Alors se joignent les doigts, les cils aussi, tout le corps épèle l’espérance Craquements de phalanges toutes ces coudées d’os dans l’acte à venir Ils s’assemblent, force des mots nus, la pensée travaille son silence, pétrin chaud d’amour ou de folie. Développer sa fougère Reprendre aussitôt à la ligne des doigts, y retendre les suppliques Jusqu’à ce qu’un peu d’air glisse et ventouse. Éclater comme un drap dans le repli des langues
[Long cri/poème où se dit, se lit, se déplie, la perte de la mère et ce qu’elle arrache à l’être qu’elle quitte.]
Jeudi 15 mai 2014, les éditions Publie.net donnent
de Julien Boutonnier
« Ma mère est lamentable »
en version numérique
depuis peu, une version papier est également disponible
(qui permet également d’accéder au fichier sous les différents formats)
Mon enfant, mourras-tu bientôt que je vaque à mon néant ?
Rêve a dit ma mère était lamentable taire ! mère ! quoi taire ! quoi ma terre mère : mon cri oui ! ronger l’os ! to be crâne ! quoi mon cri quoi ! merde ! crâne ! six pieds sous mère ! morte ! to be morte ! crâne ! taire or not mon cri et chialer oui chialer ! or not chialer ! gueulanter ! viscérer ! splanchniquer !
Intimité peuplée de vide, enfermant la lumière et la faisant sienne Porte entrouverte sur un ailleurs qu’elle se refuse à voir En sécurité ou en prison derrière un élégant treillis et rongée par l’extérieur, le temps autre qui la submerge, et l’enferme plus fortement contre un mur solide et rêveur. Résumé : nada Ma mi piace tanto nulla che sono nulla Pero tanto mi quiero nada que yo soy nada Et j’suis pas sure des mots mais nada n’est tenu à rien
[Sur les traces d’une étoile filante qui a éclairée quelques temps, telle une illustre devancière, la route des surréalistes.]
Le vendredi 14 mai 2010, les éditions publie.net donnent en version numérique Isidoro de Audrey Lemieux.
L’oeuvre, qui évoque le voyage de Lautréamont (Isodore Ducasse) en Uruguay , convoquant des lieux et des faits que l’histoire ne nous a pas rapportés. A présent celle-ci est disponible en version papier (version numérique inclue)
Il tombe une pluie si fine qu’Isidore la remarque à peine, jusqu’à ce qu’elle lui dégouline le long des joues et qu’il lui faille sortir son mouchoir pour s’éponger un peu. De l’endroit où il se trouve, il observe que le port a la forme de la lune, lorsqu’elle atteint sa deuxième ou sa dernière phase calendaire — à moins que ces quais qui bordent la Garonne ne décrivent exactement la courbe d’un chien courant après son maître. Un chien immense, un bouledogue, à la poursuite de Dieu. Tout bouge sur la promenade boueuse, les matelots et les barriques qu’ils font rouler, les chevaux attelés à des voitures ou des charrettes, les ouvriers chargés de madriers et les marchandes de soupe portant leur soupière à bout de bras. Les rails du port grondent, écrasés par de lourdes locomotives à vapeur ; au milieu de la rivière, des navires jettent l’ancre, reçus aussitôt par un ballet de gabares et de chaloupes. Isidore se penche au-dessus de l’eau pour apercevoir son reflet embrouillé par la pluie : on croirait voir un visage de bois tout craquelé, une tête de poupée. Ses grands yeux bruns luisent, on ne pourrait dire d’où vient la lumière qui les anime et qui fait en sorte que leur aspect contraste tant avec celui de sa bouche, de son nez, de son menton — saillies épargnées par la gouge. S’il renversait la tête vers l’arrière, on entendrait ses paupières claquer et ses longs cils bruire en se touchant. Mais il lisse plutôt l’épouvantable chevelure qu’il a héritée de son père et l’eau coule sur sa veste. Il pense à ses livres, en sécurité dans la malle. S’ils étaient mouillés par cette pluie, ils moisiraient — les livres ne sèchent pas en pleine mer.
