Science et Vie …

SON IMPUISSANCE LUI INTERDISANT-letexx*
René Daumal
évoquait une étymologie
(par sympathie)
qui convenait mieux
au mot science
que le lointain sapience

il s’agirait de
scire (scier).

*


SON IMPUISSANCE LUI INTERDISANT-letex

« Les Scients prétendent que leur nom vient du latin scire, sciens, de même que le mot science, et qu’il est synonyme de savants. En réalité, ils’apparente à scier, les Scients s’occupant principalement à tout scier,hacher, pulvériser et dissoudre. Les Sophes font venir leur nom de celui de Sophie, qui est leur déesse, célèbre par ses malheurs et ses avatars.On a prouvé qu’en fait le mot n’était qu’une corruption de « sauf »,surnom que les sages leur donnaient jadis pour résumer certaines devises qu’on leur attribuait par dérision, telles que : «je sais tout, sauf que je ne sais rien », «je connais tout, sauf moi-même », « tout est périssable, sauf moi », «tout est dans tout, sauf moi », et ainsi de suite.

– Un lapin et de l’encre rouge! Cria soudain le Professeur en se tournant vers ses assistants. L’un d’eux ouvrit sa valise et en sortit par les oreilles un magnifique lapin russe qui gigotait et grinçait des dents. Un autre apporta un petit baquet de tôle et y mélangea de l’eau avec une poudre rouge.On immergea le lapin et on le sortit écarlate du bain. On l’égoutta, et leProfesseur le souleva à bout de bras par les oreilles.Qu’est-ce que je tiens là ? me demanda-t- il.Un lapin teint en rouge.

Non, jeune homme, non. Ce sont au moins deux cents lapins rouges,comme vous allez voir si vous suivez la bête dans toutes les aventures qui vont lui arriver. Nous allons bientôt pénétrer dans un établissement que j’ai fait aménager pour mes études, sous un prétexte de philanthropie. Des Scients de toute espèce y travaillent à la chaîne. Nous allons leur livrer ce lapin rouge. Vous verrez que chacun aura son lapin et qu’il restera peut-être encore de quoi faire un civet.
Je me laissai conduire. Nous entrâmes dans une galerie qui allongeait devant nous à perte de vue une enfilade de tables de laboratoires.Tous les dix ou douze pas, un Scient vêtu de blanc attendait, armé oud’un scalpel, ou d’une balance, ou d’un chalumeau, ou d’un calorimètre,ou d’un microscope, chacun enfin avec son instrument particulier qu’il ne m’était pas toujours possible de nommer.
– Ils sont à jeun, me dit le savant vieillard.Ils n’ont encore rien eu à se mettre sous l’entendement de toute la journée. Vous allez les voir à la fête.
Il monta sur un petit socle de marbre établi près de l’entrée et, d’une voix claironnante, il annonça :– Messieurs, la chasse de Pan est ouverte !On entendit un roulement de murmures de satisfaction s’enfuir à perte d’oreille, refluer doucement, s’éloigner encore, onduler, s’étaler,s’apaiser et s’éteindre.Dans la gravité du silence Mane, le Professeur Mumu jeta le lapin rougesur la première table.Le premier Scient bondit sur la proie et fit entendre un sifflement admiratif. Il mit l’animal au centre d’un petit labyrinthe aménagé sur le sol avec des planches, disposa sur son passage un brin d’herbe, un fil électrisé, une tasse de lait, un miroir et encore d’autres objets, et se mit à chronométrer les faits et gestes du lapin rouge. Puis il le passa à son voisin et se plongea dans l’étude de ses chronométrages.Le deuxième Scient photographia le lapin sous tous les angles possibles.Le troisième l’égorgea et enregistra ses cris au phonographe.Le quatrième le ressuscita et nota sa tension artérielle.Le cinquième le re-tua et recueillit une goutte de sang qu’il déposa dans un verre.Le sixième le radioscopa.Le septième lui coupa une tranche de poil qu’il plaça sous son microscope.Le huitième le pesa et lui prit un fragment de cervelle.Le neuvième le mesura dans toutes ses dimensions.

