Le mont analogue – René Daumal (simpliste) – 02

(traduit du bulgare par le traducteur du « Coeur Cerf »)

Le Mont Analogue fut commencé par René Daumal en juillet 1939 lors de son séjour à Pelvoux dans les Alpes et à un moment particulièrement tragique de son existence. Il venait d'apprendre – à trente et un ans – qu'il était perdu : tuberculeux depuis une dizaine d'années, sa maladie ne pouvait avoir qu'une issue fatale. Trois chapitres étaient achevés en juin 1940 quand Daumal quitta Paris à cause de l'occupation allemande, sa femme, Vera Milanova, étant israélite. Après trois ans passés entre les Pyrénées (Gavarnie), les environs de Marseille (Allauch) et les Alpes (Passy, Pelvoux), dans des conditions très difficiles sur tous les plans, Daumal connut enfin, au cours de l'été 1943, un moment de répit et espéra pouvoir finir son « roman ». Il se remit au travail, mais une dramatique aggravation de sa maladie l'empêcha de terminer la relation de son voyage « symboliquement authentique ». Il mourut à Paris le 21 mai 1944. ? 
(extrait le avant-propos de l'éditeur)

02-Le mont analogue- À TITRE DE-IMA2

Cette lettre dépasse, de loin ses espérances (dont on peut même douter), l’auteur en vient alors à relire l’article dans lequel il avait émis l’existence (presque en forme de jeu de l’esprit) de cette montagne …

 

J’avais déjà presque oublié l’article auquel mon correspondant faisait allusion, et qui avait paru, près de trois mois auparavant, dans le numéro de mai de la Revue des Fossiles.

Flatté par cette marque d’intérêt d’un lecteur inconnu, j’éprouvais en même temps un certain malaise à voir prendre tellement au sérieux, presque au tragique, une fantaisie littéraire qui, sur le moment, m’avait assez exalté, mais qui, maintenant, était un souvenir déjà lointain et refroidi.

Je relus cet article. C’était une étude assez rapide sur la signification symbolique de la montagne dans les anciennes mythologies. Les différentes branches de la symbolique formaient depuis longtemps mon étude favorite – je croyais naïvement y comprendre quelque chose – et, par ailleurs, j’aimais la montagne en alpiniste, passionnément. La rencontre de ces deux sortes d’intérêt, si différentes, sur le même objet, la montagne, avait coloré de lyrisme certains passages de mon article.

(De telles conjonctions, si incongrues qu’elles puissent paraître,

sont pour beaucoup dans la genèse de ce que l’on appelle vulgairement poésie ;

je livre cette remarque,

02-Le mont analogue- À TITRE DE-LET

sorte de langage.)

Dans la tradition fabuleuse, avais-je écrit en substance, la Montagne est le lien entre la Terre et le Ciel. Son sommet unique touche au monde de l’éternité, et sa base se ramifie en contreforts multiples dans le monde des mortels. Elle est la voie par laquelle l’homme peut s’élever à la divinité, et la divinité se révéler à l’homme. Les patriarches et prophètes de l’Ancien Testament voient le Seigneur face à face sur des lieux élevés. C’est le Sinaï et c’est le Nebo de Moïse, et ce sont, dans le Nouveau Testament, le Mont des Oliviers et le Golgotha. J’allais jusqu’à retrouver ce vieux symbole de la montagne dans les savantes constructions pyramidales d’Egypte et de Chaldée. Passant chez les Aryens, je rappelais ces obscures légendes des Védas, où le soma, la « liqueur » qui est la « semence d’immortalité », est dit résider, sous sa forme lumineuse et subtile, « dans la montagne ». Dans l’Inde, Himalaya est le séjour de Çiva, de son épouse « la Fille de la Montagne », et des « Mères » des mondes – de même qu’en Grèce le roi des dieux tenait sa cour sur l’Olympe. Dans la mythologie grecque, justement, je trouvais le symbole complété par l’histoire de la révolte des enfants de la Terre qui, avec leurs natures terrestres et des moyens terrestres, essayèrent d’escalader l’Olympe et de pénétrer dans le Ciel avec leurs pieds glaiseux ; n’était-ce pas d’ailleurs la même entreprise que poursuivaient les constructeurs de la tour de Babel, qui, sans renoncer à leurs ambitions multiples et personnelles, prétendaient atteindre au royaume de l’Unique impersonnel ? En Chine, il était question des « Montagnes des Bienheureux », et les anciens sages instruisaient leurs disciples sur le bord des précipices…


