PLANÈTE POLLUÉE – Paul BERA – 03

Planète polluée - couverture
[Il y a près de 50 ans, Paul Bera écrivait dans la collection fleuve noir (troisième version de la couverture N°623) un roman d’anticipation qui évoquait déjà les problèmes dans lesquels (une partie de) l’humanité se débat, en rapport avec la pollution croissante de l’environnement de la vie actuelle (plantes, animaux, dont l’homme) :]

Le héro a perdu sa mère dans des circonstances tragiques en rapport avec ceux que les gens des Clans nomment les masques.
A son tour l’enfant (narrateur) va être pris en chasse. Il va alors faire une découverte sur lui-même.


 

« Derrière moi, les autres se rapprochaient. Toujours sans un cri, sans un appel. Et je savais pourquoi : les masques ! Sans doute hurlaient-ils leur joie… mais les masques ne laissaient pas filtrer les sons.

Ils tirèrent. Trois flèches tombèrent derrière moi, sans force. Je ne me faisais aucune illusion. Une minute encore et j’étais atteint à la fois devant, derrière et sur le flanc gauche.

Une fois de plus, je pensai à Mama. Comme elle ! J’allais mourir comme elle ! Jusqu’alors, j’avais détesté les Masques. Un peu comme on peut détester un maître brutal. Désormais, je les haïssais. Je me dis que si je m’en tirais encore une fois, je consacrerai ma vie à exterminer les Masques. Imbécile ! Avec quoi ? Avec tes mains nues ? Avec un gourdin de bois mort, contre leurs flèches ?

Je ne pouvais plus hésiter. Ils allaient m’atteindre.   …

04-JE SERRAI LES DENTS-le

(Ou P G)

*

C’est alors que je compris que je n’étais pas tout à fait comme les autres.

Logiquement, j’aurais dû perdre le souffle dès les premiers pas, ouvrir la bouche toute grande afin d’essayer d’aspirer un peu d’air sain, puis m’écrouler, terrassé par l’atmosphère empoisonnée.

Or je continuais à courir, pataugeant dans la boue jusqu’aux chevilles, m’enfonçant parfois jusqu’à mi-mollet. Je courais, droit devant moi, sur l’immense surface nue du Marais-où-l’on-meurt. Et je ne tombais pas. Et je respirais sans trop de difficultés…

Certes, je m’essoufflais, je le sentais, mais je vivais, je ne tombais pas ! Je me retournai. Les Masques ne me poursuivaient pas. Ils gesticulaient à l’entrée du marais. Ils ne pouvaient se comprendre que par gestes, à cause des masques.

Il me semblait que j’étais à leur place. « Comment ? Il s’engage dans le Marais-où-l’on-meurt, il n’a pas de masque… et il ne tombe pas ? »   …

05 - EH BIEN ! NON -le

(Ou P G)

*

Le marais s’étendait devant moi jusqu’à l’infini, semblait-il. Parce que j’étais passé plusieurs fois sur l’autre rive et que j’en avais fait le tour, je savais qu’il me faudrait plusieurs heures pour le traverser. Et j’étais tellement frappé par ma découverte que je n’avais nulle envie de perdre des heures !

De nouveau, je regardai les Masques. Ils ne bougeaient plus. Immobiles, ils étaient tournés vers moi. L’un d’eux banda son arc, mais secoua la tête, haussa les épaules et ne tira pas. À quoi bon ? J’étais quatre fois trop loin.

Ils ne faisaient pas mine de me poursuivre. C’est qu’ils savaient qu’ils n’avaient aucune chance de me rattraper. Cette fois, je n’étais pas cerné. J’avais l’infini devant moi.

Je m’assis. Tout nu, dans la boue. Oui, je sais. Plus tard, j’ai eu conscience de ce que cette attitude présente « d’inconvenant » chez un être civilisé. Assis, nu, dans la boue d’un marais.

