Le 10 Décembre 1870 …

… nait Pierre Louÿs qui produira une œuvre abondante et en partie teintée d’érotisme, dont sa poésie.

Au lendemain de sa Mort, dans la misère alors qu’il était paralysé et presque aveugle, comme c’est très fréquemment le cas pour ceux qui ont connu, après une période de gloire, l’oubli profond, la presse le redécouvrit et pour une part, lui reconnut du talent.

Ainsi, on pouvait lire dans le Figaro

Nous avons demandé aux quelques amis les plus intimes de Pierre Louÿs de vouloir bien évoquer pour nos lecteurs le-souvenir du grand écrivain disparu.

Le résultat de cette requête tardive, en faveur du disparu …

Réponse de Madame Rachilde

une adorable tête de jeune fille se tournait vers nous, osant, rire, une jolie petite blanchisseuse, que toute cette gaîté voisine surexcitait beaucoup.
Attention fit Pierre Louÿs, je-vais prendre la beauté au lasso Et d’un geste adroit il lança un serpentin qui s’enroula, au cou de la jolie, personne.
Je vois encore le poète et la beauté; unis par ce souple ruban de papier.
Quel était le prisonnier, des deux ?

Réponse de la Duchesse E. de Clermont Tonnerre

… Pareil à cette nymphe Pierre Louÿs est déjà transmué en un marbre pur.
Le temps ne pourra altérer le grain glorieux de ses souples phrases.

Ce grand artiste verbal ne se laissa jamais entrainer par une débauche de mots.
Les images, voluptueuses qui flottaient à l’intérieur de sa pensée, sans emportement, il les fixa avec la précision d’un savant et le génie d’un poète.
L’auteur d’Aphrodite a laissé une Poétique où il enferme les lois sévères, qui furent siennes :

«Croire en la Muse. Lui offrir le silence et la solitude. Espérer sa grâce.»

L’éloge occupe une demi-page du journal, j’en donne ici la fin.

Cet artiste parfait avait trouvé un moule magnifique où couler ses belles phrases, et sa haute écriture violette inspira ces vers à une de ses amies :
«Flèche-fleur, il écrit, alignant des iris»

L’ensemble des témoignages tend à faire douter de l’isolement et de son retrait total à la fin de sa vie.
Une des réponses à l’invitation du Figaro révèle un (double) trait de caractère de Pierre Louÿs.

L’affection qu’il; portait à ses amis était sans bornes. Il fut tirés ému un jour que l’un d’eux lui récitât par cœur un poème de Paul Valéry qui venait de paraître.
Une fois, il ne put retenir ses larmes en rappelant une représentation du Faust de Marlowe monté par Paul Fort, aux temps héroïques de celui-ci, représentation à laquelle assistait Sarcey tout bouffi d’importance et de sottise et ricanant avec ostentation. « Jamais, disait Pierre Louys, je n’ai-senti à ce point ce qu’est l’envie de commettre un
assassinat
».

La poésie occupe une grande place dans l’œuvre de Pierre Louÿs.
Ce qui suit est extrait d’un long poème qui a pour titre « PERVIGILIUM MORTIS » (« VIGILE DE LA MORT »)

________________________________________________________________

— Nul ne peut abolir que par un jour d’automne,
Moi qui t’étreins ici, je ne t’aie emporté
L’encens, la myrrhe et l’or de ta divinité,
Le beau sang d’Aphrodite et le sang de Latone.

Nul ne peut, lorsqu’Amour se fit chair, menacer
Ni verbe ni mutisme oublieux ou vivace.
Le rythme de deux cœurs frappe et marque la trace
De deux pas, sur le sol, sur le roc du passé.

Que la mort, désormais, de ses mains
…

…esprit que penchent tes prunelles.

Comme au jour d’alliance où tu vins et pleuras
Sur nos destins épars, sur notre vie en cendres,
Ouvre sur moi tes yeux si tristes et si tendres.
J’enferme le bonheur tout entier dans mes bras. »

___________________(pour lire la grille plus facilement cliquer ici)____________________

Le 9 décembre 1606 …

… nait un poète qui n’écrira pas son oeuvre la plus célèbre, pour cause de cécité.

John Milton dictera « Le paradis perdu » après un long travail de préparations, de notes en de nombreux carnets … (dont il devra se rappeler le contenu de tête) qui s’étend sur plus de 30 années.

La traduction la plus célèbre de ce long chant en vers (sans rime) est celle qu’à fait Chateaubriand

Passage du livre VII

Adam et Eve ont été averti par un ange (Raphaël) des sombres desseins de Lucifer les concernant, qui visent à les faire reconduire aux frontières du paradis.
Ils l’en remercient et Adam profite de sa présence pour étancher sa soif de connaissance concernant la création de l’univers et les buts que le Dieu poursuivait par cette action.

