténèbres et le néant qui lui creuse à présent
tout son être.

Au passage,
Giono évoque la dureté de l’existence
des femmes
de ces temps et de ces pays là.
Dureté dans laquelle
l’homme a sa part de responsabilité.


baumugne-nb


L’attelage s’arrête devant l’épicerie, d’un coup de rêne en première : le patatro, puis, d’un seul coup, les quatre sabots plantés dans la poussière, et, plus de bruit. Une bonne main qui menait, solide et juste. C’était une fille.
Je dis bien : une fille, et pas une femme, parce que, ici, une femme de la campagne, tu les connais comme moi, …

C EST DU BOIS ET DE LA PIERRE - letnb

                                                            … Ça, c’était une fille : deux sauts de pigeon, et la voilà dans la boutique.
Je la voyais de côté : son nez et sa bouche, c’était juste devant la lumière, et c’était net, et c’était beau, j’en ai encore plein la tête.


L’attelage s’arrête devant l’épicerie, d’un coup de rêne en premi-re : le patatro, puis, d’un seul coup, les quatre sabots plantés dans la poussière, et, plus de bruit. Une bonne main qui menait, solide et juste. C’était une fille.
Je dis bien : une fille, et pas une femme, parce que, ici, une femme de la campagne, tu les connais comme moi, c’est du bois et de la pierre ; ça marche comme saint qu’on porte, tout d’une pièce usé que c’est par la terre et par l’homme. , Ça, c’était une fille : deux sauts de pigeon, et la voilà dans la boutique.
Je la voyais de côté : son nez et sa bouche, c’était juste devant la lumière, et c’était net, et c’était beau, j’en ai encore plein la tête.

UN DE BAUMUGNES – Jean Giono – 005

un de baumugnes - image 2 flou

 

 

 

 

(Présentation … intention … rappel)


Albin
s’approche à petit pas de ce qui le hante
un détour le conduit à parler de son pays

occasion pour Giono d’évoquer
une nature vécue comme une compagne
dans un moment de poésie
certains diraient : « d’un autre temps »
il est, de fait
du temps.


baumugne-nb


Un soir, on se met ici où nous sommes, sur la terrasse, un soir comme ce soir.
C’était tard. Il coulait entre les arbres un torrent de silence qui noyait tout.
Moi, je pensais au pays. Ça faisait trois mois à peine que j’en étais parti. D’ailleurs, ce pays, tout à l’heure, je te dirai … parce que ça explique pourquoi l’histoire et parce que ça va me faire du bien, maintenant que je vais en prendre la route.
Une belle nuit !
Les choses de la terre, mon vieux, j’ai tant vécu avec …

ELLES J AI TANT FAIT MA VIE DANS L ESPACE-letnb

                                                         … que, quand j’ai de la peine c’est à elles que je pense pour la consolation.
Je regardais donc mon pays dans moi, et c’était de la douleur ; mais dans l’orme, là en face, ce fut le rossignol qui chanta, puis, tous les bassins ronflèrent sous les gosiers des rainettes, puis la chouette se mit à chouler et, alors, la lune sauta par-dessus la colline.


Un soir, on se met ici où nous sommes, sur la terrasse, un soir comme ce soir.
C’était tard. Il coulait entre les arbres un torrent de silence qui noyait tout.
Moi, je pensais au pays. Ça faisait trois mois à peine que j’en étais parti. D’ailleurs, ce pays, tout à l’heure, je te dirai … parce que ça explique pourquoi l’histoire et parce que ça va me faire du bien, maintenant que je vais en prendre la route.
Une belle nuit !
Les choses de la terre, mon vieux, j’ai tant vécu avec elles, j’ai tant fait ma vie dans l’espace qu’elles faisaient, j’ai tant eu d’amis arbres, le vent c’est tant frotté contre moi que, quand j’ai de la peine c’est à elles que je pense pour la consolation.
Je regardais donc mon pays dans moi, et c’était de la douleur ; mais dans l’orme, là en face, ce fut le rossignol qui chanta, puis, tous les bassins ronflèrent sous les gosiers des rainettes, puis la chouette se mit à chouler et, alors, la lune sauta par-dessus la colline.