Mais je n’étais pas civilisé. Je vivais dans mon Clan, avec les autres. Nu parce que les autres l’étaient et parce que nous ne pouvions pas ne pas l’être. Les vieilles légendes faisaient mention d’une époque où les humains confectionnaient des « tissus », généralement à l’aide de fibres de plantes. Mais les plantes n’avaient plus de fibres. Je le savais d’autant mieux que, je l’ai déjà dit, je les connaissais toutes. Les Anciens prétendaient qu’ils avaient entendu dire à leurs propres Anciens que peu à peu toutes les plantes étaient mortes, y compris les grands arbres de la forêt. Alors, lentement, une nouvelle vie végétale s’était développée ; mais avant que l’on puisse déterminer les espèces comestibles et en récolter suffisamment, des milliers et des milliers d’humains avaient péri de faim. Comme ces plantes nouvelles étaient pour la plupart des algues, elles ne possédaient pas de tissu ligneux.

Je réfléchissais. Une parenthèse encore. Quand je dis « je n’étais pas civilisé », cela n’implique pas que je n’étais pas instruit. Je savais beaucoup de choses que m’avaient enseigné les Anciens. Beaucoup. Plus tard, je remarquai que, bien que sur des points très différents, j’en savais autant, voire plus que les Masques. »

PLANÈTE POLLUÉE – Paul BERA – 02

Planète polluée - couverture[Il y a près de 50 ans, Paul Bera écrivait dans la collection fleuve noir (troisième version de la couverture N°623) un roman d’anticipation qui évoquait déjà les problèmes dans lesquels (une partie de) l’humanité se débat, en rapport avec la pollution croissante de l’environnement de la vie actuelle (plantes, animaux, dont l’homme)]

Après un court et brutal prologue, celui qui va à présent raconter l’histoire de sa vie, (ou tout du moins de la partie décisive de celle-ci, pour lui, et pour l’humanité,)évoque son enfance, dans un épisode particulièrement douloureux …
Mais on perçoit déjà le caractère particulier des survivants qui vivent dans « les Clans »


« Il m’a fallu bien longtemps pour comprendre que je n’étais pas tout à fait comme les autres : un peu plus de dix-huit ans. Et encore ç’a été par hasard et pour échapper aux flèches des Masques !

Mama était morte quand je commençais à me débrouiller tout seul ; je devais avoir dix ou douze ans et je savais trier les plantes. J’étais trop jeune, bien sûr, pour chasser, mais les plantes, ça me suffisait. Depuis, j’ai changé d’idée et j’aime bien un bon morceau de viande saignante.

Oui, Mama était morte et, bien entendu, elle avait été abattue par les Masques et elle s’était laissé abattre volontairement pour me sauver, moi, son fils. Comme presque toutes nos marnas.  …

02-ELLES ÉCHAPPENT DIX FOIS-le(Ou P G)

*


Ils avaient couru derrière elle, d’abord sans tirer : ils préfèrent égorger leur proie à l’arme blanche. Mais elle avait beau être très fatiguée et probablement malade – le sang suintait parfois de grosses boules qu’elle avait sur les jambes – elle courait plus vite qu’eux ! Les Masques, c’est bien connu, et c’est une chance pour nous, n’ont aucune résistance physique. Cent pas à la course et les voilà épuisés !

Moi, j’étais caché dans la grotte et je savais qu’ils ne m’y découvriraient pas car ils n’ont aucun flair et je regardais… Et je savais aussi que pour rien au monde Mama ne reviendrait se cacher avec moi, car ils l’auraient suivie et elle les aurait ainsi guidés jusqu’à moi.

Elle avait donc obliqué vers le Marais-où-l’on-meurt. Oh ! j’en avais vu d’autres qu’elle périr dans ce marais et, parfois, parce qu’ils s’y étaient engagés par inattention alors qu’aucun Masque ne les pourchassait !

Ne croyez pas que l’on s’enfonçait dans la boue traîtresse ou dans des sables mouvants. De telles boues, de tels sables, ça existe chez nous, mais précisément pas dans le Marais-où-l’on-meurt ; le sol y est relativement stable.

Mais on ne peut pas y respirer ! La vase verdâtre est gonflée par d’énormes bulles qui crèvent avec un bruit ridicule et l’atmosphère est totalement irrespirable. Les Masques s’en moquent et passent là sans dommages. Nous, non.