 –
Le quarante-sixième lui enleva le cœur qu’il fit revivre sur une soucoupe.
Le quarante-septième l’interrogea sur son histoire et sur ses ascendants et, n’ayant pas de réponse, il en improvisa lui-même.
…………………
……………………………………………Le cent unième lui arracha les dents.Le cent deuxième lui donna un nom abracadabrant.Le cent troisième se mit à étudier l’étymologie et la sémantique de cenom.
Le cent quatrième entreprit de compter les poils.Le cent cinquième, impatienté, inventa une machine à compter les poils et la passa au cent sixième.Le cent sixième démonta la machine et en transmit les pièces au suivant.Le suivant remonta les pièces dans un autre ordre et chercha à quoi cette nouvelle machine pourrait servir.Je n’eus pas le courage d’en voir plus long.J’étais surtout en rogne contre le Professeur Mumn.– Il s’est moqué de moi. II m’avait promis un civet. Maintenant, allez donc retrouver le lapin !  » Mais je me fis entendre raison en me disant que je n’aimais pas beaucoup le lapin, surtout sans boire.Le Professeur Mumu me rejoignit. 
– Eh bien, me dit-il, ils l’ont eu, leur lapin rouge! Mais il faut surtout les voir quand on leur donne un homme,· à ces faillis cannibales. D’un seulhomme ils en font mille :homo œconomieus, homo politieus, homo physico-ehimicus, homoendoerinus, homo squelettieus, homo emotivus, homo percipiens, homolibidinosus, homo peregrinans, homo ridens, homo ratioeinans, homoartifex, homo aesthetieus, homo religiosus, homo sapiens, homohistorieus, homo ethnographiecus et encore bien d’autres. Mais au boutde la chaîne de mon laboratoire est installé un Scient unique en son genre. Trois mille cerveaux en un seul. Sa fonction est de rassembler toutes les observations et toutes les explications couchées par écrit par les Scients spécialisés. En ayant fait la somme, il est persuadé qu’il tient dans son entendement le lapin rouge ou l’homme total et essentiel.D’ailleurs, vous pouvez le voir d’ici », acheva-t-il en faisant signe à un de ses assistants qui m’apporta une paire de jumelles.Par la lorgnette, je vis en effet, à l’extrême bout de la galerie,l’Omniscient. C’était un globe crânien énorme avec un petit visage amorphe et chiffonné, qui me parut accroché par les oreilles aux deux boules d’ébène surmontant le dossier d’un trône élevé. Pendeloquant sous la tête, un petit pantin d’étoffe laissait traîner des pantalons videssur le velours cramoisi du siège. Le petit bras droit était maintenu levé par un fil de fer et l’index s’appuyait sur la tempe dans le signe du savoir.Au-dessus du trône courait une banderole portant cette inscription :
JE SAIS TOUT, MAIS JE N’Y COMPRENDS RIEN
Saisi de respect et d’effroi, je posai vite les jumelles et demandai auProfesseur :
– Mais l’homme lui-même, que devient-il après cet examen ?
L’homme lui-même, comme le lapin rouge tout à l’heure, est toujours, « en cours de route, oublié dans une boîte à ordures. »

SON IMPUISSANCE LUI INTERDISANT-s

Sous les drapeaux –

ON LEUR DIT QU ILS SE BATTENT-letexx

*
être
appelé
sous les drapeaux
y partir
y rester
avoir son nom
gravé dans une pierre
qui
les jours de canicule
procurera un peu d’ombre
au passant
*


ON LEUR DIT QU ILS SE BATTENT-letex
Il est discret
mais couvert d’or
cet avion
dans ce ciel en colère
qui flamboie
mais il annonce ce qu’allaient devenir nos guerres :
l’anonyme distributeur de mort en l’air
et le peuple
qui la reçoit
à terre.


ON LEUR DIT QU ILS SE BATTENT-sà cliquer

On leur dit qu’ils se battent pour un drapeau
puis on met leur peau dans un drap.

Fais comme l’oiseau –

IL N Y A QUE DE BEAUX CUI-CUI-letexx*
le sens des mots
a dévoré le mot
La théorie de l’information
est parvenue à faire croire
qu’ils avaient été inventés
pour passer du code
et l’écriture
qui décompose la parole en signe
fait le reste
pourtant


*IL N Y A QUE DE BEAUX CUI-CUI-letex


Il est une théorie selon laquelle la condition d’animal non conscient de sa mort
serait un choix
(à l’inverse de celui de l’homme)
tout comme par exemple le retour à la mer du dauphin
et cela pour de nombreuses raisons
dont celle-ci :
ne pas sentir (porter sur soi l’odeur de) la mort … toute sa vie
Cette odeur même qui serait la raison pour laquelle
les animaux ayant fait ce choix
et restés à l’état de liberté (on dit aussi « sauvage »)
craindrait la proximité de l’homme … plus que la mort elle même.
(Voir « Le génie de la bêtise » de  Denis Grozdanovitch où cette théorie est évoquée)


IL N Y A QUE DE BEAUX CUI-CUI-s


Il n’y a que de beaux cui-cui et rien d’autre – Dès que tu commence à développer tu tombes dans la triste et mortelle analyse.