[Note] DES PRECIPICES DELICIEUX = PIEUX DISCIPLES DE CIRCEE

Le mont analogue – René Daumal (simpliste) – 01

(traduit du bulgare par le traducteur du « Coeur Cerf »)

Le Mont Analogue fut commencé par René Daumal en juillet 1939 lors de son séjour à Pelvoux dans les Alpes et à un moment particulièrement tragique de son existence. Il venait d'apprendre – à trente et un ans – qu'il était perdu : tuberculeux depuis une dizaine d'années, sa maladie ne pouvait avoir qu'une issue fatale. Trois chapitres étaient achevés en juin 1940 quand Daumal quitta Paris à cause de l'occupation allemande, sa femme, Vera Milanova, étant israélite. Après trois ans passés entre les Pyrénées (Gavarnie), les environs de Marseille (Allauch) et les Alpes (Passy, Pelvoux), dans des conditions très difficiles sur tous les plans, Daumal connut enfin, au cours de l'été 1943, un moment de répit et espéra pouvoir finir son « roman ». Il se remit au travail, mais une dramatique aggravation de sa maladie l'empêcha de terminer la relation de son voyage « symboliquement authentique ». Il mourut à Paris le 21 mai 1944. ? 
(extrait le avant-propos de l'éditeur)

01-Le mont analogue- QUAND J’ OUVRIS-IMA

L’auteur reçois une lettre qui brise son isolement

 

Le commencement de tout ce que je vais raconter, ce fut une écriture inconnue sur une enveloppe. Il y avait dans ces traits de plume qui traçaient mon nom et l’adresse de la Revue des Fossiles, à laquelle je collaborais et d’où l’on m’avait fait suivre la lettre, un mélange tournant de violence et de douceur. Derrière les questions que je me formulais sur l’expéditeur et le contenu possibles du message, un vague mais puissant pressentiment m’évoquait l’image du « pavé dans la mare aux grenouilles ». Et du fond l’aveu montait comme une bulle que ma vie était devenue bien stagnante, ces derniers temps.

Aussi, 01-Le mont analogue- QUAND J’ OUVRIS-LETou d’un désagréable courant d’air. La même écriture, rapide et bien liée, disait tout d’un trait :

« Monsieur, j’ai lu votre article sur le Mont Analogue. Je m’étais cru le seul, jusqu’ici, à être convaincu de son existence. Aujourd’hui, nous sommes deux, demain nous serons dix, plus peut-être, et on pourra tenter l’expédition. Il faut que nous prenions contact le plus vite possible. Téléphonez-moi dès que vous pourrez à un des numéros ci-dessous. Je vous attends.

Pierre SOGOL, 37, passage des

Patriarches, Paris. »

(Suivaient cinq ou six numéros de téléphone auxquels je pouvais l’appeler à différentes heures de la journée.)


[Note] Le nom de l’auteur de cette lettre est renversant !

« La grande beuverie » – René Daumal – Les paradis artificiels – 12 –

B11- UN DE LEURS MAÎTRES-image

La grand beuverie - en Calabre

« … Dans chacun de ces objets — c’est là le secret que le public ignore – il cache un petit fragment de son viscère. Quand tout a été employé, l’homme meurt. Mais son viscère malade et chéri, mis en conserves sous des figures nombreuses et variées, continue à subsister, parfois pendant des siècles.»  

 


Les paradis artificiels – 12 –
René Daumal évoque ici
le ressort secret des fabricateurs d’objets inutiles
le rêve de l’immortalité.


« …Toutes ces productions allaient peupler d’anciens palais désaffectés et chaque jeudi et chaque dimanche une grande foule venait les adorer sans savoir pourquoi. Comme j’en faisais l’observation à l’infirmier, il me dit à l’oreille : »…

  

B12- TAISEZ - VOUS MALHEUREUX-let


B12- TAISEZ - VOUS MALHEUREUX-image


« — Taisez-vous, malheureux ! Si jamais vous prononciez tout haut ce mot : « pourquoi », vous ne sortiriez pas vivant d’ici. … »

____________

Ce mot de l’enfant … pré-scolaire
que l’on s’empressera
dès que possible
d’enterrer
sous d’innombrables réponses
qui lui feront oublier
toutes les questions qu’il aurait pu poser.


 

Les paradis artificiels 12,  complet (au format pdf) Les Paradis artificiels 12

« La grande beuverie » – René Daumal – Les paradis artificiels – 11 –

B11- UN DE LEURS MAÎTRES-image

La grand beuverie - en Calabre

« … C’est ainsi qu’à notre époque la science se met au service de l’art pour rendre les maisons inhabitables. Celle-ci durera au moins six mois.»  