J’ai vu Mama qui courait en zigzaguant, parce qu’elle savait que d’un moment à l’autre les Masques, comprenant qu’elle allait leur échapper, tireraient sur elle avec leurs arcs. Ah ! si je pouvais m’emparer d’un de ces arcs ! Ils les font avec du métal, j’en suis sûr, puisqu’il n’y a plus de bois flexible.

Et je comprenais la tactique de Mama… Si elle pouvait arriver à la lisière du Marais-où-l’on-meurt sans être atteinte, elle obliquerait à gauche et la forêt pétrifiée était tout près de là. Une fois dans la forêt, elle leur échapperait sans peine.

Les flèches commencèrent à voler. Les Masques s’étaient déployés en une longue ligne de tireurs et je sus tout de suite que Mama était perdue parce qu’ils avaient compris ce qu’elle tentait de faire. La longue ligne de tireurs se refermait du côté de la forêt…

Mama comprit qu’elle ne pouvait plus passer. Trop tard. Accepter les flèches des Masques ? Elle savait, comme moi, comme nous tous, que les Masques ne la tueraient pas tout de suite, qu’ils s’acharneraient sur elle, qu’elle souffrirait atrocement. Alors que le marais, là, tout près, c’était la mort quasi instantanée. Oh oui ! nous en avions vu mourir, des nôtres, dans le marais ! Après quelques pas, ils s’immobilisaient, ouvraient la bouche toute grande, respiraient deux ou trois fois… et s’effondraient, inertes. Fini. Alors que tomber entre les mains des Masques …

03-JE SAVAIS QU’ ELLE-le(Ou P G)

*

Parce que ç’aurait été donner une indication aux Masques qui allaient certainement me chercher.

Elle fonça vers le marais. Aurait-elle le temps de l’atteindre ? Plusieurs flèches l’avaient déjà frôlée… Je ne sais pourquoi, je me dis que les Masques étaient de bien piètres tireurs et que, moi, à leur place… Et je ne me trompais pas ! Plus tard, j’en acquis la certitude : ils n’avaient pas la force physique suffisante pour tendre leurs arcs ! Et je devais comprendre pourquoi quelques années plus tard, quand j’entrai dans le Terrier.

Mama abandonnait le terrain rocheux et fonçait dans le marais dont la surface nue se boursouflait au soleil.

Elle fit cinq ou six pas, puis ouvrit la bouche toute grande, respira deux ou trois fois… et tomba face contre terre, juste au moment où une flèche l’atteignait. Trop tard pour la flèche. Les Masques devaient être très déçus…

Ils s’engagèrent dans la boue, se penchèrent sur le corps de Mama. L’un d’eux essaya de la soulever par les épaules, ne put y parvenir. D’ailleurs, il dut constater qu’elle était morte, car il écarta les bras en un geste d’impuissance et de colère.

Ils revinrent sur le sol ferme et commencèrent à me chercher.

Et, bien entendu, ils ne me trouvèrent pas.

PLANÈTE POLLUÉE – Paul BERA -01

Planète polluée - couvertureIl y a près de 50 ans, Paul Bera écrivait dans la collection fleuve noir (troisième version de la couverture N°623) un roman d’anticipation qui évoquait déjà les problèmes dans lesquels (une partie de) l’humanité se débat, en rapport avec la pollution croissante de l’environnement de la vie actuelle (plantes, animaux, dont l’homme) :

Dans un prologue, deux personnes patrouillent dans un vaisseau spatial pour mettre à jour la cartographie du ciel. Et notamment, vérifier l’évolution des planètes habitées.

En ce qui est d’ordinaire un travail de routine particulièrement monotone …

 


En effet, un seul coup d’œil suffit. Gork tressaillit.

La photo montrait deux calottes polaires toutes blanches, couvertes de glace ou d’un gaz solidifié.

Or, sur l’image qu’il apercevait sur l’écran, il n’y avait pas la moindre trace de calottes polaires. Il siffla longuement. Ces missions de routine étaient calculées de façon à étudier les planètes toujours à la même époque, par rapport bien sûr à la planète elle-même. L’étoile mère n’avait connu aucune modification appréciable. Il ne pouvait donc s’agir d’une fonte des glaces due à un phénomène saisonnier.

