[Almanach] Michel Torres …

[Un enfant raconte
ce qui ne serait qu’un polar sous la langue d’un adulte
mais qui prend ici des allures de conte
vu du point de vue d’un de ses héros.]

Dimanche 25 mai 2014
Les éditions Publie.net donnaient
de Michel Torres
« La Saga de Mô« 

LES GAMINS DÉBRIDÉS-letcr1-exp

                                                                       

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Le passage en son entier


Proposition de lecture :


La saga de Mô éditée à cette date en version numérique (pour liseuses et tablettes) est à présent disponible en version papier: (l’accès au fichier numérique est inclus)


Comme un forcené, Manolo tape sur son tam-tam de bois, son cajon, une batucada endiablée et la tribu danse. Pieds nus, cinquante à soixante grotesques grimés de noir et enjupés de raphia gesticulent et se démènent en rythme dans la cour du domaine. Ils se sont approprié la fête des fous de l’an mille. Leurs racines païennes ressurgissent en une mescladissa de battements, de chants hurlés, de cris et de couleurs. Travestis homme-femme : la transe fait vibrer la poussière cuivrée.
Déchaînés.
À cet instant, la folie peut basculer dans le n’importe quoi, les limites sont atteintes. Fragiles les digues séculaires, mises à mal par la fièvre, la violence de la lumière et la douceur du soleil.
Les gamins débridés, dont je suis, grimpent dans la vasque de pierre et on s’asperge, on célèbre la récolte à l’abri, le corps libéré des contraintes. On se bouscule pour se toucher, on s’embrasse, on est les plus forts, les plus vivants.

[Almanach] Marc Villard …

[Du polar
du dur
du vrai
du qui fait mal … dans le noir.]

Jeudi 24 mai 2012,
Les éditions Publie.net donnaient
de Marc Villard

« Petite mort sortie Rambuteau « 

TROUVEZ MOI DES SUSPECTS-letcr1-exp

                                                                       

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Proposition de lecture


 

 

Soleil d’agonie derrière les vitres souillées.

Becker se plante devant nous, salle principale du commissariat. Martial et vaguement méprisant.

— Garçons, vous allez me rapporter les couilles de Mekloufi. J’accrocherai ça derrière mon bureau.

Milou, rêveur. Je lève un cil.

— On ratisse Château-d’Eau, okay. Mais après ?

— Trouvez-moi des suspects, on les descendra à la cave. Ils veulent des résultats, ils en auront.

La gerbe. Tout ça pour deux RMI.

La cour dallée, le froid cinglant qui m’assassine. Et en vrac : Brigitte et le mouflet.

Trois nuits hypnotiques.

Partir, bordel, partir.

Joss. Joss. Joss.

Son corps de boue.

Sa langue qui m’avale.

Je prends Milou dans la Mégane. Faux airs de Sean Penn, veule et con à la fois.

— Tu te fais combien, Dan ?

— Ta gueule.

Qu’est-ce qu’il croit ? Je le lâche rue des Petites-Écuries.

— Hé, Dan, tu descends pas ?

— J’ai un truc sur le feu.

Son sourire de tantouze.

— Toujours cette pute…

J’agrippe son oreille et lui écrase la gueule contre le pare-brise. Et le balance, le cul dans les poubelles.

Première, seconde. Barbès, mon amour.

Le Balto marécageux où Joss pointe entre deux passes. Peux pas rentrer, j’en connais dix qui n’attendent que ça pour me virer aux archives.

Joss, please, sors de là. Lèche mon corps. Oh, Seigneur, mords-moi.

Une heure à fantasmer dans les relents de couscous.

Sonia, peroxydée, percute mes Ray Ban.

— Elle est pas là, sergent.

— Tu connais son adresse ?

— Pas vraiment. Je dirais Beaubourg, elle va voir des expos là-bas.

— Ouais.

