Le mont analogue – René Daumal (simpliste) – 27

(traduit du bulgare par le traducteur du « Coeur Cerf »)

Le Mont Analogue fut commencé par René Daumal en juillet 1939 lors de son séjour à Pelvoux dans les Alpes et à un moment particulièrement tragique de son existence. Il venait d'apprendre – à trente et un ans – qu'il était perdu : tuberculeux depuis une dizaine d'années, sa maladie ne pouvait avoir qu'une issue fatale. Trois chapitres étaient achevés en juin 1940 quand Daumal quitta Paris à cause de l'occupation allemande, sa femme, Vera Milanova, étant israélite. Après trois ans passés entre les Pyrénées (Gavarnie), les environs de Marseille (Allauch) et les Alpes (Passy, Pelvoux), dans des conditions très difficiles sur tous les plans, Daumal connut enfin, au cours de l'été 1943, un moment de répit et espéra pouvoir finir son « roman ». Il se remit au travail, mais une dramatique aggravation de sa maladie l'empêcha de terminer la relation de son voyage « symboliquement authentique ». Il mourut à Paris le 21 mai 1944. ? 
(extrait le avant-propos de l'éditeur)

27-Le mont analogue-DEVRONT DEVENUS-IMA

Ici, il sera question de coût, d’avance et de remboursement, ainsi que des divers supports et manière afférentes.

Les deux premiers jours avaient été principalement occupés à transporter du yacht à notre maison notre cargaison de vivres et de matériel, à vérifier le bon état de toute chose et à commencer à préparer les charges que nous devions monter aux chalets de la Base, en deux étapes et en plusieurs voyages. A nous huit, avec l’aide du « capitaine » et des trois marins, tout cela se fit assez vite. Pour la première étape, qui demanderait une journée, il y avait un bon sentier et nous pourrions utiliser les grands ânes bruns et agiles du pays ; ensuite, tout devait être porté à dos d’hommes. Il avait donc fallu louer des ânes et engager des porteurs. Le problème de la monnaie, qui nous avait si fort préoccupés, avait été résolu, provisoirement du moins, dès notre arrivée. Le guide qui nous avait reçus nous avait remis, à titre d’avance, un sac des jetons métalliques qui servent ici aux échanges de biens et de services. Comme nous l’avions prévu, aucune de nos monnaies n’avait cours. Chaque nouvel arrivant, ou groupe d’arrivants, reçoit ainsi une certaine avance qui lui permet de couvrir ses premiers frais, et qu’il s’engage à rembourser pendant son séjour au continent du Mont Analogue. Mais comment rembourser ? Il y a plusieurs manières de rembourser, et comme cette question de la monnaie est à la base de toute l’existence humaine et de toute la vie sociale dans les colonies du littoral, je dois donner quelques détails à ce sujet.

On trouve ici, très rarement en basse montagne, plus fréquemment à mesure que l’on monte, une pierre limpide et d’une extrême dureté, sphérique et de grosseur variable, – un véritable cristal, mais, cas extraordinaire et inconnu sur le reste de la planète, un cristal courbe ! On l’appelle, dans le français de Port-des-Singes, péradam. Ivan Lapse reste perplexe sur la formation et le sens primitif de ce mot. Il peut signifier, selon lui, « plus dur que le diamant », et il l’est ; ou bien « père du diamant », et l’on dit que le diamant est en effet le produit de la dégénérescence du péradam par une sorte de quadrature du cercle ou plus exactement de cubature de la sphère ; ou encore le mot signifie-t-il « la pierre d’Adam », ayant quelque secrète et profonde connivence avec la nature originelle de l’homme. La limpidité de cette pierre est si grande, et son indice de réfraction si proche de celui de l’air malgré la grande densité du cristal, que l’œil non prévenu la perçoit à peine ; mais à qui la cherche avec un désir sincère et un grand besoin, elle se révèle par l’éclat de ses feux semblables à ceux des gouttes de rosée. Le péradam est la seule substance, le seul corps matériel auquel les guides du Mont Analogue reconnaissent une valeur. Aussi est-il le gage de toute monnaie, comme l’or chez nous.