— Combien de temps ? demanda-t-il.

— Faudrait le calculer, répondit-elle. Mais, d’après notre temps à nous, ça correspond tout au plus à deux ou trois cents révolutions de ce globe autour de son soleil.

De nouveau, il sifflota.

— Donc, catastrophe et non évolution naturelle, conclut-il.

Elle hochait la tête et ajoutait :

— Regarde… Là !

Du doigt, elle montrait les Instructions au niveau du numéro accordé à la planète insolite. À droite, dans un petit rectangle, il y avait un signe ; un signe que l’on rencontrait moins d’une fois sur dix mille…

— C’est pour ça que j’ai orienté la lunette, murmura Gora.

Il recommençait à siffloter. La troisième planète de ce système était – ou avait été – habitée par des êtres intelligents.

Gork soupira. La disparition des calottes glaciaires témoignait d’un bouleversement climatique considérable. Peut-être, pour quelque raison inconnue, …

L’ INCLINAISON DE L’ AXE-le

(ou P G)

On allait sonder ce globe, essayer de savoir si les êtres intelligents avaient survécu. Peut-être Gora avait-elle raison et cela valait-il la peine d’interrompre la mission… Il ne demandait que ça ! Mais il fallait une certitude.

— Passe les Instructions sur l’écran, ordonna-t-il.

— Il y en a très long ! Peut-être vaudrait-il mieux, avec l’hypno, assimiler les données et…

— Passe-les sur l’écran. J’aime voir. Le temps d’aller là-bas, nous aurons tout vu.

Des images apparurent : les films tournés lors de la mission précédente (ils n’étaient pas encore nés, bien sûr…). La planète, de plus en plus proche, avec ses deux calottes glaciaires… De grandes cités, des engins de transport volants dont certains tentaient de suivre l’appareil de reconnaissance, mais des engins rudimentaires, certainement mus par des procédés chimiques. Tiens ? Une fusée qui décollait sous la poussée d’un réacteur…

Une note apparut dans l’angle de l’écran. Elle annonçait que ce monde commençait à domestiquer l’énergie nucléaire. On en avait eu la preuve par certaines explosions caractéristiques.

Hélas ! Il semblait que ce fut à des fins plus militaires que pacifiques. »

Gork grogna :

— Je crains que nous ne tenions la réponse. Ils ont voulu faire joujou avec des forces qui les dépassaient. Ça explique tout.

Il se trompait. Certes, les habitants de la troisième planète avaient, hélas ! cherché à faire « joujou » avec cette force – dont ils disposaient… mais ça n’expliquait rien.

* *
*

… La soucoupe volante passa et repassa au-dessus d’océans sans vagues et de continents déserts. Partout, des ruines d’immenses cités sans un seul habitant. Pas un engin volant dans le ciel…

Fébriles, Gork et Gora s’affairaient à de nombreuses mesures et comparaient avec les données des Instructions.

La conclusion était évidente. En deux ou trois centaines de révolutions autour de l’astre central et alors que la radioactivité tout en s’étant considérablement accrue, demeurait encore supportable pour les êtres qui avaient peuplé la planète, ceux-ci semblaient avoir disparu.

— Modification considérable dans la composition de l’atmosphère, conclut Gora. Pratiquement plus d’oxygène… Proportion exagérée de gaz carbonique… Beaucoup d’oxyde de carbone…

Ce n’était évidemment pas ces mots qu’elle employait.

La troisième planète semblait morte. Ils décidèrent alors d’interrompre leur mission et de rendre compte à leurs chefs.

* *
*

Mais qui peut connaître demain ? Erreur de pilotage ? Défaillance des instruments de bord ?

À l’instant même où la soucoupe volante quittait ce système planétaire afin de passer en super-propulsion, elle se désintégra.

Des dizaines, voire des centaines d’années s’écouleraient avant qu’une autre expédition de routine constate de nouveau que la planète 3 du système de Sol n’était plus habitée.

