Année: 2015
LE GRAND MEAULNES – ALAIN FOURNIER – 18
« Sans bruit, tandis que la jeune fille continuait à jouer, il retourna s’asseoir dans la salle à manger, et,…
… Presque aussitôt un des petits qui étaient par terre s’approcha, se pendit à son bras et grimpa sur son genou pour regarder en même temps que lui ; un autre en fit autant de l’autre côté. Alors ce fut un rêve comme son rêve de jadis. Il put imaginer longuement qu’il était dans sa propre maison, marié, un beau soir, et que cet être charmant et inconnu qui jouait du piano, près de lui, c’était sa femme »
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Extrait du roman « Le grand Meaulnes »
de Alain Fournier
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Là aussi c’était fête, mais fête pour les petits enfants.
Les uns, assis sur des poufs, feuilletaient des albums ouverts sur leurs genoux ; d’autres étaient accroupis par terre devant une chaise et, gravement, ils faisaient sur le siège un étalage d’images ; d’autres auprès du feu, ne disaient rien, ne faisaient rien, mais ils écoutaient au loin, dans l’immense demeure, la rumeur de la fête.
Une porte de cette salle à manger était grande ouverte. On entendait dans la pièce attenante jouer du piano. Meaulnes avança curieusement la tête.
C’était une sorte de petit salon-parloir ; une femme ou une jeune fille, un grand manteau marron jeté sur ses épaules, tournait le dos, jouant très doucement des airs de rondes ou de chansonnettes. Sur le divan tout à côté, six ou sept petits garçons et petites filles rangés comme sur une image, sages comme le sont les enfants lorsqu’il se fait tard, écoutaient. De temps en temps seulement, l’un d’eux, arc-bouté sur les poignets, se soulevait, glissait par terre et passait dans la salle à manger : un de ceux qui avaient fini de regarder les images venait prendre sa place…
Après cette fête où tout était charmant, mais fiévreux et fou, où lui-même avait si follement poursuivi le grand pierrot, Meaulnes se trouvait là plongé dans le bonheur le plus calme du monde.
Sans bruit, tandis que la jeune fille continuait à jouer, il retourna s’asseoir dans la salle à manger, et, ouvrant un des gros livres rouges épars sur la table, il commença distraitement à lire.
Presque aussitôt un des petits qui étaient par terre s’approcha, se pendit à son bras et grimpa sur son genou pour regarder en même temps que lui ; un autre en fit autant de l’autre côté. Alors ce fut un rêve comme son rêve de jadis. Il put imaginer longuement qu’il était dans sa propre maison, marié, un beau soir, et que cet être charmant et inconnu qui jouait du piano, près de lui, c’était sa femme…
HARRY DICKSON : DANS LES GRIFFES DE L’IDOLE NOIRE – JEAN RAY – 1
« Si nous montons l’escalier, nous le trouvons dans un état de décrépitude fabuleuse : la rampe est brisée en plusieurs endroits et rafistolée à l’aide de grosses ficelles, des planches mal équarries ont été clouées à même les marches fendues ; par temps de pluie, l’eau tombe en petites cascades le long d’elles, et il est…
…, Personne ne s’avise de leur faire du mal, car sans eux les souris ne laisseraient pas un restant de souper pour le déjeuner des locataires. »
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Extrait de la nouvelle « Dans les griffes de l’idole noire »
de Harry Dickson
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Si nous montons l’escalier, nous le trouvons dans un état de décrépitude fabuleuse : la rampe est brisée en plusieurs endroits et rafistolée à l’aide de grosses ficelles, des planches mal équarries ont été clouées à même les marches fendues ; par temps de pluie, l’eau tombe en petites cascades le long d’elles, et il est impossible de monter jusqu’au dernier étage sans rencontrer au moins une demi-douzaine de chats en rupture de foyer.
Personne ne s’avise de leur faire du mal, car sans eux les souris ne laisseraient pas un restant de souper pour le déjeuner des locataires.
Les chambres affectées à ces derniers ne pourraient être plus sommairement meublées : un lit de fer, une table de toilette, une chaise. Un bougeoir garni figure en supplément sur la note hebdomadaire.
Je me poste à la fenêtre. Il me faut me jeter… – ANNA JOUY
Sur ses terres virtuelles des mots sous l’aube, Anna Jouy
a déposé en ce midi
un peu de révolte face à l’espace contraint
« M’immuniser, prévention avec des sondes tactiles. …

… Laisser la poudrière sentimentale essaimer ses pollens. »
Extrait ( dans « midi »)
de « Je me poste à la fenêtre. Il me faut me jeter…«
de
Anna Jouy
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parcours de lecture
Extrait en clair
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Essai de lecture
Pour dissoudre les mots dans la musique et le ballet des corps, lire aussi de Anna Jouy
TANGO
Je me poste à la fenêtre. Il me faut me jeter dehors, sortir de la tête. La chambre est haute et serrée, un écrou sur le ciel. Je me tiens debout, j’affronte. Surveillante d’une mer de pissenlits et de colza, le jaune arrogant des fausses pagailles de cette campagne nattée de tresses, plantée de lignes parfaites, sillons digitales, tirés au cordeau et qui ne se chevauchent jamais.
