Le lac entre … – Anna Jouy

Anna à récemment repris l’écriture sur son blog foisonnant des 

Elle publie dans  « Livre des suites »

« le lac entre dans la chambre l’ amant sans… »

Extrait à lire … lentement

LENTE VENUE D UNE VEINE BLEUE-letex-

(cliquer sur le texte pour le parcours de lecture)


Le texte entier chez Anna Jouy

 


Lire ses textes déposés chez les cosaques des frontières de JAN DOETS


lente venue d’une veine bleue dans mon ventre, flots de mer, flots de ciels.

…sible – Mark Twain

Pascal, ami peintre de natures mortes, vivantes, joueur d’échec, jardiner, amoureux de la nature …
m’a envoyé cette phrase de Mark Twain pour que je lui en fasse une grille de mots liés.

Je l’ai trouvée tout à fait dans l’esprit du poème et de la photo du jour de Marie-Christine Grimard [ Photo du jour : poème à l’encre bleue  ]
en même temps que du film de Coline Serreau [La belle verte]


 … Certain tout au contraire (de ce qui se dit ici) pensait que c’était très facile
et à la première difficulté
ont abandonné.

ILS NE SAVAIENT PAS QUE C ÉTAIT IMPOSSIBLE-letex

[Je rêve d’un concert de silence tel que celui de la photo, dans lequel ce temps, sans bruits articulés de sens, serait autre chose que la minute consacrée aux morts, mais tout au contraire un temps de joie bleue, rose …
(J’ai déjà le lieu, il me manque d’autres présences disponibles à la boite en calcium pleine d’utopies) ]


Ils ne savaient pas que c’ était impossible alors ils l’ont fait.

L’ART et la PENSÉE – Henri Charlier

Sculpteur et peintre, Henri Charlier évoque dans ce passage de « l’Art et la Pensée » la distance irréductible qui sépare le langage des mots de celui que l’artiste produit à chacune de ses oeuvres.

Le passage mis en grille aurait pu être une déclaration du célèbre amateur de chocolat Lanvin … la plupart des nombreux artistes sont réduits se soumettre à cette contrainte incontournable dans un monde de « concepts en mots« .


« Chez les gens cultivés eux-mêmes, le système de pensée des artistes est rarement compris ; on lui refuse même d’être un système de pensée.
Il y a certes des gens très sensibles aux beaux-arts et dont c’est le moyen normal de penser, même s’ils ne sont pas artistes créateurs. Ils les comprennent directement ; ils n’éprouvent aucun besoin de se les expliquer par des mots, c’est-à-dire de faire une traduction. L’œuvre leur paraît toujours plus riche de sens que les mots. Mais les autres demandent une explication ; ils ne veulent pas croire que mon idée c’est ma statue ; ils veulent qu’elle soit la traduction en pierre d’une de leurs idées verbales

ET SI JE NE LEUR DONNAIS-letex-

Et, suivant qu’ils sont poètes, philosophes, savants, ils demandent une explication poétique, savante ou philosophique. Or, une traduction est impossible ; deux langues différentes appartiennent encore à un même système de pensée, puisque dans l’une et l’autre les concepts se fixent sur des mots qui sont comme les signes du concept [note personnelle : ou paraissent l’être]. Mais dans les beaux-arts, les signes n’ont de sens que par leur place ; ils sont en quelque sorte créés pour chaque cas particulier ; leur généralité vient du rapport qu’ils ont entre eux. »

[pour lire la phrase de la grille, cliquer dessus]


 

Ça sert à quoi tout ça ?

Maxime le Forestier le chantait à propos de la vie.

Assurément
de ce côté là
quand je me suis chauffé 3 minutes au soleil
quand j’ai croisé une demi-seconde un regard chaleureux
quand le rouge-queue prend la peine de répondre à mon sifflement maladroit
quand je reçois dans un espace qui n’existe pas, en provenance d’un lieu dont je ne sais quasiment rien, une nouvelle moisson de cartes postales de la Chine ancienne
quand …
j’ai une foultitude de réponse de ce côté de la question.

Par contre
lorsque je m’interroge (comme bien d’autres) à propos de l’éducation
celle qui se perfectionne autour de nous
je demeure coi.

Fernand Deligny n’a jamais proposé de système
mais la posture qu’il prend
replace la question
en un autre lieu que celui des moyens et des fins qui dépassent l’humain.

« Si tu es instituteur, va te faire refaire. Tu crois à l’efficacité de la morale psalmodiée et, pour toi, l’instruction est chose primordiale.
« Si tu viens travailler avec moi, je te donnerai les diplômés et je me garderai les illettrés.
« Et nous en reparlerons au moment de la moisson.