Ou si peu…

S


smog en Chine

Smog en Chine

Journal intime – Pierre Loti

Journal intime - Pierre Loti - couverture

La promise - Pierre Loti

Première page dont on retrouvera une présence dans pêcheur d’Islande, et dont la fin peut, si on la croit sincère, justifier la mort du héro de cette oeuvre qui fut le grand succès de Pierre Loti.

Journal intime - Pierre Loti - premières pages


« Je suis dans une petite ville de Bretagne, où je m’étais arrêté il y a cinq ans, avec Yves, dans d’autres circonstances qui m’avaient frappé aussi.
L’aventure qui m’y ramène finit mal et d’une façon imprévue; il m’en restera, comme un rêve, des impressions mélancoliques et bizarres que le temps emportera.

Une jeune fille était venue sur la Surveillante, à Brest, en octobre, voir son frère, un  matelot aujourd’hui congédié. C’était une fille de pêcheur, brunie à la mer, de cette race des Côtes-du-Nord qu’on appelle les « Islandais ». Elle était remarquablement belle, d’une beauté antique, sculpturale, avec de grands yeux dédaigneux qui m’avaient charmé.
Et j’avais combiné ce voyage d’hier, pour la retrouver dans son village. Je pensais mon entreprise facile, – et j’étais bien un peu excusable, ayant réussi tant de fois en me donnant moins de peine, – mais j’échouai devant une noblesse de sentiments, un dédain que je n’avais pas soupçonnés.
Alors je compris cruellement combien j’étais misérable et au-dessous d’elle… Je vins ici, à la petite ville voisine, et dans une chambre d’hôtel je m’enfermai. Les larmes n’étaient pas loin, je l’aimais étrangement.

En une heure, mon parti était pris; je décidai d’épouser cette fille du peuple. Vite, je commandai une carriole pour retourner chez elle. Et là, devant son frère qui venait d’apprendre mon équipée et qui en avait la rage au cœur, devant le père, je dis :
« Et bien c’est vrai, j’ai fait cela. Mais maintenant je vous demande de me la donner pour femme, parce que je l’aime comme jamais je ne pourrais aimer une jeune fille du monde où je vis. »

La surprise fut grande. Le père, le frère me firent parler longuement; ils sentaient que j’étais sincère, ils avaient confiance, ils ne savaient que répondre.
Mais elle, elle disait non, sans colère à présent, – surprise elle-même, touchée peut-être, – mais elle était déjà fiancée à un « Islandais » et elle disait non. Je les quittai à la nuit; il était convenu que le frère me donnerait réponse le lendemain.

Je regagnai la ville et me mis à errer dans les rues par un beau temps de gelée, une belle nuit d’hiver.
J’entendis des chants qui venaient d’une grande église admirable et j’entrai. Elle était à peine éclairée, cette église, et tout au fond, derrière l’autel, on répétait des chœurs d’enfants pour Noël.
Je ne m’étais jamais encore agenouillé dans une église; ce soir-là je restai près d’une heure sur un prie-Dieu, écoutant ces chants qui partaient de très loin, du bout de la grande voûte sombre… Beaucoup d’images passaient dans ma tête et il me semblait être transporté à une autre époque, tant les choses qui m’entouraient étaient anciennes et, pour moi, étranges.

Toute la nuit j’ai songé à la réponse attendue, j’espérais, – et ce mariage que d’autres auraient trouvé insensé; ce mariage, je le désirais comme le salut.
De grand matin, aujourd’hui, le frère est venu. Il m’apportait toute sorte de présents de pêcheurs, des langoustes, des homards… c’était à la fois touchant et drôle… mais la réponse était non… Lui aurait bien voulu, le père aussi, prétendait-il, mais sa sœur avait donné sa parole et tenait trop à son fiancé. Il me priait de ne pas lui en vouloir, de lui pardonner.
« Elle me faisait dire bonjour et que, si je repassais par son pays, je lui ferais grand plaisir en allant en reposer chez elle… »

J’ai gardé ce brave garçon à déjeuner et, …

QUAND JE L’ AI VU-le-i

(ou P G)


S


A propos du roman de Pierre Loti, si vous faites un petit détour par le site de Ann Harding vous découvrirez l’existence et l’histoire d’un ancien film adapté de cette histoire d’amour et de mer.