 


Les paradis artificiels – 11 –
Paradoxe apparent,
René Daumal débusque la proximité de sens des mots
qui pourraient sembler antithétiques
confort et inutilisable.
Apparent si on se limite
comme les bilans comptables à « destinations de »
au court terme
et que l’on cloisonne la vie
à la manière des cahiers des charges fonctionnels
des fabricateurs d’objets « apparemment » utiles.


« …Ces Fabricateurs sont d’une ingéniosité incroyable. Tout leur sert à fabriquer. J’en ai même vus qui parvenaient à rendre inutilisables les choses les plus utiles et cela s’appelle dans leur langue le triomphe de l’art. »…

  

B11- UN DE LEURS MAÎTRES-let


B11- UN DE LEURS MAÎTRES-image


« Un de leurs maîtres venait d’achever la construction d’une maison parfaitement inhabitable … »

 

« … et voyant mon émerveillement il condescendit à m’expliquer : »

____________

Car la description de René Daumal est loin de ne concerner qu’une certaine forme d’Art (« comptant pour rien » )
Si on peut lire, dans un tweet de @franceculture, à propos d’une  oeuvre majeure de Ray Bradbury
 » Dans le monde imaginé par l’écrivain, les livres sont interdits car ils détournent les esprits de la pensée unique, engagent les personnes qui les lisent à réfléchir, à s’interroger, à mettre le monde en équation. »
c’est qu’il y a bien une terrible invasion de l’équation et du monde du problème dans celui de la vie. Qui loin d’être une série de problème à résoudre, ou de principes à mettre en équation,
a tout comme la conscience
Quelque chose du murmure d’un ruisseau
une synthèse improbable
voir même statistiquement impossible
et pourtant
qui existe.


 

Les paradis artificiels 11,  complet (au format pdf) Les Paradis artificiels 11

« La grande beuverie » – René Daumal – Les paradis artificiels – 10 –

B10- ILS APPELLENT CELA-image

La grand beuverie - en Calabre

« … Les Fabricateurs d’objets inutiles, que nous nommerons, pour abréger et pour ne pas blesser leur dangereuse susceptibilité, les Fabricateurs tout court, n’appellent jamais les choses par leurs noms. »  

 


Les paradis artificiels – 10 –
Ici nous parvenons dans un autre monde
assez proche cependant de celui des bougeotteurs
certains pourront y voir une critique de l’art contemporain

il faut également aller voir un peu plus loin.


« …tous, enfin, chérissent et cajolent un des viscères de leur corps, généralement le moins bon, intestin, foie, poumon, corps thyroïde ou cerveau, le caressent, le parent de fleurs et de bijoux, le bourrent de friandises, l’appellent « mon âme », « ma vie », « ma vérité », et ils sont prêts à laver dans le sang la moindre insulte qui serait faite à l’objet de leur dévotion interne. »…

  

B10- ILS APPELLENT CELA-let


B10- ILS APPELLENT CELA-image


« Ils appellent cela vivre dans le monde des idées. »

____________

Chez les « fabricateurs … » ce qui importe n’est pas le résultat de leur fabrication
mais ce qui pourra être exprimé à son propos
dans ce dialecte qui leur est propre
et que le commun des mortels ne peut qu’effleurer
(tout en percevant l’impérieuse nécessité de chercher à y pénétrer
 … en commençant par l’entrée naturelle d’un tel monde supérieur
à savoir 
la vénération à sa porte.)


 

Les paradis artificiels 10,  complet (au format pdf) Les Paradis artificiels 10

« La grande beuverie » – René Daumal – Les paradis artificiels – 9 –

B09- ILS APPELLENT CELA GOUVERNER-image

La grand beuverie - en Calabre

« … Parfois il y en a un qui par hasard, parce que ça se trouve sur son chemin, passe par sa peau et s’y empêtre et la reconnaît ; alors il se fait le plus souvent sauter la cervelle.  »  

 


Les paradis artificiels – 9 –
De la riche … et pauvre existence des bougeotteurs


« Leur bougeotte est invisible. Tandis que leurs carcasses demeurent attablées à quelque tapis vert, ils voyagent aux quatre coins du monde, ou de leur pays, ou de leur usine, ou de leur maison, selon leur envergure, mais partout où ils se dépensent, c’est un fourmillement de malheurs.  »…

  

B09- ILS APPELLENT CELA GOUVERNER-let


B09- ILS APPELLENT CELA GOUVERNER-image


« Ils appellent cela gouverner. Ce sont tous de grands organisateurs. Ils ont fortune et gloire. Ils sont incurables. »

____________

La suite de « La Grande Beuverie » nous montrera que les deux autres catégories « d’évadés » ne sont pas moins nocives.
En particulier les « fabricateurs d’objets inutiles »

B09- ILS APPELLENT CELA GOUVERNER-image2

Combien faudrait-il payer ces personnes, si on leur présentait cette activité comme un travail ?