M’immuniser, prévention avec des sondes tactiles. Projeter dans l’espace le cœur volage. Laisser la poudrière sentimentale essaimer ses pollens. Voir l’air déglutir lentement ce petit mal de tête et son rhume de paupières. Les essences se libèrent. C’est l’invisible ambiance, l’anémone du dedans bat des cils. Courants d’air.
LA PENSÉE MOLLE – DANIEL ACCURSI – 02
« Aujourd’hui chacun cultive le mou comme son potager. Le mou de la pensée, le mou de la parole, le mou des sentiments.
Culture qui refuse le danger, la polémique, la révolte, le chiendent, qui recherche éperdument l’acquiescement. Celui qui protège, préserve, sécurise…
…, au sam-suffit des retraités de la bien-pensance. »
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Extrait du roman « La Pensée molle»
de Daniel Accursi
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Aujourd’hui chacun cultive le mou comme son potager. Le mou de la pensée, le mou de la parole, le mou des sentiments. Culture qui refuse le danger, la polémique, la révolte, le chiendent, qui recherche éperdument l’acquiescement. Celui qui protège, préserve, sécurise.
Le désaccord fait peur. Grand vent des tempêtes, désert, chute.
L’accord lui, renvoie à l’ordre des pantoufles, à l’ataraxie, à la tranquillité de l’âme, au sam-suffit des retraités de la bien-pensance.
MARYSE HACHE – BALEINE PAYSAGE – 02
« pluie fine sur les rhododendrons / fumée des cigarettes en traînée de bleu gris sur fond de piano laqué noir / des voitures et le bruit des pneus mouillés sur l’asphalte / une lampe allumée — il fait sombre dans cet après-midi de décembre 29 — ...

… / un chat roux se promène sur les lames du parquet de chêne clair / une femme lit diane keaton une fois encore mémoires dans le fauteuil à rayures / dans les étages passé et présent vagabondent / on entend le chant mimosa d’une baleine à bas noir échouée sur le rivage d’une bibliothèque.
Extrait du recueil « Baleine Paysage »
de Maryse Hache
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pluie fine sur les rhododendrons / fumée des cigarettes en traînée de bleu gris sur fond de piano laqué noir / des voitures et le bruit des pneus mouillés sur l’asphalte / une lampe allumée — il fait sombre dans cet après-midi de décembre 29 — sur le meuble laqué blanc / des rêveries bleues ou roses guettent au creux des fauteuils à décor de roses noires / un chat roux se promène sur les lames du parquet de chêne clair / une femme lit diane keaton une fois encore mémoires dans le fauteuil à rayures / dans les étages passé et présent vagabondent / on entend le chant mimosa d’une baleine à bas noir échouée sur le rivage d’une bibliothèque
ZANONI – EDWARD BULWER-LYTTON (sir) – 5
« De toutes les faiblesses qui attirent les railleries des êtres médiocres, aucune n’est aussi bien partagée que la crédulité; ajoutons que la tendance à l’incrédulité est l’indice infaillible d’un cœur perverti et d’un cerveau faible…
…Tous les jours nous entendons de soi-disant savants parler de l’absurdité de l’alchimie et de la fiction de la pierre philosophale »
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Extrait du roman « Zanoni ou la sagesse des Rose-Croix »
de Edward Bulwer-Lytton
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De toutes les faiblesses qui attirent les railleries des êtres médiocres, aucune n’est aussi bien partagée que la crédulité; ajoutons que la tendance à l’incrédulité est l’indice infaillible d’un cœur perverti et d’un cerveau faible.
La philosophie cherche moins à nier qu’à comprendre.
Tous les jours nous entendons de soi-disant savants parler de l’absurdité de l’alchimie et de la fiction de la pierre philosophale, alors que d’autres à l’esprit moins superficiel n’ignorent pas que c’est aux alchimistes que nous devons les plus grandes découvertes qui aient jamais été faites.
Plus d’un texte, aujourd’hui obscur, pourrait, si nous avions la clef du langage symbolique qu’ils ont été obligés de conserver, mettre sur la voie de découvertes scientifiques plus précieuses encore.
CAMPEMENT – ANDRÉ DHOTEL – 06
… Sur les maisons, il est tombé quelques flocons de neige.. »
Extrait du roman « Campement »
de André Dhotel
Parcours de lecture
En clair
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Un peu au-delà de l’extrait
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Autour de la place il y a quelques marronniers dont les feuilles depuis longtemps se sont en allées par les trois chemins.
Sur les maisons, il est tombé quelques flocons de neige.
Jusqu’aux combles de la grange, une échelle longue, fragile et tordue, monte.
