« La grande beuverie » – René Daumal – Dialogue laborieux – 7 –

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La grand beuverie - en Calabre

Tout ce qui est sans chair et sans émotion vraie, en prend pour son grade dans cette oeuvre truculente.


Dialogue laborieux – 7 –
René Daumal brouille un peu
avec la complicité de Totochabo
les cartes de ce que l’on nomme
le savoir.
Fausse/Vraie piste
à propos du son et de la lumière
et
en SOMME ?

 


«— Vous voyez, dit à mon adresse Totochabo. J’en ai aussi marre que vous. Nous allons lui improviser un petit clouage de bec de fausse érudition.

Il reprit, plus haut :

— Je vous dirai d’aller pêcher les cancres ailleurs, car nous savons fort bien que sous l’aspect sensible du son se cache une essence silencieuse. C’est d’elle, de ce point critique où le germe du sensible n’a pas encore choisi d’être son ou lumière ou autre chose, de cet arrière-plan de la nature où qui voit, voit le son, où qui entend, entend les soleils, c’est de cette essence même que le son tire sa puissance et sa vertu ordonnatrice.

En me jetant un clin d’œil, il chuchota :

— Ça les calfeutre, hein ?

— Épaissement, répondis-je. Mais

»…

  

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lorsque vous dites fausse érudition, voulez-vous signifier vrai savoir ? … »

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Dans la grande tradition de ceux qui
utilisaient l’argot (art goth ?)
et affublaient la véritable connaissance
d’habits de mauvais goût
René Daumal évoque ici
une unité que d’autres ont cherché
et cherchent encore
du côté des nombres et de leurs arrangements.


Dialogue laborieux 7,  complet (au format pdf) Dialogue Laborieux 07

[Almanach] Marc Bonneval …

[Le titre du poème est l’annonce d’un voyage
au cœur du vivant
le poème tient cette promesse. ]

Dimanche 30 mai 2010
Les éditions Ouvres Ouvertes
qui, elles aussi tiennent (depuis 16 ans) la promesse de leur nom
publiaient
de Marc Bonneval
« Du lieu à l’être » (6)

(Poème que Laurent Margantin, donnait
le mois de la disparition de l’auteur )

EST CE PRÉSOMPTION SENTIR-LETCR1-EXP1                               

(à cliquer pour obtenir le parcours de lecture)

Le passage en son entier


Proposition de lecture :


Le poème en son entier se trouve (6 parties) ici 


Le temps est à l’attente. L’attente est le temps.
Et l’attente est sans savoir, et sans sagesse.

Pourtant, l’attente n’est pas aisée, il est besoin de savoir. Et de reconnaître le juste temps de l’attente, pour l’attente.

L’enfant, qui ne sait pas encore qu’il est un enfant, et il l’oubliera. Moi aussi, et j’ai oublié.

La terre nous est-elle familière ? La sécurité que donnent le jour, et la nuit, nous l’avons conquise, et tous les métiers y contribuent.

Sauf l’été méditerranéen, je ne connais pas de moment où le jour soit absolue certitude, et la nuit consolatrice de son ardeur.

Est-ce présomption, sentir que la beauté – de ce paysage, de cette lumière, de ce crépuscule – rejoint la douleur pure ?

Il n’est pas vrai que tout « ici » en vaille un autre : il en est qui ne donnent que le désir d’être ailleurs, il en est dont il ne faudrait jamais partir, dont jamais il n’aurait fallu partir.

Mais on n’aurait jamais su, ni la douleur, ni l’absence, ni peut-être le plaisir. On ne sait jamais ce qu’il faut, tout au plus ce qui a eu lieu, et encore y faut-il et le temps, et toute la distance qui se creuse, d’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre.)

Ce paysage invite à deviner ce qui pourrait être vraiment visible, et que pourtant l’on ne voit pas. Ce n’est qu’au paradis que les bienheureux pourront, et peuvent déjà, contempler pour l’éternité la face de Dieu.

Il n’est pas vrai que le lieu suffise. Le lieu est, et, pour accéder à son être, il y faut davantage que le séjour. Et tout séjour n’est pas présence, et donc joie.

[Almanach] Aimé Césaire …

[Il a marqué de son verbe dense et lumineux
la poésie de son siècle
l’a colorée du suc de ses racines
l’a projetée vers le ciel
tout en l’arrimant au coeur de la terre.]