[Parfois une signature engage bien au-delà de l’horizon visible du texte concerné.
Notamment lorsque la notion d' »assistance » est pris dans un sens très large.]
Le 14 mai 1955 huit pays signent un accord d’assistance mutuelle qui permettra l’intervention Russe en Tchécoslovaquie.
Ces huit pays sont l’URSS, l’Albanie, qui quittera le pacte le 13 septembre (on comprendra pourquoi cette date) la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, la pologne, la Tchécoslovaquie et l’Allemagne (qui ne le rejoint en réalité qu’en 1956) Ce traité signé à Varsovie permettra l’intervention des forces dites du pacte de Varsovie pour endiguer le mouvement populaire du printemps-été 1968 en faveur d’une démocratisation du régime. L’Union Soviétique, dont les forces constituaient l’essentiel des forces engagées (blindés, aviation, troupes au sol) intervenait alors non comme envahisseur, mais dans le cadre de l’assistance mutuelle évoquée par le traité. Il en avait été de même lors de la révolution Hongroise de 1956 avec l’intervention de l’armée rouge en octobre 1956.
[Étrangement, ce roman publié en français par un auteur disparu il y a plus de 100 ans n’est pas édité dans le domaine public.]
Le mercredi 14 novembre 2001, le Mercure de France publiait « inferno » de l’écrivain suédois August Strindberg.
Le récit ou le « roman » Inferno a été écrit par Strindberg en français, entre le 3 mai et le 25 juin 1897, à Lund, au sud de la Suède.
L’auteur s’en explique dans une lettre :
« La clarté du style, vois-tu, c’est cela, la langue française ! Je l’utilise comme Swedenborg et les autres maniaient le latin : comme la langue universelle. »
(Propos repris d’une émission consacrée à l’auteur, sur France Culture)
Je lis une délicieuse brochure, La Joie de mourir, qui me donne le désir de quitter ce monde. Pour reconnaître la frontière de la vie et de la mort, je me couche sur le lit, et je débouche le flacon de cyanure de potassium qui répand son parfum mortel. Le voici qui s’approche, l’homme à la faux : il est doux et d’allures voluptueuses ; mais, au dernier moment, il arrive toujours quelqu’un ou quelque chose à l’improviste : le garçon sous un prétexte quelconque, une guêpe qui entre par la fenêtre. Les puissances me refusent la seule joie, et je me soumets devant leur volonté.
[Un poète qui n’a pas traversé, de part en part, que le siècle.]
Le vendredi 13 mai 1983, les éditions Gallimard publies le recueil « Poèmes » de Yves Bonnefoy (contenant les textes : Du mouvement et de l’immobilité de Douve – Hier régnant désert – Pierre écrite – Dans le leurre du seuil.)
Le jour se penche sur le fleuve du passé Il cherche à ressaisir Les armes tôt perdues, Les joyaux de la mort enfantine profonde.
Il n’ose pas savoir S’il est vraiment le jour Et s’il a droit d’aimer cette parole d’aube Qui a troué pour lui la muraille du jour.
Une torche est portée dans le jour gris. Le feu déchire le jour. Il y a que la transparence de la flamme Amèrement nie le jour.
Il y a que la lampe brûlait bas, Qu’elle penchait vers toi sa face grise, Qu’elle tremblait dans l’espace des arbres, Comme un oiseau blessé chargé de mort. – L’huile brisant au port de la mer cendreuse Va-t-elle s’empourprer d’un dernier jour, Le navire qui veut l’écume puis la rive Paraîtra-t-il enfin sous l’étoile du jour ?
Ici la pierre est seule et d’âme vaste et grise Et toi tu as marché sans que vienne le jour.
Sur Oeuvresouvertes on trouvera le travail de Laurent Margantin qui se propose de donner une relecture de l’oeuvre à l’occasion du centenaire de sa parution.