UN DE BAUMUGNES – Jean Giono – 004

un de baumugnes - image 2 flou

 

 

 

 

(Présentation … intention … rappel)


Albin s’épanche
et présente celui qui est
cause principale de son malheur.
On se mettrait à le détester … par avance
pourtant Albin ne semble pas lui vouloir du mal
alors même que la description qu’il en fait
nous donne
un voyou de la ville.


baumugne-nb


Cet an là, y avait avec nous un type de Marseille, un jeune tout creux comme un mauvais radis, la peau sur l’os et un tatouage à la paume où il y avait écrit  » merde « . Il tripotait le blé avec ça !
Il s’appelait Louis. Crevé, fin crevé. La gerbe tremblait au bout de sa fourche, et toujours à s’en prendre au bon Dieu. Comme si c’était lui le responsable !
Au fond, c’était peut-être la première fois qu’il travaillait.
Maintenant QUE JE SAIS UN PEU LA VIE JE CROIS-LETNB

… Ça va.
C’était pas un mauvais compagnon, non, mais hors du travail.
Il chantait en tournant sa tête comme une poule ; il blaguait. Ah, pour l’avoir à la langue, c’était toujours trop tard !


Cet an là, y avait avec nous un type de Marseille, un jeune tout creux comme un mauvais radis, la peau sur l’os et un tatouage à la paume où il y avait écrit  » merde « . Il tripotait le blé avec ça !
Il s’appelait Louis. Crevé, fin crevé. La gerbe tremblait au bout de sa fourche, et tojours à s’en prendre au bon Dieu. Comme si c’était lui le responsable ! Au fond, c’était peut-être la première fois qu’il travaillait. Maintenant que je sais un peu la vie, je crois qu’il avait dû faire une chose sale et qu’il avait changé d’air pour quelque temps. Ça va.
C’était pas un mauvais compagnon, non, mais hors du travail. Il chantait en tournant sa tête comme une poule ; il blaguait. Ah, pour l’avoir à la langue, c’était toujours trop tard !

UN DE BAUMUGNES – Jean Giono – 003

un de baumugnes - image 2 flou

 

 

 

 

(Présentation … intention … rappel)


Le narrateur (l’auteur ?) entre en contact
avec Albin,
l’homme,
sa présence toute particulière,
et avec
ce qui crée en lui – le silencieux – ce flot de paroles
qui n’attendaient qu’une oreille attentive
et qui lui dévore le cœur.

L’occasion pour Giono
d’un presque poème en prose
évoquant une autre présence
celle de la nuit d’été
… pour celui dont le corps est fatigué

 


baumugne-nb


C’est pas de ça, qu’il me fait ; les mauvaises raisons c’est rien pour moi. Ce que j’ai, c’est du sérieux et ça compte ; ça m’est rentré dedans …

PETIT À PETIT COMME UN FIL D EAU-letn&b

…Tant vaut mieux que je parte.

Après ça, y avait plus besoin de rien dire, vous pensez bien. Il était lancé. Ça allait tout seul.

Le patron, ce soir-là, pansait son accordéon avec de la colle de pâte et des morceaux de vieux corsages; on avait la paix.
Il faisait une belle nuit d’été, étendue toute nue sur les beaux ormes. Le boulevard était vide ; un vent léger y jouait avec la poussière, comme un gosse..


C’est pas de ça, qu’il me fait ; les mauvaises raisons c’est rien pour moi. Ce que j’ai, c’est du sérieux et ça compte ; ça m’est rentré dedans petit à petit comme un fil d’eau, et, maintenant, c’est gros et lourd sur mes jambes et ça m’empêche d’être heureux au soleil. Tant vaut mieux que je parte.
Après ça, y avait plus besoin de rien dire, vous pensez bien. Il était lancé. Ça allait tout seul.
Le patron, ce soir-là, pansait son accordéon avec de la colle de pâte et des morceaux de vieux corsages; on avait la paix.
Il faisait une belle nuit d’été, étendue toute nue sur les beaux ormes. Le boulevard était vide ; un vent léger y jouait avec la poussière, comme un gosse.