Vendredi 24 mai 1946,
Les éditions Gallimard publiaient
le recueil de Aimé Césaire
« Les armes miraculeuses« 

VOLEZ EN ÉCLATS DE JOUR -letcr1-exp

                                                                       

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Le passage en son entier


Proposition de lecture


La femme et le couteau

chair riche aux dents copeaux de chair sûre
volez en éclats de jour en éclats de nuit en baisers de vent
en étraves de lumière en poupes de silence
volez emmêlements traqués enclumes de la chair sombre volez
volez en souliers d’enfant en jets d’argent
volez et défiez les cataphractaires de la nuit montés sur leur onagres
vous oiseaux
vous sang
qui a dit que je ne serai pas là ?
pas là mon cœur sans-en-marge
mon cœur-au-sans-regrets mon cœur à fonds perdus
et des hautes futaies de la pluie souveraine ?

tournois
il y aura des pollens des lunes des saisons au cœur de pain et de clarine
les hauts fourneaux de la grève et de l’impossible émettront de la salive des balles des orphéons des mitres des candélabres
ô pandanus muet peuplé de migrations
ô nils bleus ô prières naines ô ma mère ô piste
et le cœur éclaboussé sauvage
le plus grand des frissons est encore à fleurir
futile

[Almanach] Brigetoun …Paumée…

[Parfois, mais trop rarement, elle nous donne un moment de poésie écrit en poème.
(Souvent ils le sont en prose)]

Jeudi 15 mai 2008, Brigetoun
qui n’est pas « Brigitte Célérier et ses entours »
écrivait « Pour » se « faire pardonner »

(extrait)

INTIMITÉ PEUPLÉE DE VIDE-letcr1-exp

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Le poème en son entier 
(sur « Paumée« )

Proposition de lecture


Intimité peuplée de vide,
enfermant la lumière
et la faisant sienne
Porte entrouverte sur un ailleurs
qu’elle se refuse à voir
En sécurité ou en prison derrière un élégant treillis
et rongée par l’extérieur,
le temps autre qui la submerge,
et l’enferme plus fortement
contre un mur solide et rêveur.
Résumé : nada
Ma mi piace tanto nulla che sono nulla
Pero tanto mi quiero nada que yo soy nada
Et j’suis pas sure des mots mais nada n’est tenu à rien

 

[Almanach]  Audrey Lemieux …

[Sur les traces d’une étoile filante qui a éclairée quelques temps, telle une illustre devancière, la route des surréalistes.]

Le vendredi 14 mai 2010, les éditions publie.net donnent en version numérique Isidoro de Audrey Lemieux.

L’oeuvre, qui évoque le voyage de Lautréamont (Isodore Ducasse) en Uruguay , convoquant des lieux et des faits que l’histoire ne nous a pas rapportés. A présent celle-ci est disponible en version papier (version numérique inclue)

SES GRANDS YEUX BRUNS LUISENT-letcr1-exp

(à cliquer pour obtenir le parcours de lecture)

L’extrait complet

 


Une proposition de lecture :


Bordeaux, le samedi 25 mai 1867

Il tombe une pluie si fine qu’Isidore la remarque à peine, jusqu’à ce qu’elle lui dégouline le long des joues et qu’il lui faille sortir son mouchoir pour s’éponger un peu. De l’endroit où il se trouve, il observe que le port a la forme de la lune, lorsqu’elle atteint sa deuxième ou sa dernière phase calendaire — à moins que ces quais qui bordent la Garonne ne décrivent exactement la courbe d’un chien courant après son maître. Un chien immense, un bouledogue, à la poursuite de Dieu. Tout bouge sur la promenade boueuse, les matelots et les barriques qu’ils font rouler, les chevaux attelés à des voitures ou des charrettes, les ouvriers chargés de madriers et les marchandes de soupe portant leur soupière à bout de bras. Les rails du port grondent, écrasés par de lourdes locomotives à vapeur ; au milieu de la rivière, des navires jettent l’ancre, reçus aussitôt par un ballet de gabares et de chaloupes.
Isidore se penche au-dessus de l’eau pour apercevoir son reflet embrouillé par la pluie : on croirait voir un visage de bois tout craquelé, une tête de poupée. Ses grands yeux bruns luisent, on ne pourrait dire d’où vient la lumière qui les anime et qui fait en sorte que leur aspect contraste tant avec celui de sa bouche, de son nez, de son menton — saillies épargnées par la gouge. S’il renversait la tête vers l’arrière, on entendrait ses paupières claquer et ses longs cils bruire en se touchant. Mais il lisse plutôt l’épouvantable chevelure qu’il a héritée de son père et l’eau coule sur sa veste. Il pense à ses livres, en sécurité dans la malle. S’ils étaient mouillés par cette pluie, ils moisiraient — les livres ne sèchent pas en pleine mer.