« La grande beuverie » – René Daumal – Les paradis artificiels – 9 –

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La grand beuverie - en Calabre

« … Parfois il y en a un qui par hasard, parce que ça se trouve sur son chemin, passe par sa peau et s’y empêtre et la reconnaît ; alors il se fait le plus souvent sauter la cervelle.  »  

 


Les paradis artificiels – 9 –
De la riche … et pauvre existence des bougeotteurs


« Leur bougeotte est invisible. Tandis que leurs carcasses demeurent attablées à quelque tapis vert, ils voyagent aux quatre coins du monde, ou de leur pays, ou de leur usine, ou de leur maison, selon leur envergure, mais partout où ils se dépensent, c’est un fourmillement de malheurs.  »…

  

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B09- ILS APPELLENT CELA GOUVERNER-image


« Ils appellent cela gouverner. Ce sont tous de grands organisateurs. Ils ont fortune et gloire. Ils sont incurables. »

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La suite de « La Grande Beuverie » nous montrera que les deux autres catégories « d’évadés » ne sont pas moins nocives.
En particulier les « fabricateurs d’objets inutiles »

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Combien faudrait-il payer ces personnes, si on leur présentait cette activité comme un travail ?


 

Les paradis artificiels 9,  complet (au format pdf) Les Paradis artificiels 9

« La grande beuverie » – René Daumal – Les paradis artificiels – 5 –

B05- — N’ EST - CE PAS QUE LE MOMENT-image

La grand beuverie - en Calabre

« Je m’étonnais, en gravissant un tertre fleuri de celluloïd, qu’un univers entier pût tenir dans cette soupente »

Nous vivons dans un placard
et nous l’ignorons
parce que nous l’avons doté
du confort.


Les paradis artificiels – 5 –
Est-ce une vision prémonitoire de René Daumal, qui devinerait ici les mondes virtuels que nous inventons, meublons et occupons ? …

 


« L’infirmier m’expliqua :
— Ici comme partout, mais ici on vous le fait remarquer tout spécialement, l’espace se fabrique selon les besoins.
Voulez-vous faire une promenade ? Vous projetez devant vous l’espace nécessaire que vous parcourez au fur et à mesure.
De même du temps.
Comme l’araignée sécrète le fil au bout duquel elle se laisse glisser, vous sécrétez le temps qu’il vous faut pour ce que vous avez à faire, et vous marchez le long de ce fil qui n’est visible que derrière vous mais qui n’est utilisable que devant vous.
Le tout est de bien calculer. Si le fil est trop long, il fait des plis et s’il est trop court, il casse.
Si je ne craignais pas d’attraper soif en parlant, je vous dirais pourquoi c’est si dangereux pour l’araignée d’avoir derrière elle un fil qui fait des plis. »…

  

B05- — N’ EST - CE PAS QUE LE MOMENT-let


 

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« — N’est-ce pas que, le moment venu de remonter en ravalant son fil, les nœuds se mettent en travers du gosier…»

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La réponse est non. (?)

C’est bien du monde dans lequel nous vivons
(hors écran et gadget à univers calculés)
que René Daumal parle.
De même que dans notre tête « ça pense »
A la surface de notre peau « ça touche », de notre rétine « ça voit » …
Quand à nous,
nous vivons repliés dans
nos concepts du monde
placard
qui nous isole du réel
qu’un long et efficace apprentissage
nous a habitué à prendre pour
le dehors.

Mais Platon
disait-il autre chose


Les paradis artificiels 5,  complet (au format pdf) Les Paradis artificiels 5

« La grande beuverie » – René Daumal – Les paradis artificiels – 3 –

B03- DES PUPITRES EN CONTRE-image

La grand beuverie - en Calabre

Bien sur, ici
la soif
est bien plus proche de
celle qu’évoque Rabelais
et qu’étanche « La dive bouteille »
que du beaujolais nouveau.


Les paradis artificiels – 3 –
Pas très loin de Matrix
l’infirmerie de la grande beuverie
est un monde virtuel
confortable.

 


« La porte tourna silencieusement et nous nous trouvâmes au Paradis.
Une lumière ! Des lustres ! Des moulures dorées ! Des papiers peints, qu’on aurait dit des vraies tapisseries.
Des divans profonds comme des tombereaux, couverts de torrents de soie artificielle.
Des fontaines lumineuses qui distribuaient verveine, camomille, menthe, orangeade, limonade, avec des gobelets en métal argenté, plus léger que le massif et si plus commode ! et tout ça pour rien, à portée des lèvres.
Des bibliothèques à catalogues électriques et distribution automatique.
»…

  

B03- DES PUPITRES EN CONTRE-let


 

B03- DES PUPITRES EN CONTRE-image


« Des pupitres en contre-plaqué avec phonographe, T.S.F. et cinéma sonore individuel. »

Des brises de patchouli. Des rosées de glycérine, qui ne s’évapore pas, sur des gazons de papier paraffiné, qui ne fane pas.»