« De grandes choses et pleines de merveilles, bien différentes de celles de ce monde, tu as révélées à nos oreilles, interprète divin, par faveur envoyé de l’empyrée pour nous avertir à temps de ce qui aurait pu causer notre perte, s’il nous eût été inconnu, l’humaine connaissance n’y pouvant atteindre. Nous devons des remerciements immortels à l’infinie bonté, et nous recevons son avertissement avec une résolution solennelle d’observer invariablement sa volonté souveraine, la fin de ce que nous sommes. Mais puisque tu as daigné avec complaisance nous faire part pour notre instruction de choses au-dessus de la pensée terrestre (choses qu’il nous importait de savoir comme il l’a semblé à la suprême sagesse) ; daigne maintenant descendre plus bas, et nous raconter ce qui peut-être il ne nous est pas moins utile de savoir : quand commença ce ciel que nous voyons si distant et si haut orné de feux mouvants et innombrables ; qu’est-ce que cet air ambiant qui donne ou remplit tout espace, cet air largement répandu embrassant tout autour cette terre fleurie ; quelle cause …

… tôt achevé ? S’il ne t’est pas défendu, tu peux nous dévoiler ce que nous demandons, non pour sonder les secrets de son éternel empire, mais pour glorifier d’autant plus ses œuvres que nous les connaîtrons davantage. »


Milton ne connaîtra pas le succès de cette oeuvre qui le verra, après sa mort, « éclipser « éclipsé la poésie des xviiie et xixe siècles« 

8 Décembre 1943 …

… est né Jim Morrison futur chanteur des Doors

qui se voulait avant tout poète.
La poésie était son premier mode d’expression et à la fin de sa vie, il comptait abandonner totalement la musique pour s’y consacrer.

Poète maudit au destin tragique, la plus grande part de ses écrits l’ont été après sa mort.
En décalage avec son image au sein du groupe des Doors, il craignait que ses poèmes soient mal accueillis.
Il n’avait pas tort, peu d’éditeurs furent intéressés à publier ses recueils, et ses lecteurs, en grande majorité des fans de la musique des Doors, ont dans leur majorité peu apprécié ses textes.
La part poète du grand Jim est bien cernée par la formule
« Jim Morrison écrit comme si Edgar Allan Poe revenait au monde sous la forme d’un hippie. »

citation issue de (et plus) : *

Pourquoi je bois ?

Pour pouvoir écrire de la poésie.
Parfois lorsque tout est
…

… est ravagé
l’esprit se fortifie.

Pardonne-moi mon père car je sais
ce que je fais.
Je veux entendre le dernier poème
du dernier Poète.

(Pour lire la grille plus facilement cliquer ici)


Chez Lélio Lacaille
Le rendez-vous de Jim

Le 7 décembre 1948 …

… Malcom E. De Chazal envoi un texte à la Revue « La Nef » accompagné d’une lettre.

Le texte a pour titre « la philosophie du vivant », et la lettre donne à son auteur le statu et la stature d’un novateur, tant dans le domaine de la pensée que de celui de la poésie.
Quelques extraits en donnent la mesure.

J’ai la plus sincère et la plus totale certitude – et je dirai même que cela prend chez moi forme de credo – d’avoir dépassé et de très loin encore, toute la poésie contemporaine et rendu à l’état pygméen Baudelaire, Mallarmé, Valéry et Rimbaud – ce quatouir divin des disparus.
Et cela pour la simple raison que ma poésie est une cueillaison d’invisible total, alors que les leurs furent toutes puisées dans un invisible où la nature est encore en son écorce.

On pourrait croire que ces mots sont issu de la plume d’un plaisantin (comme le fut Salvator Dali) ou d’un homme que la folie côtoie. Ce serait ignorer que Jean Paulhan (de la Nouvelle Revue Française) a déclaré Malcom de Chazal : plus grand génie poétique du siècle, et que le pape du surréalisme André Breton avait une grande admiration pour l’homme, notamment parce qu’il était sur des terres poétiques vers lesquelles lui-même aurait voulu entraîner le mouvement, sans succès.
Ce même André Breton qui salua « le caractère de parfaite originalité et l’incomparable réussite  » lors de la présentation de la poésie de Malcom de Chazal en déclarant :

Je n’ai jamais éprouvé le plaisir intellectuel que sur le plan analogique. Pour moi la seule évidence au monde est commandée par le rapport spontané, extralucide, insolent qui s’établit, dans certaines conditions, entre telle chose et telle autre, que le sens commun retiendrait de confronter.

Nommant ainsi pour les encenser, les caractéristiques même de la production de M. d C.

(suite de la lettre)

Ce qui me sépare de ces quatre grands c’est qu’ils sont en-deçà de moi dans l’invisible, malgré leur magie verbale, et par ce seul fait, je les dépasse et très largement de l’épaule, car la poésie n’est avant tout qu’un moyen surnaturel de capter l’invisible, et l’on ne mesure vraiment la valeur d’un poète que par les distances parcourues par lui au sein de l’invisible. Sur ce point, j’attends de pied ferme les critiques. Car tout le reste est littérature.