Sept heures viennent de sonner? C’est dimanche : aucune âme, aucun paroissien ne s’est encore hasardé sur le sol fabuleux.
LA JEUNE FILLE A LA PERLE – CHEVALIER TRACY – 1 –
« Chaque jour, je devrais faire la lessive, l’eau et le savon me crevasseraient les mains, j’aurais le visage tout rouge à force de me pencher au-dessus de la lessiveuse bouillonnante, j’aurais les bras brûlés par le fer à repasser. Mais …
… Le linge devrait tremper pendant une journée avant que je puisse le laver. Dans le débarras par lequel on accédait à la cave, je trouvai deux brocs en étain et une bouilloire en cuivre. Je pris les brocs et suivis le long couloir jusqu’à l’entrée de la maison.«
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Extrait du roman « La Jeune Fille à la perle »
de Tracy Chevalier
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Tanneke se rengorgeait de son propre zèle. « En général, la jeune maîtresse les fait presque toutes, mais quand elle est enceinte elle ne mange plus ni viande ni poisson cru. Et c’est souvent, ajouta-t-elle en un murmure. Tu devras donc te rendre au marché pour acheter la viande et le poisson, ça sera une autre de tes tâches. » Là-dessus, elle me laissa à la lessive. Avec moi, nous étions dix à la maison, dont un bébé qui se salissait plus que nous tous. Chaque jour, je devrais faire la lessive, l’eau et le savon me crevasseraient les mains, j’aurais le visage tout rouge à force de me pencher au-dessus de la lessiveuse bouillonnante, j’aurais les bras brûlés par le fer à repasser. Mais j’étais nouvelle et j’étais jeune, aussi devais-je m’attendre à ce que l’on me donne les tâches les plus dures.
Le linge devrait tremper pendant une journée avant que je puisse le laver. Dans le débarras par lequel on accédait à la cave, je trouvai deux brocs en étain et une bouilloire en cuivre. Je pris les brocs et suivis le long couloir jusqu’à l’entrée de la maison.
LE JOURNAL D’ANNE FRANK – ANNE FRANK – 03
« Avec mes professeurs, je m’entends assez bien, il y en a neuf en tout, sept hommes et deux femmes. M. Keesing, …
« … après une série d’avertissements, j’ai fini par me faire punir. Une rédaction avec pour sujet : « Une pipelette. »
Une pipelette, qu’est-ce qu’on peut bien écrire là- dessus ? … »
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Extrait du « Journal d’Anne Frank »
de Anne Frank
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Avec mes professeurs, je m’entends assez bien, il y en a neuf en tout, sept hommes et deux femmes.
M. Keesing, le petit vieux des mathématiques, était très en colère contre moi pendant un moment parce que je bavardais sans arrêt, après une série d’avertissements, j’ai fini par me faire punir. Une rédaction avec pour sujet : « Une pipelette. » Une pipelette, qu’est-ce qu’on peut bien écrire là- dessus ? On verrait plus tard, après avoir noté la punition, j’ai remis mon cahier de texte dans mon cartable et j’ai essayé de me tenir tranquille.
Le soir, tous mes devoirs terminés, mon regard est tombé sur le sujet de la rédaction. En suçotant le bout de mon stylo, je commençai à réfléchir au sujet ; raconter n’importe quoi en écrivant le plus gros possible, c’est à la portée de tout le monde, mais trouver une preuve convaincante de la nécessité du bavardage, voilà le grand chic. A force de réfléchir, j’ai eu soudain une idée et j’ai rempli les trois pages imposées, plutôt contente de moi. Comme arguments, j’avais avancé que bavarder est le propre des femmes, que j’allais faire de mon mieux pour me contrôler un peu, mais que je ne pourrais jamais me défaire de cette habitude, étant donné que ma mère était aussi bavarde que moi, sinon plus, et que l’on peut difficilement changer les caractères héréditaires.
Mes arguments ont beaucoup amusé M. Keesing, mais quand j’ai repris mon heure de bavardage au cours suivant, la deuxième punition est tombée. Cette fois, le sujet était : « Une pipelette incorrigible. » J’ai remis ce second devoir et, pendant deux cours, Keesing n’a pas eu à se plaindre. Mais au cours d’après, il a trouvé que je recommençais à dépasser les bornes. « Anne Frank, comme punition pour bavardage, vous me ferez une rédaction sur le sujet : « Coin, coin, coin », dit Mademoiselle Cancan. » Toute la classe a éclaté de rire. Moi aussi, même si mon imagination s’épuisait sur le thème du bavardage. Il fallait trouver autre chose, qui sorte de l’ordinaire.
Mon amie Sanne, une poétesse de talent, me proposa de m’aider à mettre la rédaction en vers de la première à la dernière ligne. Je jubilais. En me donnant ce sujet idiot, Keesing voulait se payer ma tête avec mon poème on verrait bien qui rirait le dernier.















