Moins connu pour ses poèmes que pour ses articles dans le Figaro.
Si l’on trouve des traces de Amédée Pigeon dans la vie littéraire française, ce n’est qu’à propos de son roman « Une Femme jalouse » qui figura dans la dernière sélection (30 auteurs et oeuvres) du « Prix des méconnus« . (L’illustration plus bas le montre assez isolé de ses « collègues », il n’est pas vraiment avec eux. Seule la mise en flou des autres le fait exister un peu. – l’original -) On peut cependant trouver quelques uns de ses poèmes dans le troisième volumes de la publication « le Parnasse contemporain«
Celui-ci est un sonnet - pour un amour passé - il ne nous surprend guère … quoique, le dernier vers…
Ce matin, triste et seul, quand j’ai rouvert mon livre, Il était plein de fleurs et de plumes d’oiseaux, Rappelez-vous nos jeux parmi les grands roseaux Et le temps où deux mots de vous me faisait vivre.
Près de l’étang fleuri vous me laissiez vous …
… les foins dont la senteur enivre.
Loin de vous, dans les bois, j’allais aussi m’asseoir, Commençant des sonnets que j’achevais le soir, Pensant à des baisers comme on pense à des crimes.
Hélas ! tout mon bonheur est parti par lambeaux ; Je n’aime plus ces vers que je trouvais si beaux, N’ayant plus vos grands yeux où je cherchais mes rimes.
qui, après avoir connu le succès et la reconnaissance de ses pairs, a eu le tort de participer sous l’occupation à des journaux favorables à l’envahisseur comme l’APPEL ou La FRANCE AU TRAVAIL (devenue par la suite LA FRANCE SOCIALISTE) Ce qui lui a valu d’être interdits par le Comité national des écrivains et l’a contraint à se retirer de la vie littéraire
A lire, à propos de la critique d’un de ses livres, l’opinion que le rédacteur de l’article a de Jacques Dyssord, il est difficile d’imaginer sa collaboration au régime de Pétain … et pourtant.
Jacques Dyssord a gardé du post-romantisme le goût de la canaille. Une culture vaste et sans affectation. Une quotidienne simplicité. Un goût profond de l’art d’écrire, et, derrière un parti pris apparent, une pudeur, qu’il aime à vaincre et à humilier. Par le miracle du don qui fait de Jacques Dyssord un poète, ainsi que le dit Billy, « il réussit à ne pas s’encanailler ». A moins que, au contraire, il faille écrire que << l’auteur ne réussit pas à s’encanailler ». Dans tous ses livres, nous retrouvons cette allure, ce chic de seigneur né. cette ironie que voile une tendresse enfantine. Dès les premiers recueils de poèmes, Dyssord s’imposa. Sa muse avait des accents personnels, graves, amers. C’étaient Le dernier Chant de l’intermezzo, On frappe à la porte, Tropes. Puis, Jacques Dyssord commença son œuvre de romancier. Il s’attacha à la peinture des milieux interlopes, des bars, des petites poules. Il découvrit le Montmartre d’après la guerre avec acuité et nonchalance. Il y a, dans ces romans, du Carco et aussi du Duvernois : de la brutalité et de la tendresse apitoyée. Ce sont : La Paroisse du Moulin-Rouge, Charlie chasseur, Les Faisans, L’Amour tel qu’on le parle. Essayiste, historien, nous lui devons un livre charmant sur un homme qu’il comprit bien : L’Aventure de P.-J. Toulet, gentilhomme de lettres, et puis Joë, ou la découverte du vieux monde, une Ere amoureuse de la Dame aux Camélias, un Steinlen, un essai sur le journalisme : La Confrérie de la dernière heure. Il y a, disait quelqu’un du moraliste, chez Dyssord. Possible.. Mais il me semble surtout un esprit curieux de la misère humaine, souvent attendri, fraternel, compréhensif des faiblesses de ses semblables. C’est cette pitié qui donne sa signification au nouveau livre de Ucques Dyssord : Londres secret perditions de la Madeleine. C’est un reportage documenté, comme celui qu’il fit dans les bagnes d’enfants. C’est une peinture fidèle du « milieu londonien », de la pègre qui fit la gloire spéciale de Whitechapel, aujourd’hui hui embourgeoisée. Si Whitechapel est composé de paisibles rues modernes, il demeure encore un Londres secret, celui de Limehouse, de West-lndian rad. Jacques Dyssord nous y fait pénétrer avec cette puissance d’évocation, cette simplicité vraie qui est l’art du poète. Un joli livre, édité avec soin sur un milieu peu connu. J. C.
