« Le chant du monde » – Jean Giono – page 21

P21-IL ESSAYA DE COUPER LE COURANT-ima2

L’auteur fait du fleuve un corps. À l’anatomie impossible à fixer par une image, tant le mouvement fait partie de la matière, et tant cette matière est riche de nuances. Il faut les mots du poète Giono, pour créer chez le lecteur un trouble recelant cette présence.


 

Vingtième et unième page …

Antonio est toujours dans son fleuve. Oserait-on dire qu’il y nage ?
Son déplacement est plus proche de celui d’un voilier, qui négocie avec les fluides (ici l’eau tient du vent) son mouvement.


« L’eau est lourde, se dit Antonio.
II y avait dans le fleuve des régions glacées, dures comme du granit, puis de molles ondulations plus tièdes et qui tourbillonnaient sournoisement dans la profondeur.
Il pleut en montagne, pensa Antonio.
Il regarda les arbres de la rive.
– Je vais jusqu’au peuplier …»

 

P21-IL ESSAYA DE COUPER LE COURANT-let

P21-IL ESSAYA DE COUPER LE COURANT-ima

 


 

… Il essaya de couper le courant. Il fut roulé bord sur bord comme un tronc d’arbre.»


Antonio, sort vainqueur de cette lutte, moins violente que la précédente, avec le courant du fleuve.

P21-IL ESSAYA DE COUPER LE COURANT-ima4

« Enfin, il trouva une petite faille dans le courant. II s’y jeta dans un grand coup de ses deux cuisses. L’eau emporta ses jambes. II lutta des épaules et des bras, son dur visage tourné vers l’amont. Il piochait de ses grandes mains; enfin, il sentit que l’eau glissait sous son ventre dans la bonne direction. Il avançait. »

P21b-AU BOUT DE SON EFFORT-le


Certains ont voulu voir en la Durance, proche des terres de Giono, le fleuve d’Antonio.
Ses eaux, peu abondantes dans sa partie libre, et bien trop calmes* par la suite, sont loin d’avoir à la fois l’ampleur et la sauvagerie de celles de « bouche d’or ».

S’il est une rivière qui pourrait prétendre à approcher le fleuve de Giono, et que celui-ci a fréquenté, ce serait plutôt la noire Isère, sur laquelle se trouvent des îles où aurait pu vivre Antonio.

P21-IL ESSAYA DE COUPER LE COURANT-ima51

* On pourrait même dire « domestiquées ».

 

 

 


 




 

 

 

 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 20

P20-IL OUVRIT LES BRAS-ima1

Cette proximité avec le néant de la mort, due à sa fréquentation des femmes mariées, fascine Antonio. Au point qu’il cherche à la renouveler en défiant son ami le fleuve.


 

Vingtième page …

« Bouche d’or » est dans le grand corps du fleuve, où « de longues lianes d’eau » à la transparence trompeuse, peuvent saisir le nageur avec la fermeté du bois.


« Il se dit* :
« L’eau est épaisse. »
[…]
Il se dit *:
« Jusqu’au rouge. »
C’était sa limite. Quand il était à bout d’air il entendait un grondement* dans ses oreilles, puis le son devenait rouge et remplissait sa tête d’un grondement* sanglant à goût de soufre.
[…]
Il entendait dans lui :
« Rouge, rouge. »
[…]
Le sang coula dans ses yeux.
Alors, il se tourna un peu en prenant appui sur la force longue du courant ; il replia son genou droit comme pour se pencher vers le fond, il ajusta sa tête bien solide dans son cou et, en même temps qu’il lançait sa jambe droite, ….»

 

P20-IL OUVRIT LES BRAS-let

 

P20-IL OUVRIT LES BRAS-ima

 


 

…  il ouvrit les bras.
Il émergeait. Il respira. Il revoyait du vert. Ses bras luisaient dans l’écume de l’eau. 
»


 

*Lorsqu’on sait à quel point Giono travaille sa phrase, on ne doutera pas que la répétition d’un mot ou même d’une phrase n’est pas (qu’)une maladresse … que nombre de critiques lui ont reproché.