Dans la suite du courrier M. d C. évoque son isolement (l’île Maurice où se trouve « prisonnier de l’idéal »), qui lui voit refusé les artifices de la vie mondaines, lesquels permettent « d’exuder parmi des disciples ou par des jeux de miroirs de l’esprit »

… Mon cas est, je vous l’assure, exceptionnel, en ce sens que rarement dans l’histoire de la pensée aura-t-on vu autant de décalage exister entre l’esprit créateur et le milieu où il aura vécu.
…
Ce point est capital pour les biographes futurs, et pour comprendre immédiatement l’état ambiant ou « Sens-Plastique » a vu le jour.
L’opposition certes a exigé de moi des efforts innombrables, mais cette opposition aurait pu me briser.

Il y a une touche de Salvator Dali (avant la lettre … Dali s’écrit avec un D) dans Malcom de Chazal, mais, et la postérité de son œuvre le prouve, un réel génie.

En passant, citons une bribe d’un texte M. d C. qui, dans notre époque de réactions vives et pleines aurait valu à son auteur plus qu’un chahut.

Le planning familial ayant tendu à dépeupler l’île
tout couple qui a un enfant touche …

… cette contrée avec des Africains

(Pour lire la grille plus facilement, cliquer ici)


Un poème court de Malcom de Chazal, poète de l’invisible en son coeur

L’air

A toujours

Raison

Du vent.

*

L’air

N’a pas

De

Cartouches

De dynamite


*

La seule chose

Qui ne connaisse

Pas

Son épaisseur

Est l’air.

6 Décembre 1895 …

… nait un poète qui a choisi, pour son malheur, d’écrire ses poèmes en yidish (les premiers l’ont été en russe)

Ce qui lui a valu d’être condamné à mort pour « nationalisme juif »

Un autre écrivain d’origine juive, Ylia Ehrenbourg, donnera une description* de Peretz Markish qui le présente comme romantique à tout point de vue.

Il était difficile de ne pas le remarquer, car son beau visage inspiré se détachait dans n’importe quel environnement. 
Boris Lavrenev assurait que Markish ressemblait à Byron. Peut-être, mais peut-être ressemblait-il seulement à cette image du poète romantique qui ressort de centaines de toiles ou de dessins, de poèmes, de l’air d’une autre époque. Markish n’était pas seulement romantique dans sa poésie. Ses cheveux bouclaient de façon romantique, son port de tête était romantique (il ne portait pas de cravate et son col était toujours ouvert). Et cet air adolescent, qu’il conserva jusqu’à la mort, était lui aussi romantique.

Ylia Ehrenbourg nous dit également que Peretz Markish n’était pas tout à fait en phase avec son temps. Il illustre cette affirmation d’une anecdote, au cours de laquelle il conte une petite histoire typique de l’humour juif, racontée en sa présence, avec des amis, dans un café.

Dans un shetl de Volhynie, il y avait un célèbre zadik, c’est-à-dire un juste. Dans ce shetl, comme partout, il y avait des riches qui prêtaient de l’argent à intérêts, des propriétaires, des marchands, , il y avait des gens qui rêvaient de s’enrichir par n’importe quel moyen. En bref, il y avait beaucoup de mécréants. C’était le jour du Grand Pardon où, selon les croyances des Juifs religieux, Dieu juge les hommes et décide de leur destin. Ce jour-là, ils ne boivent ni ne mangent jusqu’à ce que se lève l’étoile du soir et que les rabbins les laissent partir de la synagogue. Le zadik priait Dieu de pardonner aux hommes leurs péchés, mais Dieu faisait la sourde oreille. Soudain, un pipeau brisa le silence. Parmi les pauvres qui se tenaient au fond, il y avait un tailleur avec son petit garçon de cinq ans. Le gamin était las des prières, et il se rappela qu’il avait dans sa poche un pipeau à un sou que son père lui avait acheté la veille. Tout le monde se jeta sur le tailleur.
C’était à cause de bêtises comme ça que le Seigneur châtiait le shetl. Mais le zadik vit que le Dieu vengeur n’avait pu s’empêcher de sourire.

Ylia Ehrenbourg évoque alors la réaction Peretz Markish …

Voilà toute la légende.
Elle avait ému Markish, et il s’était écrié :
«Mais c’est de l’art qu’il est question !»
Ensuite, nous nous sommes levés et avons regagné nos pénates.
Markish m’accompagna jusqu’au coin, et soudains (nous parlions de tout autre chose), il dit : «À présent, un pipeau ne suffit pas, il faut la trompette de Maïakovski…»

… et nous dit ce qu’il faut y lire concernant ce romantisme de Peretz Markish. Ainsi que son manque de compatibilité avec l’époque.

Il n’était pas fait pour les slogans bruyants, ni pour les poèmes épiques, c’était un poète avec un pipeau qui émettait des sons purs et perçants.
Mais il n’y avait pas eu de Dieu inventé capable de sourire, et le siècle était bruyant, et les oreilles des gens, parfois, ne distinguaient pas la musique.