____________


Tout le confort moderne
on y trouve même
la télévision.
Comment dès lors
avoir encore
le désir de chercher la porte qui donne sur l’extérieur
Comment
conserver
la volonté de sortir
?


Les paradis artificiels 3,  complet (au format pdf) Les Paradis artificiels 3

« La grande beuverie » – René Daumal – Dialogue laborieux – 14 –

A14- UN SPECTACLE TERRIFIANT-image

La grand beuverie - en Calabre

Tout ce qui est sans chair et sans émotion vraie, en prend pour son grade dans cette oeuvre truculente.


Dialogue laborieux – 14 –
Un petit écho à
« L’évidence absurde »*
dans cette mise en abyme

 

 


« Une nuit, je fais un rêve terrifiant.
Un énorme tire-bouchon, c’était le monde, tournait en se vissant sur place dans sa propre spirale, comme l’enseigne des coiffeurs américains, et je me voyais, pas plus grand qu’un pou mais moins adhérent, glisser et culbuter sur l’hélice et me tourbillonner la pensée sur des escaliers roulants de formes a priori.
Tout à coup, c’était fatal, le grand craquement, ma nuque éclate, je tombe sur le nez, j’émerge dans un éclaboussement d’étincelles devant le Cafre, venu pour m’éveiller.
Il me dit : « Tu as eu la grande catacouiche, hein ? Alors viens voir. »
Il me mène au pigeonnier, me fait regarder par un trou de la paroi. Je mets un œil. Je vois »…

  

A14- UN SPECTACLE TERRIFIANT-let


 

A14- UN SPECTACLE TERRIFIANT-image


« un spectacle terrifiant : un énorme tire-bouchon, c’était le monde, tournait en se vissant sur place …

dans sa propre spirale, comme l’enseigne des coiffeurs américains, et je me voyais pas plus grand qu’un pou mais moins adhérent » 

____________

Par les petits trous
on voit
la même chose que par les grands
C’est un peu ce que disait
la « Table d’Émeraude »**

(mille excuses pour les allergiques aux textes ésotériques anciens
dont il faut retraduire le sens
en se rappelant qu’alors
de même que la distinction artiste / artisan n’existait pas
il en était de même pour magie / science)


Dialogue laborieux 14,  complet (au format pdf) Dialogue Laborieux 14

 


* "... Le Vieillard de la Mer, semble-t-il, avait coutume de répondre more
pataphysico aux questions saugrenues que les voyageurs grecs aimaient
poser aux sages qu'ils rencontraient. Ainsi, interrogé par Cléombrote
sur la question de l'unicité ou de la pluralité des mondes, il répondit :
« qu'il n'y avait ni une infinité de mondes ni un seul, ni cinq,
mais 183 disposés en triangle, qu'ils se touchent les uns les autres et
dans leur révolution forment une espèce de danse... etc... ».
Cléombrote prit cette réponse pour du bon pain ; pour moi,
ataviquement instruit des usages pataphysiques, je sais que c'est la seule
réponse qui puisse convenir à aussi sotte question : réponse enrobant le
vrai dans l'absurde, propre à éveiller chez le voyageur des doutes et de
nouvelles questions. Comme le Sphynx, mon Père marin parlait par
énigmes. Mais au lieu de dévorer l'incapable de répondre, il le faisait,
au contraire, naître, et le déposait, revêtu d'un corps d'enfant et plein
de questions, sur la grève où je me connus humain pour la première
fois. Et nous autres enfants de la Mer Rouge, autrement dit
pataphysiciens, continuons à abasourdir la race questionneuse des
Cléombrote de nos évidences absurdes. "

** « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas …
miracle de l’unité. »

« La grande beuverie » – René Daumal – Dialogue laborieux – 13 –

A12- IL Y A DES PAROLES -image

La grand beuverie - en Calabre

Tout ce qui est sans chair et sans émotion vraie, en prend pour son grade dans cette oeuvre truculente.


Dialogue laborieux – 13–
René Daumal évoque trois personnages de la littérature
et
sous entend
qu’ils ont chacun
quelque chose à nous dire.

