« La grande beuverie » – René Daumal – Dialogue laborieux – 8 –

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La grand beuverie - en Calabre

Tout ce qui est sans chair et sans émotion vraie, en prend pour son grade dans cette oeuvre truculente.


Dialogue laborieux – 8–
L’art de l’explication
ne désaltère pas.

 


«J’éternuai. Quinze paires d’yeux me regardèrent sévèrement. Le temps que je me dise : « C’est ça qu’on appelle des yeux en boules de loto, bien que le loto soit désormais un jeu archaïque comme le bézigue, l’oie, la migraine, le suivez-moi-jeune-homme, le nez de Cléopâtre… », le temps que je laisse dégouliner mes guirlandes de mots familiers, tout le monde avait eu le temps de boire trois coups pour dissiper le malaise. »…

  

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Pour moi, c’est le gosier sec que je dus souffrir les explications qui suivirent. »

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René Daumal semble partager
l’aversion que Joseph Jacotot *
a toujours manifesté
contre
l’explication.
Ce moment où l’on prétend
déplier l’intérieur d’un problème
à la manière de celui qui dissèque un cadavre
et en donner la solution.
Alors qu’en réalité
on s’arrête à la première phase

il en sera question plus loin
chez les Scients


Dialogue laborieux 8,  complet (au format pdf) Dialogue Laborieux 08

 


* Merci encore mille fois à Viviane Lamarlère qui a mis à disposition les textes de ce merveilleux pédagogue (qui n’a jamais dissocié le savoir des circonstances où il peut naître dans la personne) dont celui-ci.

« La grande beuverie » – René Daumal – Avant propos

La grand beuverie - en Calabre

Tout ce qui est sans chair et sans émotion vraie, en prend pour son grade dans cette oeuvre truculente.

Plus que jamais, dans notre société qui court-circuite l’être, le monde réel, (et nous avec) est mis au placard.
René Daumal décrit l’intérieur de ce placard avec sa population de 
– découpeur de poil de lapin en quatre : les Scients
– aplatisseurs de mots en galette fine … mais étendue : les Sophes
– extracteurs de bout de pensée à projeter sur une toile, du bronze ou même du néant : les fabricateurs d’objets inutiles.
– …

Mais il ne se contente pas de cela (ce n’est pas un re-bêle)
il nous donne aussi des pistes pour en sortir…de ce placard et retrouver l’espace libre où étendre nos bras, nos émotions, nos pensées.


Première page du livre
René Daumal s’emploie
dans un « avant-propos pouvant servir de monde d’emploi »
à décourager le lecteur
qui se serait trompé de livre
en lisant le titre
ou
en pensant
après une brève note sur l’auteur
qu’il allait lui donner un accès aisé à …

 


« Je nie qu’une pensée claire puisse être indicible. Pourtant l’apparence me contredit : car, de même qu’il y a une certaine intensité de douleur où le corps n’est plus intéressé, parce que s’il y participait, fût-ce d’un sanglot, il serait, semble-t-il, aussitôt réduit en cendres, de même qu’il y a un sommet où la douleur vole de ses propres ailes, ainsi il y a une certaine intensité de la pensée où les mots n’ont plus part. »…

  

LES MOTS CONVIENNENT-let


 

LES MOTS CONVIENNENT-image


Les mots conviennent à une certaine précision de la pensée, comme les larmes à un certain degré de la douleur.  »

____________

Qui s’en sortira sans trouble ?
de ce passage où René Daumal
dit la chose
– l’impuissance partielle du langage –
et son contraire.


L’introduction complète (au format pdf) Avant propos

Science et Vie …

SON IMPUISSANCE LUI INTERDISANT-letexx*
René Daumal
évoquait une étymologie
(par sympathie)
qui convenait mieux
au mot science
que le lointain sapience

il s’agirait de
scire (scier).

