[Almanach] Chateaubriand …

[L’auteur eut le sentiment qu’il devait prévenir le lecteur, dans son prologue, du caractère particulier
de l’écriture cette oeuvre, à la fois romanesque et poétique,
autant que de son sujet « qui sort de toutes les routes connues et qui présente une nature et des mœurs tout à fait étrangères à l’Europe« ,
du fait que celui-ci est quasiment sans « aventure« .
Et en effet, celui qui a survolé l’oeuvre de Chateaubriand, ou qui ne le connait que par écho, sera assurément surpris par l’histoire.]

Vendredi 16 mai 1969, parait, aux éditions de la Pleïade
Le premier tome des
« Oeuvres romanesques et voyages »
François-René de Chateaubriand

La première oeuvre de ce volume
« Atala« 

(extrait)

COMME TOUS LES HOMMES IL AVAIT-letcr1-exp

(à cliquer pour obtenir le parcours de lecture)

Le passage en son entier 


 L’oeuvre est disponible en téléchargement libre (format liseuse ou pdf)

Atala

 


Il y avait parmi ces sauvages un vieillard nommé Chactas [La voix harmonieuse. (N.d.A.)], qui, par son âge, sa sagesse et sa science dans les choses de la vie, était le patriarche et l’amour des déserts.

Comme tous les hommes, il avait acheté la vertu par l’infortune. Non seulement les forêts du Nouveau−Monde furent remplies de ses malheurs, mais il les porta jusque sur les rivages de la France.

Retenu aux galères à Marseille par une cruelle injustice, rendu à la liberté, présenté à Louis XIV, il avait conversé avec les grands hommes de ce siècle et assisté aux fêtes de Versailles, aux tragédies de Racine, aux oraisons funèbres de Bossuet ; en un mot, le sauvage avait contemplé la société à son plus haut point de splendeur.

Depuis plusieurs années, rentré dans le sein de sa patrie, Chactas jouissait du repos. Toutefois le ciel lui vendait encore cher cette faveur : le vieillard était devenu aveugle. Une jeune fille l’accompagnait sur les coteaux du Meschacebé, comme Antigone guidait les pas d’Oedipe sur le Cythéron, ou comme Malvina conduisait Ossian sur les rochers de Morven.

Malgré les nombreuses injustices que Chactas avait éprouvées de la part des Français, il les aimait. Il se souvenait toujours de Fénelon, dont il avait été l’hôte, et désirait pouvoir rendre quelque service aux compatriotes de cet homme vertueux.

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