Note : Le passage cité a été donné comme sujet au baccalauréat (année 2012) de la série ES dans l’épreuve de français en les académies des Antilles et de la Guyanne

La présentation du texte semble indiquer que le rédacteur du sujet n’a pas vraiment lu le roman de Jean Giono.

« Antonio vit au bord d’un fleuve qu’il connaît mieux que personne. Au matin, il entre dans l’eau pour savoir s’il n’est pas trop tard dans la saison pour faire descendre des troncs d’arbres, coupés dans la montagne en amont, en les laissant charrier par le fleuve.« 

sujet bac 2012

A moins que cette torsion des motifs du texte ne soit due à une plume qui pensait la trame du roman trop complexe, voire dangereuse à dévoiler, pour un élève de terminale ES ?

Antonio est un pêcheur, pas un bûcheron. La raison de son défi « jusqu’au rouge », avec le fleuve, est bien autre. Il est bien dommage que le motif du texte ait été ainsi trahi.

 


 




 

 

 

 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 15

P15-TOUT EN NAGEANT , IL SENTAIT-ima

« Je sais très nettement que j’ai commencé à voir un fleuve, à voir un personnage qui était un homme du fleuve » J.G.


Giono ne se lasse pas de décrire le corps d’Angelo. Immobile ou en mouvement dans ses contacts avec le vivant, comme lui, fluide et mouvant.


P06-JE CROYAIS CONNAÎTRE-ima

Quinzième page …

À la pointe du jour, Antonio est revenu, près de la rivière* qui est toujours sa première rencontre, au sens plein du mot, à son réveil.
Cette rivière dont il disait cependant, quelques pages auparavant :

« … Je croyais connaître. On croit toujours connaître. Mais ça ne raisonne pas comme nous, alors c’est difficile. »

__
* Qu’il (et J.G.) nomme le « fleuve. » Mais on serait bien en peine de trouver un fleuve ayant toutes les caractéristiques données dans le roman.***
** Il y habite sur une île.


« Tous les matins Antonio se mettait nu. D’ordinaire sa journée commençait par une lente traversée du gros bras noir du fleuve. Il se laissait porter par les courants; il tâtait les nœuds de tous les remous; il touchait avec le sensible de, ses cuisses les longs muscles du fleuve et,  …»

 

P15-TOUT EN NAGEANT , IL SENTAIT-let


 

P15-TOUT EN NAGEANT , IL SENTAIT-ima

… tout en nageant il sentait avec son ventre si l’eau portait, serrée à bloc, ou si elle avait tendance à pétiller. »


Percevoir le fleuve, si ce n’est le comprendre, afin de se glisser dans l’esprit de ceux qui l’habitent.

« De tout ça, il savait  […] si les brochets sortaient des rives, si les truites remontaient, si les caprilles descendaient du haut fleuve …« 

Loin d’être un homme insouciant, vivant au jour le jour, sans projet, Antonio a, malgré les apparences, des désirs qui durent (au-delà des rencontres féminines épisodiques) des rêves à réaliser. Mais ils sont bien sur en rapport avec sa nature.

 » … toucher cet énorme poisson noir et rouge impossible à prendre et  qui, » 

P15b-TOUS LES SOIRS-let


*** Qui sait la différence absolue entre un fleuve et une rivière saura également nous dire (mais la verrons nous ?) celle qui existe entre le vert et le bleu.

Le genre y joue-t-il un rôle ?
Est-ce pour cette raison que Jean Giono a choisi de faire du double d’Antonio un fleuve ?
Ou est-ce l’origine du héro de son roman qui a décidé de ce choix. La distinction entre rivière et fleuve y étant des plus floues.