Il y a toujours eu beaucoup de versificateurs, et ils se sont multipliés lorsque la production de vers est devenue un métier. Markish, lui, était un poète. Il est évidemment difficile de juger de poésie en traduction, et je ne connais pas le yiddish, mais à chaque fois que je lui ai parlé, j’ai été frappé par sa nature. Il interprétait les grands événements et les détails de la vie en poète. Ce n’est pas seulement ma propre impression, des gens très différents les uns des autres me l’ont dit aussi, Alexis Tolstoï, Tuwim, Jean-Richard Bloch, Zabolotski, Nezval.

Ylia Ehrenbourg donne un poème dans lequel Markish n’hésite pas, en une époque où la poésie se veut moderne, à traiter un thème très commun. (et considère qu’il y excelle)

Les feuilles ne bruissent pas dans une mystérieuse angoisse
Mais, recroquevillées, gisent et sommeillent au vent.
Soudain en voilà une qui, réveillée, s’en est allée sur la route
Chercher sa tanière, semblable à une souris dorée.
Une larme de la bien-aimée :
Elle ne tombe pas de tes cils,
Mais demeure, tremblante, entre tes paupières,
En elle le monde quitte ses frontières,
Et dans les profondeurs, la pupille brillante s’élargit.

Le texte qui suit peut paraître prémonitoire de la fin du poète.
Peretz Markish sera une des victimes de la Nuit des poètes assassinés

Deux oiseaux morts tombèrent à terre
Le coup était réussi. Qu’y a-t-il de mieux que la terre ?
Ici, dans ce pays ensoleillé et béni,
Il faut tomber, si
…

…rien,
Il faut voler, si c’est le destin. Comme la lumière est éblouissante !
Les étendues sont vastes, elles n’ont pas de fin.

(pour lire la grille plus facilement cliquer ici)

Ylia Ehrenbourg termine les pages qu’il a consacrées au poète, par une réflexion concernant la poésie et l’espace temps où elle surgit.

Il est difficile de se faire à l’idée qu’on a tué un poète.
Mais dans ces jours lointains où j’ai rencontré Markish, jeune et inspiré, à Montparnasse, il parlait du pipeau d’un enfant et de la voix de tonnerre de Maïakovski, il mesurait son destin.

Pour moi, il était la preuve que l’on ne peut pas séparer une époque de sa poésie :

soutenu par un dernier poème …

Je t’ai hissé sur mes épaules,
Ô siècle !
Je t’ai mis, en guise de ceinture,
Une larde ceinture de pierre.
La route monte en un énorme escarpement,
Et je dois l’escalader.
À travers les hurlements du vent, les tourbillons de neige
Je monte… Beaucoup périssent
Au milieu des congères…

… et un ultime salut :

Non, il n’était pas un naïf rêveur ni un fanatique aveugle, le pipeau touchait les lèvres sèches d’un homme adulte et courageux.»


*

6 Décembre 1878 …

… est né ce jour, le poète Léo Larguier que certains (voir la suite) disent, sur le ton d’un compliment, « lamartinien« .

Dans « La revue politique et littéraire » (24 juin 1905) Jean Ernest-Charles nous donne sa perception du poète et de son œuvre.

... ne confondons pas Léo Larguier dans la foule
des autres poètes.

Sans doute Léo Larguier est essentiellement lamartinien. Il l’était déjà dans son premier livre « La Maison du Poêle« . Il ne l’est ni plus ni moins dans « Les Isolements« .
Le sera-t-il donc toujours ? Léo Larguier vit dans la nature et dans les livres. Les livres, comme la nature, l’inspirent. Mais Léo Larguier ressemble parfois à Lamartine, je ne veux point dire qu’il l’imite. Il y a dans tous ses vers des résonances lamartiniennes, mais il y a l’âme de Léo Larguier.
Léo Larguier est un pur lyrique qui ne sait que son âme. Tel Lamartine encore. Mais son âme est l’âme impétueuse, l’âme conquérante d’un poète qui impose à toutes choses les formes de sa sensibilité et de son-imagination. Il le dit dans sa préface :

« Tous les paysages sont sonores de mon pas et vers les lointains noyés de crépuscule et de brume, vous m’apercevrez sûrement, à la lisière d’un bois d’automne, marchant à côté d’une longue forme blanche qui a reculé pour moi les frontières de la sensibilité poétique et de l’émotion. »

N’employons pas de trop grands mots, mais, franchement, dans « Les Isolements« , on trouve plus que Léo Larguier; une race s’y exprime. Barrés serait content de Léo Larguier. Léo Larguier, en effet, a une terre et des morts.
Il est latin. Il est le Latin. Il porte en lui toutes les hérédités païennes qui, depuis Virgile et Horace, en passant par Ronsard jusqu’à Chénier et Lamartine,
— je cite ces poètes entre tous parce que Léo Larguier me paraît les connaître intimement —
ont donné au génie français, son éloquente élégante, sa clarté, sa grâce, son harmonie, cette sensibilité qui n’est pas frénétique, mais reste sereine jusque dans la passion, cette imagination qui n’est pas colorée et brûlante comme l’imagination orientale, par exemple, mais demeure toujours pure et presque apaisée jusque dans ses inspirations les plus véhémentes… Léo Larguier, facile et nombreux, est un jeune poète représentatif.