En vérité, le seul mode loyal et parfait de payer sa dette, c’est de la rembourser en péradams. Mais le péradam est rare, et difficiles, voire dangereux, sa quête et son ramassage, car souvent il faut aller l’extraire d’une fissure dans la paroi d’un précipice, ou le prendre au bord d’une crevasse sur une pente de glace vive où il est venu s’encastrer. Aussi, après des efforts qui parfois durent des années, bien des gens se découragent et redescendent sur la côte où ils cherchent des moyens plus faciles de payer leur dette ; celle-ci, en effet, peut être simplement remboursée en jetons, et ces jetons peuvent se gagner par tous les moyens ordinaires : les uns se font cultivateurs, d’autres artisans, d’autres débardeurs, et nous ne médirons pas d’eux, car c’est grâce à eux qu’il est possible d’acheter sur place des vivres, de louer des ânes et d’engager des porteurs.

– Et si l’on n’arrive pas à payer sa dette ? avait demandé Arthur Beaver.

– Quand vous élevez des poussins, lui fut-il répondu
vous leur avancez du grain qu’ils
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Et chacun de nous avait silencieusement avalé sa salive.


[Note] Sur l’île du Mont Analogue, les monnaies des différents pays n’ont plus cours. Il s’agit ici pour l’auteur de nous faire comprendre à quel point il se trouve dans un autre monde.
Dans le monde des sentiments (vrais) par exemple, les rétributions ne se font pas en €uros ou en $ollards, encore moins en or (lequel n’y est présent qu’en substitut d’un manque, ou pour son nombre atomique (sourire)² c’est à dire son essence)


MONNAIE D’ÉCHANGE = HAINE MENACE GOND

Le mont analogue – René Daumal (simpliste) – 26

(traduit du bulgare par le traducteur du « Coeur Cerf »)

Le Mont Analogue fut commencé par René Daumal en juillet 1939 lors de son séjour à Pelvoux dans les Alpes et à un moment particulièrement tragique de son existence. Il venait d'apprendre – à trente et un ans – qu'il était perdu : tuberculeux depuis une dizaine d'années, sa maladie ne pouvait avoir qu'une issue fatale. Trois chapitres étaient achevés en juin 1940 quand Daumal quitta Paris à cause de l'occupation allemande, sa femme, Vera Milanova, étant israélite. Après trois ans passés entre les Pyrénées (Gavarnie), les environs de Marseille (Allauch) et les Alpes (Passy, Pelvoux), dans des conditions très difficiles sur tous les plans, Daumal connut enfin, au cours de l'été 1943, un moment de répit et espéra pouvoir finir son « roman ». Il se remit au travail, mais une dramatique aggravation de sa maladie l'empêcha de terminer la relation de son voyage « symboliquement authentique ». Il mourut à Paris le 21 mai 1944. ? 
(extrait le avant-propos de l'éditeur)

26-Le mont analogue-DÉSAGRÉGATION ET-IMA

Loins d’être seuls donc, nos aventuriers découvrent d’autres navires que les leurs, bien différents parfois.

Derrière la maison, un pic neigeux nous regardait par-dessus son épaule boisée. Devant s’ouvrait le port où se reposait notre bateau, dernier venu de la plus étrange marine qu’on pût voir. Dans les baies du rivage, des navires de tous temps et de tous pays s’alignaient en files serrées, les plus vieux encroûtés de sel, d’algues et de coquillages à ne plus être reconnaissables. Il y avait là des barques phéniciennes, des trirèmes, des galères, des caravelles, des goélettes ; deux bateaux à roues aussi, et même un vieil aviso mixte du siècle dernier, mais ces navires des époques récentes étaient très peu nombreux. Sur les plus anciens, nous pouvions rarement mettre des noms de type ou de pays.

Et tous ces bâtiments abandonnés attendaient tranquillement
la pétrification ou la digestion par la flore et la faune marine, la
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aux plus grands desseins.


[Note] Il semblerait, d’après le narrateur, qu’à l’époque moderne (la sienne, c’est-à-dire les années 40) les arrivées sur l’île se soient fait plus rares. Sur la base de l’évolution de nos civilisation et de ses priorités, on peut se demander si depuis, d’autres navires ont touché ces côtes.


AVENTURIER = ENVIERA RUT