« La grande beuverie » – René Daumal – Dialogue laborieux – 3 –

La grand beuverie - en Calabre

Tout ce qui est sans chair et sans émotion vraie, en prend pour son grade dans cette oeuvre truculente.


Dialogue laborieux – 3 –
Daumal évoque l’état
que nous considérons comme
conscient

et qui n’est selon lui que

 


« Faute de direction, nous étions emportés au gré des mots, des souvenirs, des manies, des rancunes et des sympathies. Faute d’un but, nous perdions le peu de force de nos pensées à enchaîner un calembour, à dire du mal des amis communs, à fuir les constatations désagréables,  »…

  

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à chevaucher des dadas, à enfoncer des portes ouvertes, à faire des grimaces et des grâces.»

____________

L’essai de demeurer conscient à soi-même
pendant plus d’une minute
suffit à comprendre
à quel point
comme dit « … »
la plupart du temps
nous ne pensons pas

cela pense en nous.


Dialogue laborieux 3,  complet (au format pdf) Dialogue Laborieux 03

La beauté / la grâce

Il est bien plus facile à la science de définir pour l’art (qui n’en demandait pas tant*), les divines pro-portions ou les canons de la beauté
que de donner la moindre indication à propos de ce qui, dans le déséquilibre et le défit à ces normes produit un frémissement aux caractéristiques tout à fait aléatoires, du coeur à la peau.
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L’image de synthèse, la musique qualité cd, ont longtemps fasciné du fait de la disparition, du grain, de la poussière.

Mais c’est une amplitude excessive (dosée) des hanches (d’un tissus) …, une note un peu en avance, en retard par rapport à la norme de la partition …, qui créent la grâce.

[ceci n’est bien sur
– tout comme un poison –
utile/vrai qu’en quantité infime]


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La beauté est souvent le résultat d’un effacement.
La grâce est toujours celui d’un ajout.


Dans une époque frileuse, craintive
et dont
toutes les expressions vitales sont scientifiquement normées
on préférera bien entendu
la beauté à la grâce.


* Je ne parle pas ici des artistes. Chez eux, les avis sont … très partagés.

VOUS VIVEZ DANS QUEL MONDE ? – CHRISTINE ZOTTELE – 4 – « Après Rimbaud tu peux mourir »

Christine Zotelle explore les zones d’ombre du monde réel; celui ou nous vivons,
bien loin de … « plus belle la vie « … des autres.


Dans quel monde vous vivez - couverture« À la question « Dans quel monde vous vivez ? » je fais différentes réponses, selon les jours, selon mon humeur, selon la météo… Différentes réponses tout aussi vraies les unes que les autres. Je crois qu’il en va ainsi pour chacun d’entre nous : nous vivons tour à tour dans plusieurs mondes. Plus ou moins vivants.

Pour ma part, le monde du collège (…) me fait vivre et me permet de rejoindre d’autres mondes.

Le monde noir, blanc et silence des pages imprimées, par exemple. Depuis longtemps, depuis l’enfance, mon refuge et mon voyage. Dans le monde de la fiction, nous vivons plus intensément, plus fort, plus libres et tout fait sens. Libre à nous d’en sortir à notre gré.

Le monde où je vis s’écrit aussi. (…).

Bref, quelle était la question ? Dans quel monde vous vivez ? Je vis dans le vaste monde. Je vis dans un monde qui ne se pose pas de questions et ça me pose question. Je vis dans un monde de certitudes et je crois que ce n’est pas mon monde préféré. Je vis dans un monde noir, blanc – et cependant haut en couleurs – et silence.« 

Christine Zottele

disponible aux éditions QazaQ (de Jan Doets)  ici


[des instants uniques
où ce qui se dit
s’écoute.] 


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(grille simple
à cliquer)

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Extrait du recueil de nouvelles
« Vous vivez dans quel monde ? » de Christine Zottele 

 « Après Rimbaud tu peux mourir »

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Itinéraire de lecture

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En clair

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 Extrait plus long

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Lecture qui inclut ce passage


N’hésitez pas à signaler une erreur 


Tu batailles avec ce passage.  Tu as perdu le rythme et la cohérence de ton récit en imaginant cette expérience de dédoublement au seuil de la mort. Tu ne connais pas l’état du garçon. Peut–être est–il mort à l’heure actuelle, certaines informations ont fuité en ce sens. Ce n’est pas ce que tu cherches. Tu ne vois plus la scène. Ce garçon est trop jeune, trop rom, trop loin de toi et de ton univers. Un pauvre gamin battu à mort par d’autres pauvres gamins. Un misérable tué par d’autres misérables. Hey ! Père Hugo, reviens terminer le travail! Comment lui faire dire je? Tu n’arrives pas à trouver la voix.
Comme avec tes élèves. La voix qui permettrait qu’ils t’entendent. Pourtant dans tes classes, tu en as des Darius, Kevin, Stella, Stephen qui font ce qu’ils peuvent, mais le français, monsieur, c’est pas notre truc, c’est trop dur. Toutes ces règles. Et dans le foot, il n’y en a pas des règles? Comment jouer ensemble si on n’a pas les mêmes règles? Comment vivre ensemble si on n’a pas les mots? Tu leur dis. Mais non, la plupart ont capitulé déjà en 5e. Avec la poésie, z’y va, oui parfois, un miracle survient. Tu vois les yeux de certains s’ouvrir comme des oreilles. Quelque chose les touche. Simplement parce que tu as trouvé la voix. La voix et le toucher. Certains appellent ça la grâce. Toi, tu dis le toucher, car tu ne crois pas que ça vienne du haut ou de l’extérieur. Ça vient de ton corps. Ton corps fait passer Rimbaud en eux. Par les soirs bleus d’été, j’irai par les sentiers… 
C’est ça que tu cherches maintenant dans l’écriture. Impuissant. Tu as mis trop d’écrans entre toi et ce pauvre gamin. Tu as suivi l’errance possible de D. dans le quartier des poètes sur Google street view.  Avant cela, tu as reconstitué son itinéraire de Roumanie en France. Sur ton bureau, éparpillés, une cinquantaine de pages de notes sur ce sujet, d’articles de journaux. Au moment d’écrire cette scène capitale, tu bloques. Tu t’obstines à penser avec ta tête au lieu de suivre ton corps. Ton corps, là, maintenant, il te dit de lever ton cul, de te bouger, d’aller marcher, et pas dans la nature, non… C’est quoi ton sujet? Tu cherches quoi? Qu’est–ce que tu veux faire passer à tes lecteurs? D’abord, ce fait divers, en quoi ça te concerne? Pourquoi celui–ci plutôt qu’un autre? Qu’est–ce qui te gêne, toi? Tu dis que c’est l’oubli que tu ne te résignes pas à accepter. On en a parlé pendant une semaine et puis plus rien. Une nouvelle information spectaculaire a déjà pris le relais. Pourquoi ne parles–tu pas des jeunes lycéennes nigérianes enlevées par la secte Boko Haram?  Le monde joue une tragédie shakespearienne mais sans le génie de Shakespeare: les coups de théâtre se succèdent sans jamais aboutir à un dénouement. Dans une pièce que tu as vue à Avignon ces derniers jours, l’un des comédiens disaient: il faut d’abord apprendre à dire je avant de dire je t’aime. Oui c’est ça, c’est exactement ça.