Le poème* qui suit semble avoir été écrit postérieurement à cette description du « génie » de Léo Larguier, tant dans son motif que dans son expression.

___
* poème découvert ici (merci)


RÊVERIE

En soupant lentement sous une treille brune
Dont les beaux muscats blancs luisaient au clair de lune,
Tandis que pour moi seul, dans la nuit, un oiseau
Chantait vers le tilleul, je pensais à Rousseau…
Un soir divin et frais venant après l’orage.
Devant le banc de bois du rustique Ermitage,
Une jeune servante avait mis le couvert.
Quelques gouttes tombaient du feuillage plus vert.
Un vase sur la nappe était plein de pervenche,
Madame d’Épinay portait — c’était Dimanche,
Son chapeau de bergère et son corsage ouvert.
Pure fraîcheur du soir ! On apportait la lampe,
Et Jean-Jacques songeait, un doigt contre sa tempe.
La serveuse heurtait les plats dans la maison,
L’étoile du berger montait à l’horizon,
Et
…

… grillon perdu.
Madame d’Épinay caressait son bras nu,
Rose et rond sur la table, et parfois son haleine
Dans son corsage creux enflait sa gorge pleine
Qu’une tremblante et tiède ligne séparait.
Un léger vent coulis qui passait murmurait
Dans les arbres du parc une plainte endormie,
Et Rousseau, souriant, regardait son amie,
En feuilletant, distrait, un petit livre gris,
À côté d’un panier plein de cerises blanches,
Un petit livre simple et sans ors sur les tranches
Que Denis Diderot envoyait de Paris.

(cliquer ici pour lire la grille plus facilement)

Un second texte permet de définir un peu plus l’habitat de Léo Larguier

Mets ta main sur mon cœur, mon amie, et dis-moi
S’il est vrai que toujours, sans trouble et sans émoi,
Je sois dans ma maison le même solitaire
Attentif aux rumeurs qu’ici-bas peuvent faire
La gloire et le renom qui des vers assemblés
S’élèvent dans le ciel comme montent des blés
Les passereaux légers et les lourdes colombes,
Qu’attirent les cyprès et les pierres des tombes,
Je ne sais pas répondre, ô mon amour, dis-leur :
….Ce n’est plus un poète. Il est un peu rêveur.
Mais c’est à moi qu’il pense,
Et s’il n’écrit jamais, ce sera de son cœur
Que viendra la cadence.
La muse qu’il aimait parfois guette là-bas,
Aux lisières des branches,
Je la vis quand je vins, mais elle n’avait pas
Mes belles formes blanches.
pas de livre et ne sais point de vers,
Mais je sais une chose,
Moi je n’ai
C’est que sur l’eau d’argent et sous les arceaux verts
Quand s’incline une rose,
Le cristal du bassin peut bien la réfléchir,
Exacte et colorée,
Ce n’est qu’une apparence et le vent peut ternir
Cette rose mirée.
Ainsi l’onde d’un vers où tremble avec amour
La plus parfaite image
Ne vaut pas le rayon de cette fin de jour
Sur mon jeune visage.

5 Décembre 1830 …

Nait Christina Rossetti, anglaise d’origine italienne,

Elle fut considérée à son époque comme la plus grande poétesse de langue anglaise.
Passionnée, certains la disent très belle (elle fut le modèle préféré de son frère, pour des scènes religieuses) d’autres (voir ici) plutôt laide.
On la déclare souvent passionnée, engagée en faveur de plusieurs causes (contre l’esclavage) pour la liberté des femmes, et de même (adresse identique) elle est jugé a contrario, en retrait de la vie, peu cultivée, vieille fille atone.

On ne peut donc faire confiance qu’à ses vers et à la renommée qu’ils ont connus.

The Rose

The lily has a smooth stalk
Will never hurt your hand
But the rose upon her brier
Is lady on the land

There’s sweetness in an appel tree
And profit in the corn
But lady of all beauty
Is a rose upon a thorn

Il y a de la suavité dans un pommier
Du bienfait dans le blé
Mais la reine de toutes les beautés
Est la rose sur ses épines

When with moss and honey
She tips her bending brier
And half unfolds her glowing hearts
She sets the world on fire

Quand, dans la mousse et le miel
Elle tend sa tige
Et déploie ses pétales lumineuses
Elle embrase le monde.

(cliquer ici pour lire la grille plus facilement)

Le 4 décembre 1886 …

… voit naître un futur poète, futur anarchiste : André Colomer.