Dix sacs pour Sonia. Trouve-la, bordel. Minuit, les yeux rouges, des visions aquatiques : les algues sur son cul brûlant.

Kodachrome.

Dormir.

Vingt minutes pour gagner Aubervilliers.

Gardinoux Street, le quatre pièces.

Vomir, vomir, Dieu,

donne-moi cette femme.

La porte blindée.

Brigitte.

Non pitié, pas Brigitte.

— Merci de rentrer, Dan, Lulu a une bronchiolite. T’es un vrai réconfort pour une femme.

Chier. Crève.

Le lit. Je plonge et m’endors dans la minute.

[Almanach] KMS …

[Ballade dans le passé
à travers la musique
qui l’a
et nous a
traversé.]

Jeudi 24 mai 2012,
Les éditions Publie.net donnaient
de Kill Me Sarah ( KMS)
« Chroniques des temps perdus et bande-son pour orgasme« 

ALEX CHILTON EST MORT-letcr1-exp

                                                                       

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Lies de Alex Chilton


Une lecture de Guillaume Vissac :


kms couverture

Pour une version papier :


Avant de tourner pour remonter vers la gare, un peu comme dans la chanson de Dylan, c’était comme si elle me disait par-dessus mon épaule, sans que je me retourne, we’ll meet again some day on the avenue. Le soleil m’a aveuglé, il était juste entre la rangée d’immeubles bordant le trottoir brillant, j’ai oublié la suite.
J’ai ensuite longtemps évité les avenues, avant de comprendre que les chansons ne disaient pas toujours la vérité.
P.S. : C’est après ça que j’ai acheté les albums de Big Star, en commençant par le troisième, il venait d’être réédité, le plus triste, celui où il y avait Holocaust, la version originale encore plus triste que celle de Devoto. Alex Chilton est mort mercredi dernier, j’ai cru voir un peu de fumée s’envoler dans le vent. Je n’ai pas osé me retourner.

[Almanach] Aimé Césaire …

[Il a marqué de son verbe dense et lumineux
la poésie de son siècle
l’a colorée du suc de ses racines
l’a projetée vers le ciel
tout en l’arrimant au coeur de la terre.]

Vendredi 24 mai 1946,
Les éditions Gallimard publiaient
le recueil de Aimé Césaire
« Les armes miraculeuses« 

VOLEZ EN ÉCLATS DE JOUR -letcr1-exp

                                                                       

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Proposition de lecture


La femme et le couteau

chair riche aux dents copeaux de chair sûre
volez en éclats de jour en éclats de nuit en baisers de vent
en étraves de lumière en poupes de silence
volez emmêlements traqués enclumes de la chair sombre volez
volez en souliers d’enfant en jets d’argent
volez et défiez les cataphractaires de la nuit montés sur leur onagres
vous oiseaux
vous sang
qui a dit que je ne serai pas là ?
pas là mon cœur sans-en-marge
mon cœur-au-sans-regrets mon cœur à fonds perdus
et des hautes futaies de la pluie souveraine ?

tournois
il y aura des pollens des lunes des saisons au cœur de pain et de clarine
les hauts fourneaux de la grève et de l’impossible émettront de la salive des balles des orphéons des mitres des candélabres
ô pandanus muet peuplé de migrations
ô nils bleus ô prières naines ô ma mère ô piste
et le cœur éclaboussé sauvage
le plus grand des frissons est encore à fleurir
futile

[Almanach] Marina Damestoy …

[Errance dans
et hors
de soi.]

