[Almanach] Marc Bonneval …

[Le titre du poème est l’annonce d’un voyage
au cœur du vivant
le poème tient cette promesse. ]

Dimanche 30 mai 2010
Les éditions Ouvres Ouvertes
qui, elles aussi tiennent (depuis 16 ans) la promesse de leur nom
publiaient
de Marc Bonneval
« Du lieu à l’être » (6)

(Poème que Laurent Margantin, donnait
le mois de la disparition de l’auteur )

EST CE PRÉSOMPTION SENTIR-LETCR1-EXP1                               

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Le passage en son entier


Proposition de lecture :


Le poème en son entier se trouve (6 parties) ici 


Le temps est à l’attente. L’attente est le temps.
Et l’attente est sans savoir, et sans sagesse.

Pourtant, l’attente n’est pas aisée, il est besoin de savoir. Et de reconnaître le juste temps de l’attente, pour l’attente.

L’enfant, qui ne sait pas encore qu’il est un enfant, et il l’oubliera. Moi aussi, et j’ai oublié.

La terre nous est-elle familière ? La sécurité que donnent le jour, et la nuit, nous l’avons conquise, et tous les métiers y contribuent.

Sauf l’été méditerranéen, je ne connais pas de moment où le jour soit absolue certitude, et la nuit consolatrice de son ardeur.

Est-ce présomption, sentir que la beauté – de ce paysage, de cette lumière, de ce crépuscule – rejoint la douleur pure ?

Il n’est pas vrai que tout « ici » en vaille un autre : il en est qui ne donnent que le désir d’être ailleurs, il en est dont il ne faudrait jamais partir, dont jamais il n’aurait fallu partir.

Mais on n’aurait jamais su, ni la douleur, ni l’absence, ni peut-être le plaisir. On ne sait jamais ce qu’il faut, tout au plus ce qui a eu lieu, et encore y faut-il et le temps, et toute la distance qui se creuse, d’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre.)

Ce paysage invite à deviner ce qui pourrait être vraiment visible, et que pourtant l’on ne voit pas. Ce n’est qu’au paradis que les bienheureux pourront, et peuvent déjà, contempler pour l’éternité la face de Dieu.

Il n’est pas vrai que le lieu suffise. Le lieu est, et, pour accéder à son être, il y faut davantage que le séjour. Et tout séjour n’est pas présence, et donc joie.

[Almanach] Aimé Césaire …

[Il a marqué de son verbe dense et lumineux
la poésie de son siècle
l’a colorée du suc de ses racines
l’a projetée vers le ciel
tout en l’arrimant au coeur de la terre.]

Vendredi 24 mai 1946,
Les éditions Gallimard publiaient
le recueil de Aimé Césaire
« Les armes miraculeuses« 

VOLEZ EN ÉCLATS DE JOUR -letcr1-exp

                                                                       

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Le passage en son entier


Proposition de lecture


La femme et le couteau

chair riche aux dents copeaux de chair sûre
volez en éclats de jour en éclats de nuit en baisers de vent
en étraves de lumière en poupes de silence
volez emmêlements traqués enclumes de la chair sombre volez
volez en souliers d’enfant en jets d’argent
volez et défiez les cataphractaires de la nuit montés sur leur onagres
vous oiseaux
vous sang
qui a dit que je ne serai pas là ?
pas là mon cœur sans-en-marge
mon cœur-au-sans-regrets mon cœur à fonds perdus
et des hautes futaies de la pluie souveraine ?

tournois
il y aura des pollens des lunes des saisons au cœur de pain et de clarine
les hauts fourneaux de la grève et de l’impossible émettront de la salive des balles des orphéons des mitres des candélabres
ô pandanus muet peuplé de migrations
ô nils bleus ô prières naines ô ma mère ô piste
et le cœur éclaboussé sauvage
le plus grand des frissons est encore à fleurir
futile

[Almanach] Brigetoun …Paumée…

[Parfois, mais trop rarement, elle nous donne un moment de poésie écrit en poème.
(Souvent ils le sont en prose)]

Jeudi 15 mai 2008, Brigetoun
qui n’est pas « Brigitte Célérier et ses entours »
écrivait « Pour » se « faire pardonner »

(extrait)

INTIMITÉ PEUPLÉE DE VIDE-letcr1-exp

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Le poème en son entier 
(sur « Paumée« )

Proposition de lecture


Intimité peuplée de vide,
enfermant la lumière
et la faisant sienne
Porte entrouverte sur un ailleurs
qu’elle se refuse à voir
En sécurité ou en prison derrière un élégant treillis
et rongée par l’extérieur,
le temps autre qui la submerge,
et l’enferme plus fortement
contre un mur solide et rêveur.
Résumé : nada
Ma mi piace tanto nulla che sono nulla
Pero tanto mi quiero nada que yo soy nada
Et j’suis pas sure des mots mais nada n’est tenu à rien

 

[Almanach]  Audrey Lemieux …

[Sur les traces d’une étoile filante qui a éclairée quelques temps, telle une illustre devancière, la route des surréalistes.]

Le vendredi 14 mai 2010, les éditions publie.net donnent en version numérique Isidoro de Audrey Lemieux.