C’est cet homme qui définira la révolution anarchiste dans « LE LIBERTAIRE » du 18 novembre 1921

Notre révolution est une lutte à mort contre toutes les formes de l’autorité. Nous sommes contre l’exploitation capitaliste parce qu’elle est une des expressions de l’« archie » que nous combattons. Mais si nous abattons le capitalisme industriel ce ne sera pas pour constituer et défendre le capitalisme d’Etat. Le collectivisme ,  tel qu’il se réalise actuellement en Russie , n’est pas autre chose que la centralisation dans les caisses de l’Elat de tous les capitaux d’un pays ,  de la centralisation entre les mains de quelques dictateurs ,  de toute la puissance d’exploitation.

En se révoltant contre l’Etat bolcheviste ,  les anarchistes sont logiques avec la pensée anarchiste.

Notre révolution sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.

Les individus-producteurs groupés en ateliers ,  en usines ,  etc… doivent organiser méthodiquement la prise de possession des instruments et des locaux de travail. Ils seront armés sur les lieux mêmes de la production. Ils ne deviendront pas soldats ; ils seront des ouvriers armés ,  c’est bien différent. Et quand les travailleurs seront les maîtres» suivant la conception anarchiste ,  ils ne seront que les maîtres de la matière inanimée qu’ils activent de leurs efforts. Pour se libérer ,  s’organiser et se défendre , les individus-producteurs n’ont besoin ni de politiciens ,  ni de généraux ,  ni de commissaires du peuple.

Laissez-leur supprimer l’Etat ,  ses fonctionnaires ,  ses rouages ,  ses lois , toute la ,  vieille carcasse d’oppression et d’obligation collective , et vous verrez ,  par le seul jeu de l’intérêt et de l’affection ,  les hommes produire ,  les individus se grouper et vivre avidement à la recherche de clarté et d’harmonie.

Converti au bolchevisme qu’il a tant décrié, André Colomer mourra à Moscou, au début des grandes famines soviétiques.

A sa mort, la revue « Les humbles » publia un de ses poèmes.

C’était un petit va-gu’ nillou,
Il était blond, il était doux
C’était un rêve !

Il naquit au chant des coucous
Une nuit, parmi les blés doux…
Semence brève.

Il poussait comme un genêt d’or,
Et sur la lande qui s’endort.
Sa chanson claire

Coulait aux ruisseaux à pleins bords
Illuminés de son blanc corps
Couché par terre.

Puis un matin de bleu printemps,
Il vint à la ville, en chantant,
Chercher fortune.

Riche de ses dix-huit ans,
Et de son cœur vierge mais tant
Epris de lune…

De l’une à… l’autre, blonde abeille,
De lèvres en lèvres vermeilles
Il aspira.

Tant et tant, de veilles en veilles,
Qu’à l’automne, où le cœur sommeille
Il expira.

Toutes frémissantes encor
Des
…

… tresses

C’était un petit va-gu’ nilo.
Il était blond, il était doux…
C’était un rêve !

Il repose au chant des coucous
En un linceul de cheveux roux
Semence brève !


*

3 Décembre 1999 …

… est la date du décès de Jean Bouhier,

poète engagé dans la résistance poétique lors de la seconde guerre mondiale qui exprimait la nécessité de cet engagement, et de sa généralisation, un an après la fin des combats.

« Il ne nous appartient pas de dire ce que sera l’art de demain. Pour ma part, face aux événements, j’ai dû redevenir un homme alors que je n’étais plus qu’un cerveau. Je suis persuadé que la lutte clandestine a débarrassé la littérature de tous les snobisme et qu’il ne nous est plus possible, maintenant, de faire des cloisons.
Le secret d’un art durable est d’être humain, c’est-à-dire d’être expression d’un moment social. (Cf. Homère, La Chanson de Roland, Corneille, Hugo, etc.)
Méfions-nous de la volonté.
Il vous faut d’abord assimiler, en tous les domaines, toutes les incidences, tous les phénomènes avant d’être en mesure de les dominer et de les digérer »

…

« L’art gratuit n’a jamais existé. C’était un mot. Il ne peut y avoir d’art qui ne soit engagé. Je trouve puériles les discussions actuelles. On ne choisit pas une position par simple caprice ou par intérêt. La
guerre a permis de crever l’abcès et de nous désintoxiquer. A nous, redevenus des hommes de construire un véritable humanisme, c est-à-dire une société permettant le plein épanouissement de l’homme et non pas uniquement de l’homme-moral. Que nos œuvres soient le reflet de nos préoccupations, de nos luttes, cela est une condition de leur valus. Les jeux et les spéculations sont du domaine de l’hypocrisie et de la dégénérescence mentale. Il nous faut agir comme les autres hommes pour mieux traduire leur héroïsme »

Et de conclure sur une prophétie … qui ne s’est pas vraiment réalisée

Nous sommes arrives au moment où il faut choisir. Il s’agit ni plus ni moins que de vivre. Il n’est plus de désintéressement possible. C’est la leçon que nous devons tirer de l’histoire de notre lutte récente.
Tant de meurtres ont brusqué l’évolution ont libéré le véritable artiste, qu’il nous est permis de penser que I’art suivra le monde qu’il représente et que la littérature « mondaine » disparaîtra avec les derniers
échantillons de l’espèce. La société montante qui incarne la lutte prolétarienne sera la raison de l’art qui commence à naître.
A chacun de nous de savoir subir, pour mieux participer et mieux créer. Restons seulement, simplement à hauteur d’homme .»