Pêcheur d’Islande 1924
Ann Harding

LES CHERCHEURS D’ESPACE – Georges Gustave Toudouze

les chercheurs d'espace - couverture

 


L’auteur est un amoureux des voyages, de la mer et de la Bretagne.

les chercheurs d'espace - dessin

OR CETTE DÉCOUVERTE-le-i

ou (P G)

 


Première partie

DU TEMPS QUE LA TERRE TREMBLAIT


I

LA MARCHE A L’ETOILE
OU LE JEU DE L’IGNORANCE ET DE LA CURIOSITÉ

les chercheurs d'espace - dessin-

————————————————– dernière page ————————————————————

« Est-ce que, malgré sa science dont il se montre si fier, malgré sa philosophie dont il se targue si orgueilleux, malgré son Ésotérisme dont il se trouve si vaniteux, l’Homme, le pauvre Homme pas beaucoup plus, ni mieux outillé au fond, – tout et relatif – que son ancètre de la lointaine Prtéhistoire, ne risquera pas de se trouver encore une fois, et toujours, en face du <<Que sais-je ? >> de Montaigne? … »

Dictionnaire de l’académie française – MENTEUR

Ici nous avons, en quelques siècles, une incroyable régression de la définition d’un mot qui est pourtant très utilisé dans la langue courante (particulièrement en ces temps de pandémie où chacun accuse l’autre – avec des moyens inégaux parfois – de faux, d’intoxication, de « fake news » … et donc de mentir)

La toute première définition du mot est particulièrement riche.

Menteur - 1694--

(La partie brouillée de la définition
qui apporte une nuance précieuse au sens
est à déchiffrer ci-dessous)

IL SE DIT AUSSI-le

ou (P G)

La dernière version, plus de trois siècles plus tard, est considérablement réduite. Les nuances manquent cruellement.

Menteur - édition actuelle

Les menteurs seraient-ils en régression ?
A écouter ce que nous diffusent les ondes,  on ne le croirait pas.

Quand à ce qu’en pense Jon Ferguson

 


Consolons-nous, il y a pire que le mensonge

« Ce dispositif n’est ni un dispositif médical
au sens du Règlement UE/2017/745 (masques
chirurgicaux), ni un équipement de protection
individuelle* au sens du Règlement UE/2016/425
(masques filtrants de type FFP2). »

A apposer sur un masque fait main en utilisant le guide AFNORspec S76-001

*Un équipement de protection individuelle n’est pas nécessairement un équipement de protection individuelle (au sens du règlement …)

Les normes … et les mornes vies

Couverture - la planète des Normes

La planète des normes est un roman de Jan De Fast écrit dans les années 70, belles années de la collection fleuve noir.

L’auteur y évoque un monde où l’esprit des humains est, tout comme le corps, entouré de soins qui lui évitent, ainsi qu’à la société, tout dérèglement.Couv-cut - la planète des Normes

 


« Il savait maintenant ce que signifiait ce terme en apparence anodin : « Normes »…

Dans le vocabulaire qu’il avait emmagasiné au début, le vocable revenait très souvent et le translateur sémantique lui-même l’avait assimilé à celui de « loi » ou de « principe directeur ». Le code civil et pénal en quelque sorte, l’ensemble des règlements et préceptes régissant la vie sociale sur Hod, les articles ordonnant ou interdisant telle ou telle action conforme ou contraire à la législation en vigueur et, en fait, c’était bien cela, dans une certaine mesure tout au moins. Les Normes constituaient bien la base juridique sur laquelle se réglait l’ensemble de la civilisation hodienne, mais elles ne se composaient pas d’un ensemble de textes pondus et remaniés par des législateurs sous la direction d’un parlement ou d’un exécutif pour être utilisées par une hiérarchie de tribunaux servis par un appareil policier. C’était à la fois beaucoup plus simple et beaucoup moins humain que cela. Les Normes étaient des machines.