L INSTRUCTION EST UN OUTIL JE TE L ACCORDE-letex


ne leur apprends pas à chanter si chanter t’ennuie ;
ne te charge pas de leur apprendre à vivre, si tu n’aimes pas la vie.

Il ne faut pas qu’ils regardent les modèles que tu leur proposes, comme un crapaud regarde un papillon.

Ne leur dis pas: est-ce que moi je… Tu es peut-être un adulte modèle; tu n’es certes plus un modèle d’enfant.

Lorsqu’on te parlera de ton dévouement, j’espère que tu en seras bien étonné.
Ou alors change de métier.

Si tu es dégoûté du métier, ne t’embarque pas sur notre bateau, car notre carburant est l’échec quotidien, nos voiles se gonflent de ricanements et nous travaillons fort à ramener au port de tout petits harengs alors que nous partions pour pêcher la baleine.

C’est un métier d’enfant, c’est un métier d’apôtre, un métier d’ajusteur, ou mieux de repasseuse.
Et les plis sont tenaces au corps et à l’esprit des enfants sur lesquels a pesé de toute sa masse inerte une société d’adultes indifférents.»


L’instruction est un outil je te l’accorde, indispensable si tu veux nous,

ce qui nous intéresse, c’est celui qui s’en servira

La fabrique des imposteurs –

Ces lignes de Diderot, extraites du « Neveu de Rameau » sont comme un écho à l’ouvrage dans lequel Roland Gori dénonce « La fabrique des imposteurs« *, c’est à dire la propension que notre monde contemporain a, de susciter le faux … à cela Diderot ajoute celle de susciter le fou (le passage mis en grille est cité par Michel Foucault dans son « Histoire de la folie à l’âge classique »**)


Il n’y a point de meilleur rôle auprès des grands que celui de fou. Longtemps il y a eu le fou du roi en titre; en aucun, il n’y a eu en titre le sage du roi. Moi je suis le fou de Bertin et de beaucoup d’autres, le vôtre peut-être dans ce moment; ou peut-être vous, le mien. Celui qui serait sage n’aurait point de fou. Celui donc qui a un fou n’est pas sage; s’il n’est pas sage, il est fou, et peut-être, fût-il roi, le fou de son fou. Au reste, souvenez- vous que dans un sujet aussi variable que les moeurs, il n’y a d’absolument, d’essentiellement, de généralement vrai ou faux, sinon qu’il faut être ce que l’intérêt veut qu’on soit; bon ou mauvais; sage ou fou, décent ou ridicule; honnête ou vicieux. Si par hasard la vertu avait conduit à la fortune; ou j’aurais été vertueux, ou j’aurais simulé la vertu comme un autre.

ON M A VOULU RIDICULE-letex

 


 

 


 

« La fabrique des imposteurs » (le livre)


**

« Histoire de la folie à l’âge classique » Michel Foucault

Introduction (à la troisième partie)

J’étais pour eux les Petites-Maisons tout entières.

« Un après-midi, j’étais là, regardant beaucoup, parlant peu, écoutant le moins que je pouvais, lorsque je fus abordé par un des plus bizarres personnages de ce pays où Dieu n’en a pas laissé manquer. C’est un composé de hauteur, de bassesse, de bon sens et de déraison. »

Dans le moment où le doute abordait ses périls majeurs, Descartes prenait conscience qu’il ne pouvait pas être fou — quitte à reconnaître longtemps encore et jusqu’au malin génie que toutes les puissances de la déraison veillaient autour de sa pensée ; mais en tant que philosophe, entreprenant de douter, de propos résolu, il ne pouvait être « l’un de ces insensés ». Le Neveu de Rameau, lui, sait bien — et c’est ce qu’il y a de plus obstiné dans ses fuyantes certitudes — qu’il est fou. « Avant que de commencer, il pousse un profond soupir, et porte ses deux mains à son front ; ensuite, il reprend un air tranquille, et me dit : vous savez que je suis un ignorant, un fou, un impertinent et un paresseux »

Cette conscience d’être fou, elle est bien fragile encore. Ce n’est pas la conscience close, secrète et souveraine, de communiquer avec les profonds pouvoirs de la déraison ; le Neveu de Rameau est une conscience serve, ouverte à tous les vents et transparente au regard des autres. Il est fou parce qu’on le lui a dit et qu’on l’a traité comme tel :

« On m’a voulu ridicule et je me le suis fait. » La déraison en lui est toute de surface, sans autre profondeur que celle de l’opinion, soumise à ce qu’il y a de moins libre, et dénoncée par ce qu’il y a de plus précaire dans la raison. La déraison est tout entière au niveau de la futile folie des hommes. Elle n’est rien d’autre peut-être que ce mirage.

*