*


SON IMPUISSANCE LUI INTERDISANT-letex

« Les Scients prétendent que leur nom vient du latin scire, sciens, de même que le mot science, et qu’il est synonyme de savants. En réalité, ils’apparente à scier, les Scients s’occupant principalement à tout scier,hacher, pulvériser et dissoudre. Les Sophes font venir leur nom de celui de Sophie, qui est leur déesse, célèbre par ses malheurs et ses avatars.On a prouvé qu’en fait le mot n’était qu’une corruption de « sauf »,surnom que les sages leur donnaient jadis pour résumer certaines devises qu’on leur attribuait par dérision, telles que : «je sais tout, sauf que je ne sais rien », «je connais tout, sauf moi-même », « tout est périssable, sauf moi », «tout est dans tout, sauf moi », et ainsi de suite.

– Un lapin et de l’encre rouge! Cria soudain le Professeur en se tournant vers ses assistants. L’un d’eux ouvrit sa valise et en sortit par les oreilles un magnifique lapin russe qui gigotait et grinçait des dents. Un autre apporta un petit baquet de tôle et y mélangea de l’eau avec une poudre rouge.On immergea le lapin et on le sortit écarlate du bain. On l’égoutta, et leProfesseur le souleva à bout de bras par les oreilles.Qu’est-ce que je tiens là ? me demanda-t- il.Un lapin teint en rouge.

Non, jeune homme, non. Ce sont au moins deux cents lapins rouges,comme vous allez voir si vous suivez la bête dans toutes les aventures qui vont lui arriver. Nous allons bientôt pénétrer dans un établissement que j’ai fait aménager pour mes études, sous un prétexte de philanthropie. Des Scients de toute espèce y travaillent à la chaîne. Nous allons leur livrer ce lapin rouge. Vous verrez que chacun aura son lapin et qu’il restera peut-être encore de quoi faire un civet.
Je me laissai conduire. Nous entrâmes dans une galerie qui allongeait devant nous à perte de vue une enfilade de tables de laboratoires.Tous les dix ou douze pas, un Scient vêtu de blanc attendait, armé oud’un scalpel, ou d’une balance, ou d’un chalumeau, ou d’un calorimètre,ou d’un microscope, chacun enfin avec son instrument particulier qu’il ne m’était pas toujours possible de nommer.
– Ils sont à jeun, me dit le savant vieillard.Ils n’ont encore rien eu à se mettre sous l’entendement de toute la journée. Vous allez les voir à la fête.
Il monta sur un petit socle de marbre établi près de l’entrée et, d’une voix claironnante, il annonça :– Messieurs, la chasse de Pan est ouverte !On entendit un roulement de murmures de satisfaction s’enfuir à perte d’oreille, refluer doucement, s’éloigner encore, onduler, s’étaler,s’apaiser et s’éteindre.Dans la gravité du silence Mane, le Professeur Mumu jeta le lapin rougesur la première table.Le premier Scient bondit sur la proie et fit entendre un sifflement admiratif. Il mit l’animal au centre d’un petit labyrinthe aménagé sur le sol avec des planches, disposa sur son passage un brin d’herbe, un fil électrisé, une tasse de lait, un miroir et encore d’autres objets, et se mit à chronométrer les faits et gestes du lapin rouge. Puis il le passa à son voisin et se plongea dans l’étude de ses chronométrages.Le deuxième Scient photographia le lapin sous tous les angles possibles.Le troisième l’égorgea et enregistra ses cris au phonographe.Le quatrième le ressuscita et nota sa tension artérielle.Le cinquième le re-tua et recueillit une goutte de sang qu’il déposa dans un verre.Le sixième le radioscopa.Le septième lui coupa une tranche de poil qu’il plaça sous son microscope.Le huitième le pesa et lui prit un fragment de cervelle.Le neuvième le mesura dans toutes ses dimensions.