 

 

 




 

 

 

 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 13

P13-QUI PASSAIT PARFOIS-ima

Antonio est une part de Giono que l’on retrouve dans « Le Bonheur fou »*.
Roman dont le héro porte un nom assez voisin (Angelo)
Giono a d’ailleurs fait pour ce personnage ce qu’il envisageait pour Antonio.
En effet, l’intention initiale de l’auteur était d’écrire un « chant du monde » composé de trois romans (ou plus). La première publication de son livre (dans la Revue de Paris déjà citée) le présentait d’ailleurs ainsi, avec comme titre de cette première partie : »Le besson rouge ».
On peut penser que Giono n’a pas trouvé matière (ou lecteur) pour les deux autres parties qu’il imaginait initialement, et choisi pour ce projet* un Antonio un peu plus civilisé (et donc plus riche pour l’intrigue … et le lecteur) à savoir Angelo.
Angelo qui pourrait lui aussi mériter le surnom de « Bouche d’or » (au sens où le précise ici** Antonio, et non comme le suggère, Junie.)

____
* « Angelo » , « Le hussard sur le toit » , « Le Bonheur fou » (ordre des publications)
** Dans la citation


P06-JE CROYAIS CONNAÎTRE-ima

Treizième page …

Junie, Mère du besson rouge, à l’origine de la demande faite à Antonio concernant la disparition de son fils, s’adresse à celui-ci, sans pourtant aller à sa rencontre.

 


« – Je te vois sans sortir, comme si je t’avais fait, dit Junie.
Le Matelot m’a raconté, dit Antonio. Si vous voulez m’écouter ici, voilà ce qu’il faut faire. Nous partirons demain, ton homme et moi, et on remontera l’eau un de chaque côté. S’il est à la côte on le trouvera. S’il passe, on le verra. On remontera jusqu’au pays Rebeillard, on demandera. Ça se fond pas, un homme.
– C’est pas pour rien que nous t’avons appelé « bouche d’or » , dit la voix de Junie. C’est parce que tu sais parler.
– Non, dit Antonio, c’est parce que je sais crier plus haut que les eaux.
La jeune femme regardait Antonio. Elle se souvenait de ce cri que tous les gens de la forêt connaissaient, …»

 

P13-QUI PASSAIT PARFOIS-let


 

P13-QUI PASSAIT PARFOIS-ima

…  qui passait parfois au-dessus des arbres comme le cri d’un gros oiseau pour dire la joie d’Antonio sur son fleuve. »


Cette joie d’Antonio qu’il exprime comme un animal, dans un cri qui serait une sorte de don au fleuve et à ce qui y vit, pourrait être rapproché, d’autres manifestations similaires (mais dans des modes plus « humains », et des intentions plus « subtiles ») de certains usages de twitter ou du plaisir que certains ont à faire participer leur entourage à la musique qu’ils écoutent chez eux ou dans leur voiture.


 

 




 

 

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« Le chant du monde » – Jean Giono – page 5

P05-LE GUÉ GALOPAIT TOUJOURS-ima

J’ai déjà évoqué le fait que certains critiques ou auteurs voyaient « Le chant du monde »* comme un possible prix Goncourt, après sa parution en 1934 en trois parties, dans la Revue de Paris.
Mais Giono aurait-il voté pour lui (sourire)² s’il avait fait partie du jury ?
Lui qui confessait à son ami Lucien Jacques** qu’il trouvait que la fin avait « Un petit côté imbécile et couillon« 

* La Nouvelle Revue Française évoque le titre « Le Besson rouge » pour ce qui n’aurait été que la première partie d’un ensemble de 4 romans, dont la suite n’a jamais été écrite par Giono.

** Lucien Jacques est celui qui a fait découvrir Jean Giono. En publiant dans Les Cahiers de l’artisan ses poèmes et en frappant sans relâche à la porte de la maison Grasset, notamment pour lui faire publier « Colline« 


Cinquième page …

La rivière, que Giono nomme fleuve
est un personnage important de cette première partie du roman.
Peut-être même le meilleur ami d’Antonio.
Lequel affectionne d’elle
jusqu’à ses traîtrises.