Ici, deux extraits d’un recueil de Jean Bouhier écrit en 1941 (au plus fort de la guerre)

Crache dans tes mains pour prendre le manche de ta pioche, gagne ton pain
à la sueur de ton front, Adam déchu, homme de matière à la conquête de la
matière.

et :

Toi, homme parmi les autres, mais toi seul à te connaître véritablement toi-même, tu sais qu’on ne possède jamais ce que l’on prend. Tu sais qu’aucun argent, aucun commerce, aucun bénéfice, aucun échange, aucun don, aucun héritage ne peut légitimer, ne peut excuser ce qui n’est qu’un vol.

!!

L’engagement du poète s’est par la suite transformé en engagement politique, la poésie ne semble pas avoir suivi.
Quelques poèmes édités dans les années 1960 ne sont pas dans la veine que prédisait Jean Bouhier.

Il n’est pas celui que l’on retient d’un groupe (l’École de Rochefort) que Jean Bouhier a fondé pendant la guerre.

L’un de ces poèmes

À portée de la main
Un simple objet
Que l’on caresse

À la porte entrouverte
Un simple ami
Que l’on attend
À l’ombre du …

… simple geste
Que l’on fait

Aux silences du cœur
Un simple cri
Que l’on écoute
Et pour l’amour
Un simple mot
Que l’on répète

(Pour lire la grille plus facilement cliquer ici)

Tercets de la vie simple, © Traces 1963


motslies.com te ralentit la lecture sur quelques mots

2 Décembre 1868 …

… nait celui qui deviendra un poète loin des courants de son époque, mais qui donnera vie dans ses poèmes « aux choses » qui l’environnent : Francis Jammes

André Beaunier dans Les Annales politiques et littéraires de 1913 évoque cette singularité, l’attachement au réel le plus … réel, dans une France où le surréalisme va surgir.

Avec en tête de son article deux citations de Francis Jammes (à laquelle il donne, ce qui me semble être un artifice déplacé concernant F.J., une forme de poème)

« C’est avec légèreté que, la
plupart du temps, nous touchons
aux choses. Mais elles sont pareilles
à nous, souffrantes ou
heureuses… »

« J’ai connu des choses en
souffrance. J’en sais qui sont
mortes…
»

(FRANCIS JAMMES. Des Choses.)

« Paroles » extraites du texte original qui est dans sa forme publiée, de la prose

« C’est avec légèreté que, la plupart du temps, nous touchons aux choses. Mais elles sont pareilles à nous, souffrantes ou heureuses. Et, lorsque je remarque un épi malade parmi des épis sains, et que j’ai vu la tache livide qui est sur ses grains, j’ai très nettement l’intuition de la douleur de cette chose.
En moi-même, je ressens la souffrance de ces cellules végétales, j’éprouve la difficulté qu’elles ont à s’accroître sans s’opprimer l’une l’autre à l’endroit contaminé. Le désir me vient alors de déchirer mon mouchoir et de bander cet épi. Mais je songe qu’il n’est point de remède permis pour un seul épi de blé, et que ce serait humainement un acte de folie que de tenter cette cure, encore que l’on n’observe rien à ce que je prenne soin d’un oiseau ou d’une cigale. Cependant, la souffrance de ces grains m’est certaine puisque je la ressens. »

« J’ai connu des choses en souffrance. J’en sais qui sont mortes. Les tristes hardes de nos disparus s’usent vite. Elles s’imprègnent souvent des maladies mêmes de ceux qui les vêtirent. Elles ont leur sympathie. »


(FRANCIS JAMMES. Des Choses.)

On voit qu’ici, les choses ne sont pas restreintes à la matière inanimée bien que celle-ci soit concernée*. Le mot a vu à notre époque une restriction conséquente de son application/sens.

Francis Jammes a senti dans les « choses » une âme fraternelle, une âme analogue à la sienne. Il les comprend. Elles ne sont pas pour lui de quelconques objets que l’on manie, que l’on applique à des usages divers. Il les sait animées de passions, — à vrai dire, peu exubérantes, mais plus intenses peut-être qu’on ne les suppose à les voir si calmes et, comme il se les figure, si résignées. Et il s’étonne de leur simple douceur, et il admire leur esprit de sereine acceptation. Les pierres l’émeuvent et il les plaint; et n’est-ce pas une vieille croyance irréfléchie, presque un instinct qui survit en lui? car la locution populaire a conservé la foi primitive aux pierres « malheureuses ». A tous les éléments du monde, les plus rudes et ceux qui paraissent les plus stupides à qui passe trop vite et distraitement par le chemin, Francis Jammes attribue une sorte d’obscure pensée, une aptitude à des douleurs et à des joies secrètes que l’on devine mieux qu’on ne les voit.