 

Les paradis artificiels 9,  complet (au format pdf) Les Paradis artificiels 9

« La grande beuverie » – René Daumal – Les paradis artificiels – 8 –

 

La grand beuverie - en Calabre

« …les joueurs posaient sur le tapis des poignées de soldats de plomb, des tanks en miniature, des canons-bijoux, des Bibles expurgées, des linotypes, des maquettes d’écoles modernes, des phonographes, des bouillons de culture de tous les bacilles dont ils étaient infectés, des missionnaires en carton-pâte, des paquets de cocaïne et même des échantillons d’alcools frelatés  »  

 


Les paradis artificiels – 8 –
René Daumal donne, dans cette partie, une description impitoyable de la guerre permanente dans laquelle nous vivons et dont nous sommes les petits soldats (agents économiques de production et de consommation … par tous les moyens)


«— Passons sur les types intermédiaires, continua-t-il en me faisant entrer dans une grande maison rococo, et allons tout de suite à l’autre extrême. Entrez dans cette salle de jeu et regardez. Nous ne risquons rien, on ne nous remarquera pas, ou bien on nous prendra pour des garçons de bureau.

»…

  

B08- UNE CENTAINE D’ HOMMES-let


B08- UNE CENTAINE D’ HOMMES-image-1


« Autour d’une table de roulette une centaine d’hommes de toutes races, chacun portant son pavillon national planté dans le crâne, jouaient gros jeux. »

____________

Si la pression du réel n’est pas trop forte
et qu’il t’est possible de rendre « vacant » une petite portion
de ce que l’on nomme « le temps » et mesure mécaniquement
lis en intégralité ce chapitre.

contente toi de savoir que
dans la prestigieuse école où l’on forme l’élite de notre armée
on enseignait/expliquait déjà il y a 40 ans
que
si une mine anti-personnelle n’a pour effet
que d’arracher le pied de celui qui l’y pose
ce n’est pas par humanité
mais parce que c’est économiquement plus rentable
– moins de poudre
– un amputé coûte plus cher à son pays qu’un mort.

« …leur monnaie portait le nom générique de civilisation. »

 


 

Les paradis artificiels 8,  complet (au format pdf) Les Paradis artificiels 8

« La grande beuverie » – René Daumal – Les paradis artificiels – 7 –

B07- UN HAUT - PARLEUR CRIA -image

La grand beuverie - en Calabre

« …Le Grand Hôtel du Départ venait de tirer un coup de canon pour annoncer que le Prince de la Bougeotte était son hôte ce jour-là. Il devait rester cinq minutes  » *

 


Les paradis artificiels – 7 –
Ici nous approchons de plus près un échantillon des bougeotteurs ?

Quand on regarde l’évolution du tourisme vers le « one shot »
on constate que la réalité s’est terriblement rapprochée de la fiction.
Le bougeotteur moderne étant sommé de remplir sa vie des lieux à « voir absolument »
(*une fois suffit … la vie n’est ici qu’une série de dégustation des meilleurs crus possibles en fonction de sa bourse.)


«— Laissez-moi l’interviewer, me dit mon compagnon, vous ne sauriez pas y faire.

Il s’approche du Prince et le dialogue suivant s’engage :

— D’où ? – Cap. – Où ? – Chaeo. – Par où ? – Klondyke. Pressé – Quoi ? – Fusils – mitrailleurs, opium, ouvrages pornographiques et de piété. – Combien ? – Millions de piastres. Cent mille victimes. Crise ministérielle. Cinq divorces. – Êtes-vous heureux ? — Pas le temps. »…

  

B07- UN HAUT - PARLEUR CRIA -let


B07- UN HAUT - PARLEUR CRIA -image


« Un haut-parleur cria : « L’aérobus de Son Altesse est avancé. » Les trois sbires tirèrent chacun trois coups en l’air …

et les quatrièmes coups nous frôlèrent de près tandis que nous déguerpissions. »

____________


La pensée d’attribuer une part de responsabilité
dans certaines maladies de la mémoire
à cette tendance au bougisme
(qui est parfois du zappisme)B07- UN HAUT - PARLEUR CRIA -zappette

ne m’a pas effleuré.

