Je ne peux pas oublier : Refus d’obéissance – Jean Giono – 22 – homme rabot

Refuser d’être un outil au service autant de la production industrielle que de la destruction industrielle, pour lui qui ne peut pas oublier ce qu’il en a vu lors de « la grande guerre« , c’est une évidence.


« L’état capitaliste ne connaît pas les hommes qui cherchent ce que nous appelons le bonheur, les hommes dont le propre est d’être ce qu’ils sont, les hommes en chair et en os ; il ne connaît qu’une matière première pour produire du capital. Pour produire du capital …

JNPgi-22-IL A , À CERTAINS MOMENTS-le-i


(Plus facile)


(Solution)


« Épargnons-nous les désillusions de ceux qui, ayant lutté pour Liberté, Égalité, Fraternité, se sont trouvés un beau jour avoir obtenu, comme dit Marx, Infanterie, Cavalerie, Artillerie.

L’évolution du régime a, par la suite, rétabli la guerre comme moyen essentiel de lutte pour le pouvoir, mais sous une autre forme ; la supériorité dans la lutte militaire suppose, de nos jours, la supériorité dans la production elle-même. Si la production a pour fin, aux mains des capitalistes, le jeu de la concurrence, elle aurait nécessairement pour fin, aux mains des techniciens organisés en une bureaucratie d’État, la préparation à la guerre. « 

Simone Weil  (1933)
(source : https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2020/01/15/simone-weil-allons-nous-vers-une-revolution-proletarienne%E2%80%89/)

Je ne peux pas oublier : Refus d’obéissance – Jean Giono – 19 – lecture

Jean Giono aime écrire, après avoir longtemps été un grand lecteur, notamment des textes anciens. L’écriture est sa raison de vivre, et particulièrement dans ce texte il clame sa volonté (sa rage même) de toucher, de bouleverser le lecteur.
Mais dans ce passage, il va évoquer une lecture dont il se méfie, celle qui rend l’homme malin.


Hardi les civils pas de restrictions on les a - emprunt pour payer la guerre à l'industrie


« Mais, par ce côté de leur chair qui s’était collé à leurs mères pendant qu’ils étaient encore dans le ventre, ils avaient hérité de l’habitude de l’esclavage.
Cette habitude leur avait permis, bien sûr, comme à moi, d’entrer à la mine comme mineurs, d’être paysans à la ferme que leurs parents avaient affermée, de s’établir épiciers dans la grand’rue. Mais, maintenant qu’il s’agissait de sortir du gouffre tournoyant de la bourgeoisie,
leur hérédité bourgeoise les empêchait d’ouvrir les bras dans le geste ample du nageur.
Une chose aurait dû nous éclairer, je dis-nous, car moi aussi j’étais éperdu d’ardeur et d’indécision. Dès qu’on entre en lutte contre la guerre, on entre en lutte contre le gouvernement. Je me disais : « Tu refuseras de serrer la main aux officiers de carrière. Tu défendras ta porte aux officiers, même si un jour l’un d’eux entre dans ta famille ou si tu te trouvais être l’ami d’un officier qui aurait surpris ton amitié », mais on me disait : « Ça n’est pas leur faute. »
Et, tout en pensant qu’ils auraient pu choisir un autre métier, j’étais obligé de reconnaître que ça n’était pas leur faute. Je me disais : « Tu barreras dans l’Histoire de France de ta fille tout ce qui est exaltation à la guerre.
Mais il aurait fallu tout barrer et comme j’avais malgré tout essayé, l’institutrice vint chez moi et me dit : « Que voulez-vous, monsieur Giono, comment pouvons-nous faire ? »
Quand je revoyais mes amis, ils me répondaient : « Pétrole, pommes de terre, charbon, place, sous, salaires. Il y aura toujours des guerres, qu’est-ce que tu veux, c’est comme ça ». Ils en arrivaient même à me dire : …

JNPgi-19- « C’ EST DANS LA NATURE DE L’ HOMME-le-i


(Plus facile)


(Solution)


Soldat de France, te rappelles-tu la semaine qui précéda ce jour où la patrie cria : « Aux armes ! » ?
Tu n’as pas oublié ces heures d’incertitude passées au calme foyer de ta vie habituelle. Tout d’un coup, à tes oreilles, cet appel laconique : « Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août », qui, pour toi, signifiait : « la guerre est déclarée 5 !
Depuis quelques semaines, on suivait les événements extérieurs d’un cœur chaque seconde plus haletant. On dévorait les journaux. On aurait voulu être plus vieux, les heures ne marchaient pas assez vite.
Notre ennemi héréditaire* ne nous laissait aucun doute sur ses intentions belliqueuses, et nous sentions, en cette dernière semaine de juillet, que l’agresseur qui se préparait depuis si longtemps allait bientôt se ruer sur nous.
Mais le danger n’a jamais fait peur aux Français, et l’incertitude faisait bientôt place à l’impatience. Et certains même n’eussent-ils pas été désillusionnés si les affaires s’étaient arrangées !** Aussi le 2 août n’a-t-il pas surpris ton attente fébrile des événements.

[Pour nos soldats : GUIDE DU POILU – Charles Charton]

* Cette mention n’est pas neutre. Elle entérine un nouveau type de guerre. En effet, contrairement à la plupart des guerres du passé pour lesquels chaque belligérant a des « buts de guerre » en terme de territoire, ou de vassalité, ici ce qui est recherché est l’écrasement (plus tard l’éradication) de l’autre.
On retrouve cette tendance dans la politique moderne où, de plus en plus, l’autre est un ennemi avec lequel aucun compromis (voire même négociation) n’est possible. Et où les armes utilisées sont du type ADM (ex : 49-3)

** ! On pensera à ce propos à l’assassinat de Jean Jaurès et à l’acquittement de son meurtrier … acquittement du sans doute la reconnaissance de l’utilité de son geste … évitant aux hommes, pour lesquels il serait si naturel de faire la guerre, d’être terriblement désillusionnés si les tentatives de ce grand pacifiste visant à éviter le déclenchement de ce terrible conflit.