Mercredi 23 mai 2012,
Les éditions Publie.net donnaient
de Marina Damestoy le texte
« Mangez-Moi« 

JE ME FAIS PENSER À UN OISEAU-letcr1-exp

                                                                       

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A lire aussi de Marina Damestoy  quelques extraits de ses cahiers Bigouden


Jusque Je suis une herbe folle…
Travail, domicile perdus. Le jour, je travaillais pour une association dans la banlieue nord, contrat aidé, signé puis jamais honoré… je n’attends plus mon salaire, j’attaque aux Prud’hommes. Simultanément, le contrat précaire de surveillante de nuit dans un lycée privé d’Issy-les-Moulineaux se termine subitement avant les vacances scolaires. J’ai huit jours pour quitter ma chambrette ouverte sur le dortoir des filles. J’y perds mon logement. Épuisée.
Je me fais penser à un oiseau domestique dont on bouleverse le perchoir. Éclaboussure de plumes, grandes gesticulations, pattes qui cherchent le seuil d’une nouvelle stabilité. Ne me restent que les démarches administratives pour ouvrir mon droit au chômage… mon seul droit. Pleurer d’une condition précaire qui ressemble à bien d’autres, de ma blessure au monde. Vertige. Je sais le désespoir de ne s’inscrire nulle part. Je suis SDF, l’espace d’un instant, d’un temps. En quelques jours, le désespoir a pu m’emplir et me jeter aux côtés de celui qui tend la main pour subsister. Au bras de mon amant, je passe auprès d’un sans abri. Je suis le pont entre eux deux. Pont fragile et suspendu dans le vide, entre deux rives. Je me sens faiblir au monde et m’amarrer plus solidement du côté de la « lie » sociale. J’ai peut-être déjà franchi le pas. Je comprends le « mis au banc ». Je suis proche de ce vieux tenant patiemment sa coupelle vers le mouvement du monde. C’est presque de la tendresse que j’éprouve, un besoin de reconnaissance. Je cherche déjà en lui un père initiateur, un protecteur m’introduisant à cette nouvelle condition. Parce qu’elle est possible.

[Almanach] Fabienne Swiatly …

[La ville n’a pas de limite
mais le poète peut, dans ses débordements ordinaires
tenter de la borner en ses distances, ses actes …
ceux des êtres qui la font exister.]

Vendredi 23 mai 2008,
Les éditions Publie.net donnaient
de Fabienne Swiatly le texte
« Jusqu’où cette ville ?« 

ET SOUS LES GARGOUILLES -letcr1-exp

                                                                       

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Proposition de lecture


Lieu d’écriture virtuelle de Fabienne Swiatly  : La trace bleue


Jusque dans les camionnettes rouillées sur le terrain chaotique des chantiers, ville éventrée. La terre qui remonte à la surface, obstination des machines dans l’éboulis des cailloux. Là des femmes ouvrent leur sexe pour quelques euros. Bougies allumées derrière le pare-brise pour signaler la disponibilité. Madones des terrains vagues qui attendent les hommes le long des entrepôts abandonnés. Peinture écaillée sur des murs taciturnes. D’autres hommes ici, avant, raffinaient le sucre, fabriquaient le ciment, chargeaient les péniches. Aujourd’hui le commerce des corps sur le quai qui échappe aux regards.
Jusque sous le drapeau français où attend la file des visiteurs de la prison qui porte le nom d’un saint. Mouvement paresseux du tissu tricolore malgré le vent. À bout de bras des sacs plastiques aux couleurs vives, la marque lisible au centre. Le linge propre amené aux hommes que l’odeur de lessive émeut sans qu’il puisse trouver un lieu où pleurer. Le muscle énervé du peu d’espace. Cour de promenade plus petite que la fosse aux ours du parc. Sous le ciel prisonnier du grillage, des hommes réunis avec ce qu’il y a de plus difficile à partager en eux.
Jusque dans les cours rénovées du vieux quartier, à l’image des prospectus où l’on invite à découvrir la pierre figée de l’histoire. Le passé mis au propre. Et l’on vient voir, l’œil collé au viseur. Puis l’on s’arrête devant les tourniquets alignés sur le pavé, qui proposent la vieille ville en carte postale – cadrage impeccable. Et on achète par cinq ou par six pour se souvenir et envoyer aux autres. Faire signe à ceux qui sont restés, donner une preuve et dire j’étais là – dans la vieille ville. La photo à la marge blanche et le nom inscrit comme un sourire sur le côté, l’emplacement du timbre pré-imprimé. La ville vendue aux touristes.
Jusque sur le parvis de la cathédrale, la lumière qui se libère enfin des ruelles étroites. L’esplanade où les voitures cherchent malgré l’interdit à se faire une place. Et la scène ancestrale des pauvres réunis à l’extérieur, devant l’immense porte qui mène vers la croix. Groupe de jeunes aux chiens sans laisse qui boivent à même la bouteille l’alcool acheté dans un hard discount. La main tendue vers ceux qui marchent persuadés que Dieu saura les entendre malgré le vacarme des moteurs. Et sous les gargouilles aux visages de la peur, le monde semble aussi vieux que les pierres qui le cernent.