Quelque part dans la banlieue de la capitale s’érigeaient de gigantesques constructions à l’intérieur desquelles de puissants ordinateurs étaient groupés par dizaines de milliers. C’était dans leurs immenses mémoires que se trouvait inscrite la Loi, c’était la technocratie poussée à la limite, puisque le technicien n’était plus nécessaire sauf pour réparer un éventuel court-circuit et que la machine agissait seule en fonction d’une programmation définitive conçue pour que tout sur la planète demeure « normal ». Le terme exact était « Centre de gestion et de contrôle ». Les milliards de circuits électroniques renfermés dans ces armoires étaient là pour assurer à la communauté entière un rythme de vie sans problème, calculant les besoins sur tous les plans et y répondant à chaque instant par la régulation des ressources, le fonctionnement des exploitations et celui des industries de transformation et de production, l’animation des réseaux de distribution ; il ne pouvait jamais y avoir ni excès ni disette, ni surabondance ni rupture de stock.

Toutefois la continuité de la vie économique n’était pas le seul but des Normes, le facteur sociologique était tout aussi important sinon davantage. Il était indispensable que lui aussi soit parfaitement équilibré ; le cycle production-consommation devait demeurer parfait. C’était là qu’intervenait la fonction contrôle des machines : veiller en somme à ce que chaque membre de la population soit toujours satisfait de son sort et surtout ne désire pas le modifier.

La Loi ainsi établie et promulguée était parfaite jusque dans ses moindres détails et il aurait été criminel de vouloir la changer au nom d’une phraséologie aussi vaine et inconsistante que liberté de pensée ou droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’eût été ouvrir la porte à l’anarchie et à tous les maux qui en auraient résulté. Là était le rôle des psycho-traceurs, ces bracelets individuels qui retransmettaient en permanence aux Normes les courbes d’activités cérébrales de chaque citoyen. Lorsque la mentalité d’un Hodien devenait anormale, lorsque des conceptions hors-série naissaient en lui et s’intensifiaient, le graphique enregistré se déformait et, dans la case correspondante à sa fiche d’identité, un voyant rouge s’allumait. Une psychose de déviation venait de se manifester. Certes le phénomène était rare, l’équipement des Normes datait de nombreuses générations et la très grande majorité des sujets était conditionnée d’une façon quasi héréditaire. Personne n’était plus capable d’imaginer…

UNE AUTRE FORME-let-i

Le « déviant » ainsi détecté n’était cependant pas considéré comme un coupable, il n’était pas question de le châtier, de le mettre au ban de la société, de l’interner dans une prison ou dans un camp de concentration. C’était un malade, un patient atteint d’une affection psychotique qui n’était pas plus répréhensible ni plus honteuse que la tuberculose ou le diabète. Il devait simplement être soigné. Un groupe spécial de fonctionnaires dépendant directement des Normes, les Servants, allait le chercher en se guidant directionnellement sur les émissions du psycho-traceur, l’emmenait à la clinique neurologique où il était soumis à cette intervention orthoneuronale à laquelle Alan avait participé, et d’où il ressortait guéri, c’est-à-dire à nouveau « normal ». Pour lui, redevenu semblable à ses concitoyens, tout se retrouvait pour le mieux dans le meilleur des mondes…

Le professeur Féhir l’avait expliqué dès le premier jour : tout déviant primaire était réintégré dans le rang après normalisation. Mais s’il y avait récidive, la seconde intervention était plus profonde et le sujet ne retournait plus dans son milieu ; il devenait un Servant.

Étant donné que le désir d’échapper aux Normes ne pouvait naître que dans un esprit très évolué, les quelques centaines de milliers d’individus constituant cette caste particulière possédaient donc des cerveaux nettement au-dessus de la moyenne, ils étaient de taille à déjouer toutes les ruses. Cette technique consistant à transformer les coupables potentiels en super-policiers était d’ailleurs admirable et démontrait à quel point la programmation des machines était proche de la perfection : il ne peut y avoir de meilleur agent de sécurité qu’un rebelle converti et la parcelle d’autorité qui lui est ainsi confiée achève d’en faire un loyal sujet. On ne rêve de bouleverser un ordre établi que lorsqu’on lui est subordonné,

À PARTIR DU MOMENT-le-i« 

(PG)




C’est la décision qu’ils ont prise au nom d’une civilisation entière.