 –
Le quarante-sixième lui enleva le cœur qu’il fit revivre sur une soucoupe.
Le quarante-septième l’interrogea sur son histoire et sur ses ascendants et, n’ayant pas de réponse, il en improvisa lui-même.
…………………
……………………………………………Le cent unième lui arracha les dents.Le cent deuxième lui donna un nom abracadabrant.Le cent troisième se mit à étudier l’étymologie et la sémantique de cenom.
Le cent quatrième entreprit de compter les poils.Le cent cinquième, impatienté, inventa une machine à compter les poils et la passa au cent sixième.Le cent sixième démonta la machine et en transmit les pièces au suivant.Le suivant remonta les pièces dans un autre ordre et chercha à quoi cette nouvelle machine pourrait servir.Je n’eus pas le courage d’en voir plus long.J’étais surtout en rogne contre le Professeur Mumn.– Il s’est moqué de moi. II m’avait promis un civet. Maintenant, allez donc retrouver le lapin !  » Mais je me fis entendre raison en me disant que je n’aimais pas beaucoup le lapin, surtout sans boire.Le Professeur Mumu me rejoignit. 
– Eh bien, me dit-il, ils l’ont eu, leur lapin rouge! Mais il faut surtout les voir quand on leur donne un homme,· à ces faillis cannibales. D’un seulhomme ils en font mille :homo œconomieus, homo politieus, homo physico-ehimicus, homoendoerinus, homo squelettieus, homo emotivus, homo percipiens, homolibidinosus, homo peregrinans, homo ridens, homo ratioeinans, homoartifex, homo aesthetieus, homo religiosus, homo sapiens, homohistorieus, homo ethnographiecus et encore bien d’autres. Mais au boutde la chaîne de mon laboratoire est installé un Scient unique en son genre. Trois mille cerveaux en un seul. Sa fonction est de rassembler toutes les observations et toutes les explications couchées par écrit par les Scients spécialisés. En ayant fait la somme, il est persuadé qu’il tient dans son entendement le lapin rouge ou l’homme total et essentiel.D’ailleurs, vous pouvez le voir d’ici », acheva-t-il en faisant signe à un de ses assistants qui m’apporta une paire de jumelles.Par la lorgnette, je vis en effet, à l’extrême bout de la galerie,l’Omniscient. C’était un globe crânien énorme avec un petit visage amorphe et chiffonné, qui me parut accroché par les oreilles aux deux boules d’ébène surmontant le dossier d’un trône élevé. Pendeloquant sous la tête, un petit pantin d’étoffe laissait traîner des pantalons videssur le velours cramoisi du siège. Le petit bras droit était maintenu levé par un fil de fer et l’index s’appuyait sur la tempe dans le signe du savoir.Au-dessus du trône courait une banderole portant cette inscription :
JE SAIS TOUT, MAIS JE N’Y COMPRENDS RIEN
Saisi de respect et d’effroi, je posai vite les jumelles et demandai auProfesseur :
– Mais l’homme lui-même, que devient-il après cet examen ?
L’homme lui-même, comme le lapin rouge tout à l’heure, est toujours, « en cours de route, oublié dans une boîte à ordures. »

SON IMPUISSANCE LUI INTERDISANT-s

MARTINE CROS – Autoportrait à l’aimée – 1

Autoportrait à l'aimée - couverturePublié en numérique
aux éditions Qazaq 
(Isba des cosaques des frontières)
dans ce qui devient peu à peu une « collection » poésie
« Autoportrait à l’aimée de Martine Cros »

L’oeuvre est disponible aux éditions Qazaq (Jan Doets)  ici

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J ECHOUE SUR UNE - letcr11


 
Extrait du recueil de poésie
« Autoportrait de l’aimée»
de Martine Cros

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parcours de lecture

J ECHOUE SUR UNE - s

En clair (sur babelio)

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j’échoue sur une terre
où je ne suis
aucun mot
l’amour a inondé ma voix

LA MONTAGNE MAGIQUE – THOMAS MANN – 04

IL S AGIT SURTOUT POUR LUI DE PARLER TANT IL FAIT BIEN SAUTER ET ROULER LES MOTS AUSSI ELASTIQUES QUE DES BALLES

Extrait du roman « La Montagne magique »
de Thomas Mann

Parcours de lecture
IL S AGIT SURTOUT POUR LUI DE PARLER TANT IL FAIT BIEN SAUTER ET ROULER LES MOTS AUSSI ELASTIQUES QUE DES BALLES-s

L’extrait sur babelio

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il s’agit surtout pour lui de parler, tant il fait bien sauter et rouler les mots, aussi élastiques que des balles.