L’auteur de l’article entend bien distinguer cette affinité avec ce qui habite la « nature » de celle qu’ont pu avoir les romantiques. Francis Jammes n’est pas de ceux qui « aperçoivent autour d’eux des images d’eux-mêmes« 

Les romantiques sacrifièrent à cette erreur; ils attribuèrent aux paysages des tristesses ou des allégresses semblables à celles qui, momentanément, étaient les leurs, et ils voulurent que les lacs — pour qui leur prédilection fut grande — prissent part à leur propre tourment.
Ils se plaisaient à enregistrer que les saules pleuraient comme eux; et si, parfois, il y avait du soleil printanier sur les collines en fleurs, cependant qu’ils avaient une raison plausible de mélancolie, ou bien ils niaient, avec cette intrépidité qui les caractérise, que le soleil du printemps fût joyeux, ou bien ils s’indignaient véhémentement contre un tel manque de tact de la Nature méchante et qui les taquinait.

Francis Jammes, lui, a trop bien compris l’âme intime des choses pour la traiter avec cette désinvolture. Il a le sentiment de leur dignité, il respecte leur personne, il ne veut pas les rabrouer ni les violenter. Il se fait humble devant elles, et il tâche de les comprendre sans les dénaturer par l’indiscrète intrusion de lui-même en elles… 
C’est pourquoi ses descriptions ont ce double caractère, d’être à la fois toutes pleines de lui et, cependant, impersonnelles.

Pour donner matière à ce propos d’André Beaunier, je donne ici la fin du texte de Francis Jammes « Des Choses »

Est-il permis de dire que jamais les choses ne nous donnèrent des manifestations de leur sympathie ? L’outil qui ne sert plus la main de l’ouvrier se rouille aussi bien que l’homme qui délaisse l’outil.
J’ai connu un vieux forgeron. Il était gai au temps de sa force, et l’azur entrait dans sa forge noire par les rayonnants midis. L’enclume joyeuse répondait au marteau. Et le marteau était le cœur de cette enclume, mû par le cœur de l’artisan. Et, quand tombait la nuit, la forge s’éclairait de sa seule lueur, du regard de ses yeux de braise qui flambaient sous le soufflet de cuir. Un amour divin unissait l’âme de cet homme à l’âme de ces choses. Et quand, aux jours dominicaux, le forgeron se recueillait, la forge, nettoyée la veille, priait aussi dans le silence.
Ce forgeron était mon ami. Souvent, du seuil noir, je l’interrogeais et c’était la forge tout entière qui me répondait. Les étincelles riaient dans le charbon et des syllabes de métal formaient une langue mystérieuse et profonde et qui m’émouvait ainsi que des paroles de devoir. Et j’éprouvais là à peu près les mêmes choses que chez l’obscur savetier.
Un jour, le forgeron tomba malade. Son haleine devint courte, et je sentais bien que lorsqu’il tirait la chaîne du soufflet, jadis puissant, celui-ci haletait aussi, pris peu à peu du mal du maître. Le cœur de l’homme eut des sursauts, et j’entendis bien que, lorsque l’ouvrier brandissait le marteau sur l’enclume, l’outil battait le fer irrégulièrement Et à mesure que le regard de l’homme avait moins de lumière, la flamme du foyer éclairait moins. Le soir, elle vacillait davantage et, sur les murs et le plafond, il y avait de longs évanouissements de lueur.
Un jour, l’homme sentit en travaillant l’extrémité de ses membres se glacer. Le soir, il mourut. J’entrai dans la forge. Elle était froide comme un corps privé de vie. Une petite braise luisait seule sous la cheminée, humble veilleuse que je retrouvai à côté du lit mortuaire auprès duquel priaient deux femmes.
Trois mois après, je pénétrai dans l’atelier abandonné pour assister à l’évaluation de son petit mobilier. Tout y était humide et noir comme dans un caveau. Le cuir du soufflet s’était troué en se pourrissant et, lorsqu’on voulut faire jouer sa chaîne, elle se détacha du bois. Et les
…

… maître. »
Alors, je fus ému, car j’entendis le sens mystérieux de ces paroles.

(Pour lire la grille plus facilement, cliquer ici)

Terminons cette évocation de Francis James, par un de ses premiers poèmes, qui pourrait être un écho à Ronsard

Tu viendras

Tu viendras lorsque les bruyères au soleil
près des routes qui se fendent ont des abeilles.

Tu viendras en riant avec ta bouche rouge
comme les fleurs des grenadiers et des farouches.

Tu lui diras que tu l’aimes depuis longtemps,
mais en lui refusant ton baiser en riant.

Mais lorsque tu voudras le lui donner, alors
tremblante et suante, tu verras qu’il est mort.


La rencontre de Francis James avec Paul Claudel modifia considérablement sa vision de la réalité et par conséquence sa poésie.

Mais cela, comme dirait Kipling … c’est une autre histoire.


A feuilleter : 1 2 3