Le mont analogue – René Daumal (simpliste) – 25

(traduit du bulgare par le traducteur du « Coeur Cerf »)

Le Mont Analogue fut commencé par René Daumal en juillet 1939 lors de son séjour à Pelvoux dans les Alpes et à un moment particulièrement tragique de son existence. Il venait d'apprendre – à trente et un ans – qu'il était perdu : tuberculeux depuis une dizaine d'années, sa maladie ne pouvait avoir qu'une issue fatale. Trois chapitres étaient achevés en juin 1940 quand Daumal quitta Paris à cause de l'occupation allemande, sa femme, Vera Milanova, étant israélite. Après trois ans passés entre les Pyrénées (Gavarnie), les environs de Marseille (Allauch) et les Alpes (Passy, Pelvoux), dans des conditions très difficiles sur tous les plans, Daumal connut enfin, au cours de l'été 1943, un moment de répit et espéra pouvoir finir son « roman ». Il se remit au travail, mais une dramatique aggravation de sa maladie l'empêcha de terminer la relation de son voyage « symboliquement authentique ». Il mourut à Paris le 21 mai 1944. ? 
(extrait le avant-propos de l'éditeur)

25-Le mont analogue-RESSURGIR EN MOI-IMA

Les découvreurs du Mont Analogue, ne sont pas seuls. Une ville les attendaient, a autorisé et facilité leur passage. Son nom donne à réfléchir.

L’homme qui nous accueillait était bien un guide. Toute autorité est en ce pays exercée par les guides de montagne, qui forment une classe distincte, et, en dehors de leur métier propre de guides, assument à tour de rôle les fonctions administratives indispensables dans les villages de la côte et de la basse montagne. Celui-ci nous donna les indications nécessaires sur le pays et sur ce que nous devions faire. Nous avions abordé dans une petite ville du littoral peuplée d’Européens, Français pour la plupart. Il n’y a pas ici d’indigènes. Tous les habitants sont venus d’ailleurs, des quatre coins du monde, comme nous, et chaque nation a sur la côte sa petite colonie. Comment se faisait-il que nous fussions tombés précisément sur cette ville, appelée Port-des-Singes, peuplée d’Européens occidentaux comme nous ? Nous devions comprendre plus tard que ce n’était pas par hasard, et que le vent qui nous avait aspirés et conduits là n’était pas un vent naturel et fortuit, mais qu’il avait soufflé selon une volonté. Et pourquoi ce nom de Port-des-Singes, alors qu’il n’y avait pas un seul quadrumane dans la région ?

Je ne sais pas trop, mais cette appellation faisait
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Notre port d’arrivée ne pouvait être que Port-des-Singes.

Nous devrions, de là, gagner par nos propres moyens les chalets de la Base, à deux jours de marche dans les hauts pâturages, où nous rencontrerions le guide qui pourrait nous conduire plus haut. Il nous fallait donc rester quelques jours à Port-des-Singes pour préparer nos bagages et réunir une caravane de porteurs, car nous devions emporter à la Base assez de provisions pour un très long séjour. Nous fûmes conduits à une petite maison très propre et très sommairement aménagée, où chacun de nous avait une sorte de cellule qu’il arrangea à son gré, et pourvue d’une salle commune, avec un âtre, où nous nous réunissions pour les repas et le soir pour tenir conseil.


[Note] Les réflexions de René Daumal concernant notre nation sont-elles encore d’actualité ? (sourire)²


LE PORT DES SINGES = PLONGE TES DÉSIR