« La grande beuverie » – René Daumal – Dialogue laborieux – 13 –

A12- IL Y A DES PAROLES -image

La grand beuverie - en Calabre

Tout ce qui est sans chair et sans émotion vraie, en prend pour son grade dans cette oeuvre truculente.


Dialogue laborieux – 13–
René Daumal évoque trois personnages de la littérature
et
sous entend
qu’ils ont chacun
quelque chose à nous dire.

(pour connaître les deux autres, lire le chapitre complet donné en fin de page)

 


« Le troisième était Léon-Paul Fargue*, en costume d’amiral, qu’il avait orné de nombreux galions supplémentaires ; il portait le bicorne en travers et avait remplacé l’épée par un sabre d’abordage. Il avait, tantôt au menton, tantôt à la main, une barbe arménienne postiche : et, selon les moments, les courbures et les nœuds de la conversation, son visage passait du glabre au velu et du poilu au rasé comme par les phases étonnantes d’un astre humain errant.
C’est dommage que j’aie entendu si peu de ce qu’ils se dirent. Personne d’autre »…

  

A13- NE REMARQUA LES TROIS VISITEURS-let


 

A13- NE REMARQUA LES TROIS VISITEURS-image


« ne remarqua les trois visiteurs, ni même la salle où ils devisaient. Quand j’en ai parlé aux autres, ils m’ont ri au nez.… » 

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Se voir rire au nez
est le lot de tous les précurseurs
la vigie voit bien avant tous les occupants du bateau
on accepte ses annonces
parce qu’elle a un label
toutes les autres vigies dépourvue de cette étiquette
risquent le même sort que le héro de Daumal

à moins qu’ils annoncent
ce que chacun veut entendre
plutôt que ce qu’ils voient
A ce jeu
ceux qui n’ont aucun talent pour scruter l’horizon
sont gagnants.


Dialogue laborieux 13,  complet (au format pdf) Dialogue Laborieux 13

 


* La voix de Fargue : « Si j’avais quelque jeune disciple à former, je me contenterais probablement de lui murmurer ces seuls mots : sensible, s’acharner à être sensible, infiniment sensible, infiniment réceptif. Toujours en état d’osmose. Arriver à n’avoir plus besoin de regarder pour voir. Discerner le murmure des mémoires, le murmure de l’herbe, le murmure des gonds, le murmure des morts. Il s’agit de devenir silencieux pour que le silence nous livre ses mélodies, douleur pour que les douleurs se glissent jusqu’à nous, attente pour que l’attente fasse enfin jouer ses ressorts. Écrire, c’est savoir dérober des secrets qu’il faut encore savoir transformer en diamants. »