 


Je pense à Junie, dit Antonio.
C’est d’elle qu’est venue l’inquiétude, dit Matelot. Moi, le temps me passait. Un matin elle m’a touché le genou.
– Et l’enfant? elle a dit.
– L’enfant, j’ai dit, quoi?
– Il devrait être ici.
– Le temps de faire, j’ai dit
– Le temps a passé, elle a dit. Elle s’est levée, elle a ouvert la porte, c’était le petit jour.
– Qu’est-ce que tu crois? dit Antonio.
– Je cherche pas à croire, dit Matelot, ce que je sais, c’est qu’il a coupé les arbres, fait le radeau et qu’il a dû le flotter.
– Alors?
– Peut-être noyé, je pensais.
…»

 

P05-LE GUÉ GALOPAIT TOUJOURS-let


 

P05-LE GUÉ GALOPAIT TOUJOURS-ima

… Le gué galopait toujours sur place et on entendait ses grosses pattes blanches qui pataugeaient entre les rochers. »


 

Junie, la femme de Matelot, est toute entière peinte dans ce
« …elle m’a touché le genou.  »

Quand à
« Elle s’est levée, elle a ouvert la porte, c’était le petit jour. »
Les trois temps de la phrase portent le lourd silence qui suit ses quelques mots.

 

 


 

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Il comporte
– Des évocations courtes des 24 premières pages du roman
avec extrait en clair et en jeu (et illustrations)

– Ainsi qu’une page de la fin (qui ne dévoile rien)

– Les citations à découvrir, à la fin du cahier, en clair et avec le parcours solution.

Songe d’automne (à Kuei chow en 766) – [Cartes Postales de la Chine ancienne]

Un des poèmes de
« Cartes Postales de la Chine ancienne »
Traductions de l’Apatride
(auquel Anh Mat a prêté sa voix, via sa plume)
publié aux éditions Qazaq

 

JAN DOETS dans sa présentation du recueil écrit :

« …solitude qui, par moment, donne tant de prix aux instants festifs que L’apatride a choisi de nous traduire. »

 

la rosée de jade inonde la forêt des érables …

DE LA MONTAGNE À LA GORGE DE WU-letex

au dessus des passes de la montagne vents et nuages sombres sur la terre
les chrysanthèmes deux fois épanouis en larmes pour le temps qui passe
la jonque vide encore amarrée d’une nostalgie au pays natal
déjà ciseaux et règles s’agitent pour les vêtements d’automne
à Pai ti sur les hauteurs au couchant les battoirs à linge en cadence


Anh Mat a également publié
aux éditions Publie.net

« Monsieur M« 


Anh Mat donne (textes de vie immobile ou vive, poèmes et captures de lumière) en  Les nuits échouées


songe d’automne (à Kuei chow en 766)
 
la rosée de jade inonde la forêt des érables
de la montagne à la gorge de Wu l’air est désolé
du fleuve les vagues jaillissent vers les cieux
au dessus des passes de la montagne vents et nuages sombres sur la terre
les chrysanthèmes deux fois épanouis en larmes pour le temps qui passe
la jonque vide encore amarrée d’une nostalgie au pays natal
déjà ciseaux et règles s’agitent pour les vêtements d’automne
à Pai ti sur les hauteurs au couchant les battoirs à linge en cadence

Le Temple … qui fut Neuf – (emprunt à Mathias)

IL EST DE VIEUX TEMPLES NEUFS-letexx*

Sur une rivière
qui naît en France
et se donne en Allemagne
il se dresse
drapé dans son orgueil
et sa gloire passée.

*


La photographie est de Mathias
  Le monument est de Conrad Wahn

IL EST DE VIEUX TEMPLES NEUFS-letex

*
*

A l’inverse de la Moselle qui entoure son île
il fut d’abord Allemand sous Guillaume
avant de devenir Français sous … la république.

IL EST DE VIEUX TEMPLES NEUFS-s
(à cliquer)


Il est des vieux temples neufs qui sont aussi des nefs
perdues sur le bras mort d’un presque fleuve.