On reconnaissait donc à cette date (27 Novembre 1932) la qualité et même le naturel (si tant est qu’il existe) de poète. Goutons voir quelques uns de ses vers …
LA PARABOLE DU TEMPS PERDU
FRAGMENTS
I Don Juan qui fil sauter la banque Dans ce tapis franc de pipeurs, Sent qu’à la fin le cœur lui manque Et tend les dés au commandeur. Quand s’allumèrent les persiennes, Ne resta-t-il pas trop longtemps Quelle des ombres était la sienne A chercher des derniers passants? Qu’à ces travestis qui lut plurent Et ces vices mal dévêtus Ne préféra-t-il l’aventure Du dernier vous au premier tu?
II Qu’espère son âme incertaine Des courants d’air d’un carrefour Où ne se …
… Il est des poètes passé dans l’ombre – ce lieu où (pour ce qui est de la poésie) la seule clarté est celle des amis – qui trouvent une nouvelle … compréhension de leurs œuvres, quelque temps après leur disparition (ce fut le cas de Baudelaire et de Rimbaud)
Il n’est pas impossible que Louis Guillaume soit un jour de ceux-là. Les raisons même de son oubli relatif sont celles qui voient son retour dans nombre de publication actuelles. Ces raisons nous pouvons les trouver dans la présentation et appréciation d’un de ses premiers recueils (Piliers de l’oubli) par Léon Gabriel Gros, dans la revue Les Cahiers Du Sud. Article sans concession qui évoque à la fois les qualités de cette production de Louis Guillaume et les imperfections, insistant sur le fait que le poète suit un chemin, une quête, qui ne sacrifie rien ni au conservatisme, ni à la modernité ambiante.
Louis Guillaume dont Coffret sous cendres et Occident comptent parmi les recueils les plus directement humains des deux dernières années s’affirme une fois de plus avec Piliers de l’oubli comme un des chercheurs de sa génération. Les connaisseurs professionnels souriront sans doute de ce terme car en dépit de son vocabulaire, nul ne répond moins que Louis Guillaume aux exigences du conformisme d’avant-garde. Aussi bien n’a-t-il guère frayé avec les éditeurs de jeunes revues dont la luxueuse présentation typographique n’a d’égale que l’indigence spirituelle, ni fréquenté les cercles où s’élaborent les réputations, il n’a jamais perdu contact avec une certaine réalité populaire et provinciale et s’il a milité ce fût aux côtés de Luc Decaunes dans l’admirable revue de combat que furent les cahiers de Soutes dont les erreurs mêmes par leur générosité auront, sinon réveillé le public des travailleurs contaminé par les sous-produits d’une basse littérature bourgeoise, du moins incité quelques jeunes poètes à prendre conscience de leur devoir envers leurs contemporains. Guillaume a ainsi échappé au narcissisme des surréalistes de deuxième zone, aux tentations d’une perfection toute formelle qui nous vaut une manière de Parnasse. Entre ces deux dangers, dont les manifestations sont éclatantes dans la plupart des plaquettes ou revues actuelles, Guillaume s’est efforcé de suivre sa voie. Il aurait pu le faire comme tant d’autres en se lançant dans ces pédantes dissertations politico-philosophiques qui constituent l’itinéraire de fuite de tant de nos intellectuels, il a préféré remplir pleinement sa mission de poète qui est de servir l’homme en l’enchantant de la mélodie d’un cœur simple, en lui révélant les visions d’un monde qui peut être à tous, en l’empêchant perpétuellement de dormir, de s’illusionner sur la portée réelle d’une action soi-disant concrète. Ces intentions nous valent une œuvre disparate au premier abord et qu’une critique purement littéraire pourrait aisément condamner. Il ne faut pas, en effet, demander pour l’instant une perfection absolue à un poète comme Louis Guillaume gêné par une matière trop riche qu’il ne possède pas encore pleine ment. Son esthétique est une esthétique de l’approche qui a toutes les hésitations d’une prise de contact. Libre à chacun de lui préférer ces horticulteurs de terres depuis longtemps conquises et à qui un peu d’habileté renforcée de quelques lectures suffit pour forcer des fleurs éclatantes parfois, mais aussi sans parfum. Pour ma part, je tiens à signaler le lyrisme ravagé de Guillaume. Il occupe péniblement un terrain bouleversé, ingrat, jonché de scories et par endroits des épaves de la pire poésie. On mesure à le parcourir toute la différence qu’il y a entre une serre et un champ de bataille. La zone où progresse Guillaume d’informes