[Almanach] Christophe Sanchez …

[On pourrait voir dans cette « histoire de rien » comme il l’a taguée, comme l’annonce de la série qu’il a intitulée, 5 ans plus tard, « les gens ».
Même mélange de distance et de proximité, même tendresse,
et ce climat où la couleur de la vie le dispute au noir et blanc de …]

Lundi 23 mai 2011,
Christophe Sanchez, sur son blog « Fut-il.net »
donnait
« À la traîne« 

A LA TRAÎNE VOILÀ COMME ELLE SE SENT-letcr1-exp

                                                                       

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Le passage et l’image  chez Christophe Sanchez 

 


Proposition de lecture


Écrasée sur son lit, tout son poids en fatigue sur les ressorts usés, elle jette un regard vide sur le plafond. Tant d’années écoulées sur cette couche, ce lit conjugal toujours tiré aux quatre points carrés. Sa main effleure le dessus de lit en satin beige, elle se souvient des peaux coulées, de la douceur des nuits défuntes. Sa tête enfouie dans le traversin moelleux, des bourrelets acouphènes aux oreilles et la mélancolie de ses cheveux gris qui tombe dans les creux.

En face, pendu à un clou, fixé avec soin par une cheville plastique pour ne pas abîmer le placoplâtre, un cadre au liseré bordeaux assorti au rideau et à l’intérieur, sauvegardés par un verre poli, deux personnages fixés sur une photo nette et propre : un homme heureux au costume cravate impeccable, une rose à la boutonnière et le sourire d’une naïve en robe blanche à l’interminable traîne de nacre.

A la traîne, voilà comme elle se sent, à cet instant, à la traîne de ce cliché sans émotion. Sur son lit, sur le mur, sa vie, une vie filtrée jusqu’à la lie, l’image d’Épinal en grimoire, des pages cornées jamais reprises et un goût âpre de sépia dans la bouche.

[Almanach] Jean-Yves Fick …

[Une écriture qui s’inscrit dans le temps de sa pensée
qui ne se renie pas
laisse les traces de ses passages, ses retours,
une écriture qui se dit. ]

Mercredi 22 mai 2013
en ses forêts de poèmes
où les ronces ne sont pas combattus
mais apprivoisés
Jean-Yves Fick , donne
« Du peu« 

LES FLAMMES TOUCHENT-letcr1-exp

                                                                       

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Le poème en son entier
(chez lui)


c’est une poussière
ou même  une ombre

ce le noir du corps
un feu bas brûle

est-ce du le lieu
un un seuil — d’aller  l’ouvert
de vers ce silence
— quoi donne voix

les flammes touchent
à l’inaudible

comme_une cendre
de toute parole.

 

Traverser à tâtons
ce monde à dos d’écailles,
presque un désert pour nous et pas un bout de ciel.

L’INSURRECTION QUI VIENT – COMITÉ INVISIBLE – 2

[On peut aussi écouter les voix de ceux
qui n’ont pas de téléphone portable]


 

« Il y a un vertige à voir ainsi trôner sur un gratte-ciel de Shanghaï le «I AM WHAT I AM » de Reebok. Lire la suite