(pour connaître les deux autres, lire le chapitre complet donné en fin de page)

 


« Le troisième était Léon-Paul Fargue*, en costume d’amiral, qu’il avait orné de nombreux galions supplémentaires ; il portait le bicorne en travers et avait remplacé l’épée par un sabre d’abordage. Il avait, tantôt au menton, tantôt à la main, une barbe arménienne postiche : et, selon les moments, les courbures et les nœuds de la conversation, son visage passait du glabre au velu et du poilu au rasé comme par les phases étonnantes d’un astre humain errant.
C’est dommage que j’aie entendu si peu de ce qu’ils se dirent. Personne d’autre »…

  

A13- NE REMARQUA LES TROIS VISITEURS-let


 

A13- NE REMARQUA LES TROIS VISITEURS-image


« ne remarqua les trois visiteurs, ni même la salle où ils devisaient. Quand j’en ai parlé aux autres, ils m’ont ri au nez.… » 

____________

Se voir rire au nez
est le lot de tous les précurseurs
la vigie voit bien avant tous les occupants du bateau
on accepte ses annonces
parce qu’elle a un label
toutes les autres vigies dépourvue de cette étiquette
risquent le même sort que le héro de Daumal

à moins qu’ils annoncent
ce que chacun veut entendre
plutôt que ce qu’ils voient
A ce jeu
ceux qui n’ont aucun talent pour scruter l’horizon
sont gagnants.


Dialogue laborieux 13,  complet (au format pdf) Dialogue Laborieux 13

 


* La voix de Fargue : « Si j’avais quelque jeune disciple à former, je me contenterais probablement de lui murmurer ces seuls mots : sensible, s’acharner à être sensible, infiniment sensible, infiniment réceptif. Toujours en état d’osmose. Arriver à n’avoir plus besoin de regarder pour voir. Discerner le murmure des mémoires, le murmure de l’herbe, le murmure des gonds, le murmure des morts. Il s’agit de devenir silencieux pour que le silence nous livre ses mélodies, douleur pour que les douleurs se glissent jusqu’à nous, attente pour que l’attente fasse enfin jouer ses ressorts. Écrire, c’est savoir dérober des secrets qu’il faut encore savoir transformer en diamants. »

« La grande beuverie » – René Daumal – Dialogue laborieux – 11 –

A11- « ENFIN TE VOILÀ REVENU-image

La grand beuverie - en Calabre

Tout ce qui est sans chair et sans émotion vraie, en prend pour son grade dans cette oeuvre truculente.


Dialogue laborieux – 11–
On ne se débarrasse pas facilement
de ses démons.

 


«Mais comme j’avais laissé mon troupeau d’idées noires auprès de la futaille, je les y retrouvai. Elles me sautèrent au cou avec des cris de joie, m’appelèrent « petit oncle », et me crièrent toutes sortes de paroles de tendresse, comme : »…

  

A11- « ENFIN TE VOILÀ REVENU-let


 

A11- « ENFIN TE VOILÀ REVENU-image


« Enfin te voilà revenu, ah ! ce qu’on est heureuses de te revoir ! » 

Elles se pendaient à mes cheveux, à mes oreilles, à mes doigts, m’enlevaient mes lunettes, renversaient mon verre, salissaient mon pantalon, mettaient des mies de pain dans mes chaussettes. J’étais bien empêtré.

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Le cerveau est une éponge

il a horreur du vide
et du silence.
Si nous sommeillons
il invite le premier démon qui passe
à entrer.
Il faut lui donner de quoi s’occuper
le réquisitionner par exemple
au stockage, tri et gestion
d’informations sensibles
qui le détourneront du chant des sirènes.


Dialogue laborieux 11,  complet (au format pdf) Dialogue Laborieux 11

 

« La grande beuverie » – René Daumal – Dialogue laborieux – 10 –

A10- AVEC SA MÉCANIQUE -image

La grand beuverie - en Calabre

Tout ce qui est sans chair et sans émotion vraie, en prend pour son grade dans cette oeuvre truculente.


Dialogue laborieux – 10–
Avez vous des illusions
concernant
ce que vous nommez
à la suite de Descartes
vos pensées ?
(lire le pdf en fin d’article)

René Daumal
leur attribue le même niveau de conscience
que la partie « matérielle » de l’être.

 


«— Vous n’avez parlé que des corps inanimés. Et les corps animés, alors ?
— Oh ! ceux-là, vous savez aussi bien que moi comme ils sont sensibles au langage articulé. Par exemple, un monsieur passe dans la rue, tout occupé de ses chatouillements internes (ses pensées, comme il dit). Vous criez : « Hep ! ». Aussitôt toute cette machine compliquée, …
»…

  

A10- AVEC SA MÉCANIQUE -let


 

A10- AVEC SA MÉCANIQUE -image


avec sa mécanique de muscles et d’os, son irrigation sanguine, sa thermo-régulation, ses machines gyroscopiques »

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Pour celui qui enseigne
René Daumal évoque
la raison pour laquelle la parole fait
ou ne fait pas
mouche

l’absence de visée
d’intentionnalité.

Chacun connait
ce
« Bonjour ! »
administré par quelqu’un
qui n’attend pas votre retour
et ne l’entendra pas.


Dialogue laborieux 10,  complet (au format pdf) Dialogue Laborieux 10