débris l’encombrent encore depuis les cuivres cabossés de la fanfare romantique jusqu’aux cuisines roulantes du surréalisme en passant par les cuirasses de parade parnassiennes. Le merveilleux est précisément que Louis Guillaume ne se soit pas spécialisé dans un genre. Nul n’est moins monocorde que lui, moins mesquinement original. Si l’on petit discerner une unité en son œuvre, elle n’est point extérieure, mais se dégage de sa mentalité de Celte. Il suffit que tu avances Sur le seuil de la falaise. Pour qu’un oiseau de neige Incline sa balance. Guillaume ne se place pas d’emblée dans un climat déjà poétique, ne se donne pas les facilités qui consistent à traiter des thèmes dont il est convenu une fois pour toutes qu’ils sont ceux du lyrisme de haute volée, il aborde au contraire les réalités les plus quotidiennes et s’efforce d’en dégager le sens durable : Bras du pain frais passé entre les grilles, Carde du pot à lait et de la boîte aux lettres. D’éléments aussi bassement coppéiens, de thèmes volontairement sordides, il extrait l’essence même de son inspiration : Choses qui vous résignez à n’être que des choses, Hommes qui n’avez pour amis que des hommes, Toute la misère nage dans l’automne Et sur la berge nous restons Riches du souvenir des arbres. Les images même qui entraînent une évasion sont éminemment concrètes : Toi, ta laisses la vie à ceux qui restent, Mère de ma mère, Sous cette grisaille, tu reposes, Tu t’enfonces Comme un trépied froid dans la cendre. Guillaume est aussi capable de s’exalter sur un « Déménagement » que de nous conter l’étonnante aventure de « La race bleue » ou de « Soumise », la ville souterraine où « les murs sont remplacés par des paumes de jeunes filles » : Un troupeau de chevreaux Avance sur la pointe des pieds. Un tissu de clochettes S’interpose entre la fleur et l’âme. Je ne prétends pas que Louis Guillaume soit le meilleur de nos jeunes poètes. Je l’estime précisément parce qu’il a le courage de ne pas prétendre aux premières places dans l’ordre littéraire, parce qu’il préfère s’attaquer, comme l’on dit vulgairement, à un morceau difficile, le réel même en toute sa complexité, son étrangeté au sens fort du mot, plutôt que d’ouvrir les écluses d’une féerie intérieure qui se traduirait par une construction verbale plus capable sans doute de séduire les tenants de la poésie dite pure que sa démarche à lui maladroite, impossible mais engluée de la glaise originelle. Ce que tente Guillaume peut-être par atavisme, c’est ce qu’ont tenté les lyriques irlandais, cette poétisation du monde qui n’a rien à voir avec les interprétations du monde extérieur aujourd’hui mental à quoi aboutissent les entreprises de toutes les écoles françaises. Cette poésie est précisément celle qui s’adresse à un public non de connaisseurs, mais d’hommes de tous les jours. Elle propose moins une méthode de pensée logique ou de rêve que les données d’une expérience où le plus humble lecteur peut retrouver un souvenir de la sienne, en quelque sorte une clef du temps perdu. Elle ne prétend pas au symbole, elle ne veut être qu’un objet-prétexte et du moment qu’elle obtient ce résultat, qu’elle ressuscite un moment vécu, il serait vain de la juger du point de vue d’une perfection formelle dont elle ne s’est à aucun instant souciée.
Au fil des années, en parallèle avec sa mission d’enseignant, puis de directeur de collège, Louis Guillaume affinera sa « façon ». Un épisode particulier aura lieu quelques années après sa retraite (à 55 ans), « pendant cent quatre-vingt-sept matins de suite, au réveil (du début janvier à la fin du mois de juin), le poète transcrit dix-huit vers comme sortis d’une révélation de la nuit : journal d’une ténèbres intérieure d’où naissent les clartés essentielles. »
A défaut de pouvoir donner un des textes issu de cette « expérience » (recueil « Agenda« ) Un poème cité dans un ouvrage qui est consacré, par la à Louis Guillaume et dont le titre est « étrange forêt »
LE DANSEUR VERT
« The King of Terrors is the Prince of Peace. » YOUNG.
Un danseur dans la fournaise piétine les feuilles mortes. La patine de son corps ruisselle du sang des jours. Dans les cours des grandes villes dans l’or des puits de campagne les insectes se souviennent de son multiple visage. Un orgue de Barbarie songe aux quartiers de l’enfance. La chanson la plus lointaine est froide comme la lune.