Récemment il vient d’ouvrir un MOOC dédié à Frantz Kafka (cours en vidéo)
Le premier cours est dédié à « la question du père » (de première importance chez l’auteur du procès)
« Il faut tout de même, dit K., que Mme Grubach… » Et il fit un mouvement, comme pour s’arracher aux deux hommes qui se tenaient pourtant loin de lui, et voulut continuer son chemin. « Non, dit celui qui était près de la fenêtre, en jetant son livre sur une petite table et en se levant, vous n’avez pas le droit de sortir, vous êtes arrêté. – Ça m’en a tout l’air, dit K. Et pourquoi donc ? demanda-t-il ensuite. – Nous ne sommes pas ici pour vous le dire. Retournez dans votre chambre et attendez. La procédure est engagée, vous apprendrez tout au moment voulu. Je dépasse ma mission en vous parlant si gentiment. Mais j’espère que personne ne m’a entendu en dehors de Franz qui vous traite lui-même sur un pied d’amitié contraire à tous les règlements. Si vous continuez à avoir par la suite autant de chance qu’avec vos gardiens, vous pouvez avoir bon espoir. » K. voulut s’asseoir, mais il s’aperçut alors qu’il n’y avait plus aucun siège dans la pièce, excepté la chaise près de la fe-nêtre. « Vous reconnaîtrez plus tard, dit Franz, combien nous vous avons dit vrai », et il s’avança sur lui suivi de son compa-gnon. K. fut énormément surpris, surtout par le dernier, qui lui tapa à plusieurs reprises sur l’épaule. Tous deux regardèrent sa chemise de nuit et déclarèrent qu’il lui faudrait en mettre une bien plus mauvaise, mais qu’ils veilleraient avec grand soin sur cette chemise comme aussi sur tout le reste de son linge, et qu’ils le lui rendraient au cas où son affaire finirait bien. « Il vaut beaucoup mieux, lui dirent-ils, nous confier vos objets à garder, car, au dépôt, il se produit souvent des fraudes et d’ailleurs on y revend tout, au bout d’un temps déterminé, sans s’inquiéter de savoir si le procès est fini. Or, on ne sait ja-mais, surtout ces derniers temps, combien ce genre d’affaires peut durer. Au bout du compte le dépôt vous rendrait bien le produit de la vente, mais d’abord ce ne serait pas grand-chose, car ce n’est pas la grandeur de l’offre qui décide du prix, mais celle du pot-de-vin, et puis l’expérience montre trop que ces sommes diminuent toujours avec les années en passant de main en main. »
[Il y eut des temps en lesquels la croyance en la démocratie était à la fois plus forte et plus prometteuse qu’en ces jours où certains tentent de la déborder de divers côtés.]
Le samedi 12 mai 1906, on pouvait lire dans l’hebdomadaire « la solidarité » :
(Extrait avec coupure internes)
Voir le numéro 42 de « La Solidarité »
(Article intitulé « Victoire »
et le remerciement aux électeurs)
Dans un admirable élan de foi républicaine, le suffrage universel vient de faire triompher la politique laïque et réformatrice du Bloc. Tous les candidats de gauche sont élus dans l’Aude. Il n’y a qu’un ballotage à Castelnaudary, et là encore, le succès de notre ami Durand est certain. Les électeurs ont bien mérité de la république. Déjouant les basses manœuvres, méprisant les calomnies, les injures de la réaction aux abois, ils ont fait noblement leur devoir. Le souffle puissant de la démocratie a vivifié la France. Maintenant que la République est forte, que ses adversaires sont définitivement écrasés, nous pouvons avec confiance envisager l’avenir.
[Le lundi 12 mai 2014, André Rougier, en ses Confins s’interrogeait
(et nous emportait avec lui dans son questionnement) sur les hommes inventifs
transitant par la pensée d’un génie
il concluait alors (émerveillé de la co-incidence …)*]