— L’autogénocide… Comment ont-ils fait ? … »


A la fin du roman, libérés des Normes, les habitants de cette planète auront beaucoup de difficultés à,
pour les uns, ne pas tout détruire de rage contenue
pour les autres, sortir des limites étroites dans lesquels leur corps et leur esprit était confiné depuis leur naissance.


On peut trouver le scénario peu réaliste, mais le besoin de sécurité fausse aussi parfois totalement notre propre jugement. En étant rassuré par des pulvérisations de « biocide » dans les classes de nos enfants … pour les protéger d’un virus qui les menacent moins que la rencontre inopinée d’une voiture roulant à une allure … normale.

La boucle est … . Boucle là !

 

FINALEMENT-le

Après un temps, au sortir de l’adolescence …
OÙ J’ AI PU CROIRE-le
et…L’ ÉTONNEMENT-le
DE MÊME QUE-le
A ce renoncement au mouvement, à la parole, à la pensée propre,  …ASSIS PENDANT-le

pour que chacun puisse exister sans se …RECROQUEVILLER-le
De même cet…EMBRIGADEMENT-le
, SANS LA PRÉSENCE-le

Comment peuvent-ils…ABDIQUER AINSI-le

EN CHANTER -le

(ILS VONT NOUS-le

La boucle est bouclée,
il y a cinquante ans, j’avais conclu qu’il …NE RESTAIT QUE-le

(fond du Canada, Australie profonde, Amazonie, Certaines régions d’Afrique). RETOUR À LA CASE DÉPART-le

 


(Déconfinement des grilles)
En cliquant sur une grille tu obtiendras le parcours de lecture

Dictionnaire de l’académie française – Rouge, Vert.

L’évolution des définitions des mots, nous dit beaucoup des portes par lesquelles le sens entre en nous.

 

Rouge édition actuelle

 

Le 11 mai, une partie de la France sera à une des extrémité du spectre … des couleurs.

Metz à l'autre bout du spectre

Jarny à l'autre bout du spectre

Tandis que l’autre …

Vert 1935

(Grâce au retard qu’a pris l’Académie des 40  dans son dictionnaire ?)
… retrouvera l’accès à la nature, aux jardins, aux parcs,
à leur feuilles, leur herbe …Buis les Baronnies retrouve le vert


QUAND LA PERCEPTION-let


Ancienne définition pour l’adjectif rouge

Rouge 1694

Contrairement à la définition récente proposée, celle-ci donne immédiatement à voir une image à notre pensée.

contes-et-histoires-arc-en-ciel-quatorze-nouvelles-sous-le-signe-de-la-diversite-02
Sous l’action conjuguée de la disparition (par disqualification) de la perception directe liée à l’émotion, l’abstraction est devenue progressivement une seconde nature chez l’humain. Au point que la plupart d’entre nous pense qu’il y a une limite précise et objective entre deux couleurs… avant cette limite, ce serait de l’orange, après elle ce serait du rouge.

Et cette croyance en est venue à asservir notre perception au point que, lorsque nous regardons l’arc en ciel, nous voyons distinctement (5,) 6 (ou 7) couleurs !

arc_en_ciel_cc_cheryl_brind

(On peut en guérir !
En fixant suffisamment longtemps une photographie de l’arc en ciel, et en laissant l’oeil libre de … « penser » jusqu’au cerveau – sans passer par la douane filtrante de l’abstraction – , nous pouvons parvenir à voir … l’absence de limite et un dégradé infini entre les deux extrémités du spectre.)
Concernant les couleurs, cette atteinte à notre perception n’a pas de grosses conséquences … pour le reste, nous en voyons l’effet, sans souvent en comprendre la cause, tous les jours. La capacité à l’abstraction étant considérée comme la base de l’intelligence* et pour cette raison devenue l’outil de sélection des élites … ceux qui, à ce jour, sont au commandes de ce monde.


*L’abstraction, c’est à dire la non prise en compte d’un grand nombre de dimensions de la réalité permet ce qui est le plus recherché dans nos civilisation : la vitesse et l’efficience (maximum de « résultats » avec un minimum de ressources.)