★
Est-ce vous guetteurs des ruines embrassant de vos racines les éboulements secrets qui continuez la ronde sur les remparts des nuages? Danse mâle aux reins galbés des crépuscules de fièvre danse des copeaux de feu cernant les ferreurs de roues à l’horizon calciné l’orage s’accroche aux croix et ce cuivre dans le ciel sonne la joie des cuisines chante à l’orient pourri les bûchers au bord des fleuves.
★
Tête tranchée vive à Vêlai piquée de mouches bleues un colchique au fond des prunelles Rapace duveté de flamme cloué à l’orée du village des bris de lune dans les yeux Crucifix d’épine et de rouille l’amour aux vivants proposé nourrit l’ortie des cimetières.
★
Danseur Vert tu prends ma main tu me conduis au destin qui ressemble à ce que j’aime.
Danseur Vert ta main se ferme comme celle de mon père à jamais crispée sur le drap.
Danseur Vert tu tends un lotus partout sur le ventre des morts ta cloche tinte
★
Les volets filtrent ce visage modelé de lumière accrochée aux pavés de lueurs au niveau des tuiles les volets de la nuit qui laissent passer l’heure laissent venir le visiteur.
Du pied des meubles sans défense au plafond qui soudain s’entrouvre il déploie sa peur obscure il se casse à l’angle des rêves.
Et sa main qui se détache telle une feuille d’hiver sur tous les chemins de terre devient danseuse elle-même.
★
Aux confins de la forêt sentant qu’il va rencontrer celui qui le recherchait l’évadé s’arrête et pleure.
Il devine sa ferveur il connaît déjà son nom qu’il prononçait autrefois en souriant aux ténèbres.
O miracle millénaire sachez que cela sera tant que danse et dansera dans le sang le danseur vert
★
Parce que tu es là c’est la joie que je trouve parce que tu es là l’ombre devient lumière. Mourir n’est plus quitter la vie mais te quitter vivre n’est plus courir mais t’attendre. Tu es la …
…à se flétrir. Ton doigt levé arrête le bal ton regard suspend l’archet. Grâce à toi je sais l’amertume d’avoir été jeune sans te connaître la douceur de vieillir en te suivant. Mes gisants se lèvent mes pierres parlent mes arbres morts bourgeonnent, grâce à toi. Tout amour devant tant d’oubli tu pries par ta seule présence et sans faillir tu m’offres le bouquet fragile de ta main qui retient la fraîcheur de la nuit et la chaleur des jours qui ne sont que vécus.
Je puis partir parce que Tu es là.
Le livre est préfacé par la Psychanalyste Anne Clancier qui évoque une des sources d’inspiration de Louis Guillaume.
Il a passé son enfance à l’île de Brêhat, c’est dire que ses premiers regards ont été pour la mer, le ciel, les nuages , les rochers, mais aussi les prairies les plantes et les bois qui parsèment l’île. (…/…) On peut dire qu’il s’est structuré autour des quatre éléments : la terre, l’eau, l’air et le feu. (…/…) Il n’est pas de recueil de poème de Louis Guillaume qui ne consacre un texte ou un fragment de texte aux arbres. Le poète a dit lui-même que ses deux poles de son inspiration sont l’arbre et la mer
Ici, tu rencontreras un peu de poésie, de toutes sortes, ancienne (très ou peu), contemporaine (proche ou à peu proche) mais aussi un lieu où tu ne pourras pas « bruler les mots » de ton regard (emprunt à Lucien Suel « La théorie des orages« ) il te faudra alors (#SlowReading) choisir … – prendre le temps de chercher ton chemin parmi les lettres enfermées dans la grille – cliquer sur le lien qui te donne le chemin des lettres – passer ton chemin
… un poète est né ce jour qui porte le mot, de la plume et de la voix.
Les performances de Lucien Suel sont des parcelles de temps et d’espace habités et parcourus par une poésie qui sort des rails où se perdaient parfois son contact avec la/les Muse/s.
(réponse à la question : Oui … l’inscription dans la réalité bancaire … oui)
Poète, romancier, jardinier Lucien Suel a travaillé les mots de la même manière que certains travaillent la terre, en explorant toutes possibilités permettant de « mettre de l’ordre dans le chaos«
Il est aussi le créateur de quelques « personnages » tels que La limace à tête de chat
Ou encore Mauricette héroïne de son second roman « La patience de Mauricette » et que Lucien fait revivre de temps à autres sur son blog SILO
répondant en cela à la demande exprimée par exemple ici
Extrait du poème « Mauricette à Vélo » (Recueil « Je suis debout »)
Sur la route à la brune entre Haverskerque et Guarbecque. Traverse des effilochures de brume respiration du marais. Mains serrées autour des poignées de plastique bleu pétrole. De la force des mollets le cerveau transmet aux pédales pédalier chaîne dents de la roue libre moyeu jante et pneu.