« L’iris de Suse » – Jean Giono – 19

« C’est aller plus loin que la lune
mais qui le saura »

écrit Jean Giono dans sa présentation du titre.


Dix neuvième page,
Tringlot toujours à la recherche du pas de marcheur
qui convient à sa nouvelle allure générale

fait une rencontre qui va changer ses plans.


 

« Tringlot était en train de s’échauffer, sur le point de trouver la cadence de son pas (avec un pantalon demi-hussard il fallait faire des fioritures) quand il s’entendit héler. C’était un homme …

P29 - À DEMI RENVERSÉ LE LONG D’ UNE HAIE-let


 

P29 - À DEMI RENVERSÉ LE LONG D’ UNE HAIE-image

… à demi renversé le long d’une haie.
Il n’était pas très fier et vert comme un épinard. Il se tenait le ventre à deux mains.»

 

TRAVERSER LES FORETS – Judith Bordas

EN TANT QUE FEMME J AI APPRIS-imageFrance Culture a proposé, le 11 novembre 2018,  dans le cadre de l’émission « Création on air » :
« Traverser les forêts »
Un essai radiophonique de Judith Bordas (« dramaturge et plasticienne qui travaille également en partenariat avec France Culture et la RTBF pour la réalisation de documentaires et essais de création sonore.« ) dans une Réalisation de Annabelle Brouard.

 


[présentation de l’émission]

TRAVERSER LES FORETS est un essai radiophonique qui a pour point de départ les lieux où une femme ne peut se rendre seule. Les lieux par nature interdits. 

Pendant deux ans Judith Bordas a interrogé plusieurs femmes sur la manière dont leur corps existait dans l’espace public, dans l’espace en général, sur la relation qu’elles entretenaient avec la peur et les stratégies et les mécanismes qu’elles mettaient en place pour continuer à aller justement là où elles avaient envie d’aller. 


EN TANT QUE FEMME J AI APPRIS-image2

L’homme et la femme ne traversent pas les forêts  avec la même facilité, le petit chaperon rouge en sait quelque chose.

[Extrait ]

« …EN TANT QUE FEMME J AI APPRIS-LET1

                                     … : il consiste au jeu en pointillés d’une marche alternée rapide et lente la nuit : une sorte de long message codé lancé dans le vide, au dessus des immeubles : j’ai appris notamment à tenir des conversations avec un téléphone éteint, à lever le nez au ciel pour donner l’illusion de chercher le numéro d’une rue, à boiter. À parler une autre langue. Plus absurde encore : j’ai appris à ralentir quand le danger triture mon dos afin de feindre de ne pas avoir peur.
Depuis l’enfance les zones où je suis invisible, où l’on ne peut me voir, me sont interdites, les zones non éclairées, les petits lacs noirs et les diverses ombres portées des immeubles me sont déconseillés, les espaces où l’on ne pourra me venir en aide sont bannis de ma trajectoire : de ma vie je ne traverserai peut-être jamais une forêt toute seule ».  


Deux extraits en vidéo

 


Une émission à réécouter ici « Traverser les forêts »

[L’occasion pour un homme de comprendre en quoi la domination masculine stérilise tout une partie du potentiel créatif de la femme … contrainte chaque fois qu’elle traverse un territoire incertain (et parfois même sa propre demeure peut le devenir) à mobiliser la plus grande partie de son être pour parler cette langue absurde évoquée plus haut.]

UN DE BAUMUGNES – Jean Giono – 006

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un de baumugnes - image 2 flou

(Présentation … intention … rappel)


Albin
nous fait la relation de
cette rencontre ,
– ce premier toucher à distance –
qui a changé sa vie
l’a traversé d’une lumière qui désormais
l’habite à jamais
malgré les ténèbres et le néant qui lui creuse à présent
tout son être.

Au passage,
Giono évoque la dureté de l’existence
des femmes
de ces temps et de ces pays là.
Dureté dans laquelle
l’homme a sa part de responsabilité.


baumugne-nb


L’attelage s’arrête devant l’épicerie, d’un coup de rêne en première : le patatro, puis, d’un seul coup, les quatre sabots plantés dans la poussière, et, plus de bruit. Une bonne main qui menait, solide et juste. C’était une fille.
Je dis bien : une fille, et pas une femme, parce que, ici, une femme de la campagne, tu les connais comme moi, …

C EST DU BOIS ET DE LA PIERRE - letnb

                                                            … Ça, c’était une fille : deux sauts de pigeon, et la voilà dans la boutique.
Je la voyais de côté : son nez et sa bouche, c’était juste devant la lumière, et c’était net, et c’était beau, j’en ai encore plein la tête.


L’attelage s’arrête devant l’épicerie, d’un coup de rêne en premi-re : le patatro, puis, d’un seul coup, les quatre sabots plantés dans la poussière, et, plus de bruit. Une bonne main qui menait, solide et juste. C’était une fille.
Je dis bien : une fille, et pas une femme, parce que, ici, une femme de la campagne, tu les connais comme moi, c’est du bois et de la pierre ; ça marche comme saint qu’on porte, tout d’une pièce usé que c’est par la terre et par l’homme. , Ça, c’était une fille : deux sauts de pigeon, et la voilà dans la boutique.
Je la voyais de côté : son nez et sa bouche, c’était juste devant la lumière, et c’était net, et c’était beau, j’en ai encore plein la tête.