 

Quant à l’idée que
poser sa besace
et déchiffrer une grille de mots liés
en s’immergeant
quelques temps ralentis
dans un contexte dense
pourrait aider à s’en préserver … un peu
loin de moi l’idée de le suggérer (sourire)²²²


 

Les paradis artificiels 7,  complet (au format pdf) Les Paradis artificiels 7

« La grande beuverie » – René Daumal – Les paradis artificiels – 6 –

B06- C’ EST LÀ QU’ HABITENT-image

La grand beuverie - en Calabre

« …un pêle-mêle de palais de tous styles, de gares, de phares, de temples, d’usines et de monuments divers s’étendait sous nos yeux. » *

 


Les paradis artificiels – 6 –
René Daumal nous emmène voir

nous voir ?


« — Vous voyez ici, me dit mon guide infatigable, la Jérusalem contre-céleste, résidence capitale des Évadés supérieurs. Maintenant que votre regard commence à se retrouver dans ce chaos de bâtiments, vous pouvez remarquer que la ville se divise en trois régions concentriques. Vous voyez d’abord, tout autour, cette zone encombrée d’aérodromes, de ports de mer (là-bas, tous ces échalas qui se dandinent), de gares de chemins de fer, d’hôtels et de cireurs de bottes ;  »…

  

B06- C’ EST LÀ QU’ HABITENT-let


 

B06- C’ EST LÀ QU’ HABITENT-image


« c’est là qu’habitent les Évadés supérieurs de la première catégorie, les Bougeotteurs. »

____________


Ce « pêle-mêle », nous avons appris à y vivre
à y trouver de l’ordre
et même souvent
l’Ordre
en même temps que
par compensation naturelle
et pour consolider cette conviction
nous nommons désordre
cet « ordre naturel »
que nous ne comprenons pas plus.


Les paradis artificiels 6,  complet (au format pdf) Les Paradis artificiels 6

« La grande beuverie » – René Daumal – Les paradis artificiels – 5 –

B05- — N’ EST - CE PAS QUE LE MOMENT-image

La grand beuverie - en Calabre

« Je m’étonnais, en gravissant un tertre fleuri de celluloïd, qu’un univers entier pût tenir dans cette soupente »

Nous vivons dans un placard
et nous l’ignorons
parce que nous l’avons doté
du confort.


Les paradis artificiels – 5 –
Est-ce une vision prémonitoire de René Daumal, qui devinerait ici les mondes virtuels que nous inventons, meublons et occupons ? …

 


« L’infirmier m’expliqua :
— Ici comme partout, mais ici on vous le fait remarquer tout spécialement, l’espace se fabrique selon les besoins.
Voulez-vous faire une promenade ? Vous projetez devant vous l’espace nécessaire que vous parcourez au fur et à mesure.
De même du temps.
Comme l’araignée sécrète le fil au bout duquel elle se laisse glisser, vous sécrétez le temps qu’il vous faut pour ce que vous avez à faire, et vous marchez le long de ce fil qui n’est visible que derrière vous mais qui n’est utilisable que devant vous.
Le tout est de bien calculer. Si le fil est trop long, il fait des plis et s’il est trop court, il casse.
Si je ne craignais pas d’attraper soif en parlant, je vous dirais pourquoi c’est si dangereux pour l’araignée d’avoir derrière elle un fil qui fait des plis. »…

  

B05- — N’ EST - CE PAS QUE LE MOMENT-let


 

B05- — N’ EST - CE PAS QUE LE MOMENT-image


« — N’est-ce pas que, le moment venu de remonter en ravalant son fil, les nœuds se mettent en travers du gosier…»

____________


La réponse est non. (?)

C’est bien du monde dans lequel nous vivons
(hors écran et gadget à univers calculés)
que René Daumal parle.
De même que dans notre tête « ça pense »
A la surface de notre peau « ça touche », de notre rétine « ça voit » …
Quand à nous,
nous vivons repliés dans
nos concepts du monde
placard
qui nous isole du réel
qu’un long et efficace apprentissage
nous a habitué à prendre pour
le dehors.

Mais Platon
disait-il autre chose


Les paradis artificiels 5,  complet (au format pdf) Les Paradis artificiels 5