Le mont analogue – René Daumal (simpliste) – 15

(traduit du bulgare par le traducteur du « Coeur Cerf »)

Le Mont Analogue fut commencé par René Daumal en juillet 1939 lors de son séjour à Pelvoux dans les Alpes et à un moment particulièrement tragique de son existence. Il venait d'apprendre – à trente et un ans – qu'il était perdu : tuberculeux depuis une dizaine d'années, sa maladie ne pouvait avoir qu'une issue fatale. Trois chapitres étaient achevés en juin 1940 quand Daumal quitta Paris à cause de l'occupation allemande, sa femme, Vera Milanova, étant israélite. Après trois ans passés entre les Pyrénées (Gavarnie), les environs de Marseille (Allauch) et les Alpes (Passy, Pelvoux), dans des conditions très difficiles sur tous les plans, Daumal connut enfin, au cours de l'été 1943, un moment de répit et espéra pouvoir finir son « roman ». Il se remit au travail, mais une dramatique aggravation de sa maladie l'empêcha de terminer la relation de son voyage « symboliquement authentique ». Il mourut à Paris le 21 mai 1944. ? 
(extrait le avant-propos de l'éditeur)

15-Le mont analogue-POURRI ET LE PLUS-IMA

Suite de l’énumération et de la description des 12 futurs découvreurs (du moins le pensent-ils) du Mont Analogue.
On pourra y lire une description facétieuse de (ce que le narrateur considère comme) la méthode allemande de résolution de problèmes complexes*.
* Qu’il ne considère pas comme étant utilisée exclusivement par les membres de cette nation.

ARTHUR BEAVER, de 45 à 50 ans, médecin ; yachtman et alpiniste, donc anglais ; connaît les noms latins, les mœurs et les propriétés de tous les animaux et de toutes les plantes de toutes les hautes montagnes du globe. N’est vraiment heureux qu’au-dessus de 15000 pieds d’altitude. Il m’a interdit de publier combien de temps et à l’aide de quoi il était resté au sommet de quel pic de l’Himalaya parce que, disait-il, « en tant que médecin, que gentleman et que véritable alpiniste, il se méfiait de la gloire comme d’une peste ». Il avait un grand corps osseux, des cheveux or et argent plus pâles que son visage tanné, des sourcils haut perchés et des lèvres qui ondulaient finement entre la naïveté et l’ironie.

HANS et KARL, deux frères – on ne prononçait jamais leur nom de famille –, d’environ 25 et 28 ans respectivement, autrichiens, spécialistes des escalades acrobatiques. Blonds tous les deux, mais le premier dans le genre ovoïde, le second dans le genre rectangulaire. Des musculatures intelligentes, avec des doigts d’acier et des yeux d’aigles. Hans faisait des études de physique mathématique et d’astronomie. Karl s’intéressait surtout aux métaphysiques orientales.

Arthur Beaver, Hans et Karl, étaient les trois compagnons dont Sogol m’avait parlé et qui formaient avec lui une insécable équipe.

JULIE BONASSE, 25 à 30 ans, belge, actrice. Elle avait alors d’assez beaux succès sur les scènes de Paris, de Bruxelles et de Genève. Elle était la confidente d’une nuée de jeunes gens falots, qu’elle guidait dans les voies de la plus sublime spiritualité. Elle disait « j’adore Ibsen » et « j’adore les éclairs au chocolat » avec un ton d’égale conviction, qui vous mettait l’eau à la bouche. Elle croyait à l’existence de la « fée des glaciers » et, l’hiver, skiait beaucoup dans les stations à téléphériques.

BENITO CICORIA, une trentaine d’années, tailleur pour dames à Paris. Petit, coquet et hégélien. Bien qu’italien d’origine, il appartenait à une école d’alpinisme que l’on pourrait – grosso modo – appeler l’« école allemande ». On pourrait ainsi résumer la méthode de cette école :

on attaque la face la plus abrupte de la montagne, par le couloir le plus
15-Le mont analogue-POURRI ET LE PLUS-LET
des détours plus commodes à gauche ou à droite

en général, on se fait tuer, mais, un jour ou l’autre, une cordée nationale arrive vivante à la cime.

Avec Sogol, ma femme et moi, cela faisait douze personnes.


[Note]  Et l’on parvient au nombre « magique » de 12… ne manque que le Messie.
Il faut ici transposer les qualités, aptitudes et attitudes, données comme relative à l’alpinisme et donc « du corps« , au niveau de l’esprit (ce qui inclut « bien sur » les émotions)


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