L’oeuvre, qui évoque le voyage de Lautréamont (Isodore Ducasse) en Uruguay , convoquant des lieux et des faits que l’histoire ne nous a pas rapportés. A présent celle-ci est disponible en version papier (version numérique inclue)

SES GRANDS YEUX BRUNS LUISENT-letcr1-exp

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L’extrait complet

 


Une proposition de lecture :


Bordeaux, le samedi 25 mai 1867

Il tombe une pluie si fine qu’Isidore la remarque à peine, jusqu’à ce qu’elle lui dégouline le long des joues et qu’il lui faille sortir son mouchoir pour s’éponger un peu. De l’endroit où il se trouve, il observe que le port a la forme de la lune, lorsqu’elle atteint sa deuxième ou sa dernière phase calendaire — à moins que ces quais qui bordent la Garonne ne décrivent exactement la courbe d’un chien courant après son maître. Un chien immense, un bouledogue, à la poursuite de Dieu. Tout bouge sur la promenade boueuse, les matelots et les barriques qu’ils font rouler, les chevaux attelés à des voitures ou des charrettes, les ouvriers chargés de madriers et les marchandes de soupe portant leur soupière à bout de bras. Les rails du port grondent, écrasés par de lourdes locomotives à vapeur ; au milieu de la rivière, des navires jettent l’ancre, reçus aussitôt par un ballet de gabares et de chaloupes.
Isidore se penche au-dessus de l’eau pour apercevoir son reflet embrouillé par la pluie : on croirait voir un visage de bois tout craquelé, une tête de poupée. Ses grands yeux bruns luisent, on ne pourrait dire d’où vient la lumière qui les anime et qui fait en sorte que leur aspect contraste tant avec celui de sa bouche, de son nez, de son menton — saillies épargnées par la gouge. S’il renversait la tête vers l’arrière, on entendrait ses paupières claquer et ses longs cils bruire en se touchant. Mais il lisse plutôt l’épouvantable chevelure qu’il a héritée de son père et l’eau coule sur sa veste. Il pense à ses livres, en sécurité dans la malle. S’ils étaient mouillés par cette pluie, ils moisiraient — les livres ne sèchent pas en pleine mer.

VOUS VIVEZ DANS QUEL MONDE ? – CHRISTINE ZOTTELE – 3

Dans quel monde vous vivez - couverture« À la question « Dans quel monde vous vivez ? » je fais différentes réponses, selon les jours, selon mon humeur, selon la météo… Différentes réponses tout aussi vraies les unes que les autres. Je crois qu’il en va ainsi pour chacun d’entre nous : nous vivons tour à tour dans plusieurs mondes. Plus ou moins vivants.

Pour ma part, le monde du collège (…) me fait vivre et me permet de rejoindre d’autres mondes.

Le monde noir, blanc et silence des pages imprimées, par exemple. Depuis longtemps, depuis l’enfance, mon refuge et mon voyage. Dans le monde de la fiction, nous vivons plus intensément, plus fort, plus libres et tout fait sens. Libre à nous d’en sortir à notre gré.

Le monde où je vis s’écrit aussi. (…).

Bref, quelle était la question ? Dans quel monde vous vivez ? Je vis dans le vaste monde. Je vis dans un monde qui ne se pose pas de questions et ça me pose question. Je vis dans un monde de certitudes et je crois que ce n’est pas mon monde préféré. Je vis dans un monde noir, blanc – et cependant haut en couleurs – et silence.« 

Christine Zottele

disponible aux éditions QazaQ (de Jan Doets)  ici


[aux frontières…
retenu par un fil] 


SUR LES ÉCRANS DES LUMIÈRES - letcr1 -exp

(grille simple
à cliquer)

SUR LES ÉCRANS DES LUMIÈRES - letcr1

Extrait du recueil de nouvelles
« Vous vivez dans quel monde ? » de Christine Zottele 

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Itinéraire de lecture

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En clair

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 Extrait plus long

SUR LES ÉCRANS DES LUMIÈRES - txt1


N’hésitez pas à signaler une erreur 


Je ne sais plus très bien qui est cet adolescent endormi dont on aperçoit le visage tuméfié, violet et brun parmi les couleurs les plus identifiables. Il est allongé sur un lit métallique, relié à des machines sophistiquées émettant des bips, des sons plus ou moins réguliers. Sur les écrans, des lumières rouges tracent des courbes, parlent un langage que je ne comprends pas. Je sais juste qu’elles parlent de l’état de ce corps, elles l’aident même peut–être à le maintenir en vie. Je ne comprends pas cette image. Je plane au–dessus du lit comme dans ce jeu de guerre où l’on peut avoir une vision aérienne sur les lieux des différents combattants. Le problème c’est que je ne suis pas dans un jeu. D’ailleurs jamais je n’ai joué. Je prends peur quand je m’aperçois que ce garçon me ressemble étrangement au point que… Pff… Pff… Biiiiiiiiiiiiiip – Biiiiiiiiiiiiiiip– Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiii…. Mon pouls s’accélère. Une femme arrive, jette un œil sur les écrans, prend la main du patient. Ma main. Elle saisit un flacon, le visse à la perfusion. Les machines se sont calmées, sons et lumières ont repris un rythme régulier. Entre–temps j’ai réintégré mon corps. Ce n’était pas encore l’heure du grand passage. Celui d’où on ne revient pas. Le produit m’apaise, me plonge dans l’oubli de ce dont je ne veux pas me souvenir. Jamais.