Le caoutchouc frottefrotte la molette crantée de la dynamo. Shhuintronronnement mécaniquement produit d’énergie humaine. Lumière jaune devant rouge petit point tremblotant derrière. La selle de cuir dur enveloppée dans un torchon à carreaux noué sous les ressorts pour améliorer le confort du siège.
Au bord de la jupe genoux ronds se frôlent au-dessus du cadre. Tout le mouvement des muscles jumeaux des mollets fabrique transportsécurité rendementefficacité déplacementlumière.
De chaque côté du vélo maisons fenêtres bleuies par la maladie de télévision incurable cancerahlzeimer d’enfance à mort. Voitures stationnées jusqu’à l’aube prochaine se pelliculant fin voile de buée et de molécules chimiques carbone et plomb. Vélo immobile c’est le macadam un tapis autour de la terre.
Debout sur les pédales cheveux soulevés par la brise à l’aube à la nuit tombante au soleil en route infiniment direction paricilà droit devantderrière en rond en ronde toutoujours rouleroute parfum de sueur odeur d’éther retour en route sans fin sur soi-même éternel là-bas à rebours sur la route erout al rus…
Dernièrement, Lucien Suel a publié un roman , un roman de poète.
… et l’ensemble de ses 1000 -500 « Poèmes Express«
Ce n’est pas la date de naissance de Dominique Hasselmann domicilié en ce lieu parisien où nous est proposé de temps à autres (une fois par mois) des « poèmes télégraphiques (le plus récent) et qui a publié aux éditions publie.net un recueil de 140 petits poèmes en prose …
Tunnel des fêtes où les cadeaux sont les wagons verts, rouges et dorés des échanges codifiés par le système marchand.
…mais c’est bien un 16 décembre que ce grand admirateur de la tour Eiffel est né. Souhaitons lui un bon anniversaire.]
… Ce jour est celui où est né Lucien Banville d’Hostel, poète longtemps de sensibilité anarchiste bien qu’aristocrate.
Sa participation à un mouvement qui vise à revitaliser la poésie et à choisi un nom particulièrement ambitieux (le) « Mouvement Visionnaire ». Un article de « La Revue » traite de cette apparition dans son édition du 15 juillet 1908, Lucien Banville d’Hostel a alors 30 ans, il est le premier dont Gérard de Lacaze-Duthiers, auteur du texte fait le portrait.
Il y a du nouveau dans la jeune littérature : une école poétique vient de naître. Elle est parfaitement constituée. Elle a un but, des idées, un programme. Sans doute, les jeunes « visionnaires », partisans avant tout de la liberté en art, se défendent d’avoir voulu fonder une école. Ils savent combien il est grotesque de s’enrégimenter! Mais s’ils évitent de tomber dans les excès de leurs aînés, ils pensent non sans raison qu’il est nécessaire, entre écrivains d’aspirations communes, de se grouper, de se rapprocher pour imposer plus facilement leurs idées. Le défaut de la jeune littérature, c’est en effet le manque d’union. On tombe d’un excès dans l’autre: sous prétexte de ne plus fonder d’écoles, on s’isole. Chacun vit à part. Ce que l’on souhaitait vivement, depuis quelques années, c’était la fin de cet individualisme exagéré, aussi nuisible que les cénacles et chapelles. On allait même jusqu’à regretter les anciens sous-sols où poètes et artistes fraternisaient. Depuis-les fameuses soirées de « La Plume », qui groupèrent un moment l’élite de la jeunesse littéraire, il n’y avait plus rien. Or voici qu’une réaction commence à se produire. Déjà, les poètes du groupe de «L’Abbaye » affirmèrent la nécessité de mettre leurs efforts en commun. Avec les «visionnaires » et «aristocrates », cette tendance s’accentue encore. Il y a là un effort vers l’art et la beauté dont l’extrême originalité mérite d’attirer l’attention. On se rend compte des dernières tendances en art en étudiant l’œuvre collective de ces nouveaux venus. Quelques-uns d’entre eux ont le privilège de représenter plus exactement les tendances générales du groupe, tout en conservant leur originalité et leur personnalité, qui ne sont pas des moins intéressantes. Banville d’Hostel est un visionnaire qui n’a pas renoncé tout a fait aux formes antiques pour exprimer des idées modernes. Son vers est correct, sobre. Il n’a rien d’académique pourtant ; il correspond à un enthousiasme réfléchi, qui maintient le poète dans la tradition romantique, tout en l’autorisant à s’affranchir de certaines règles trop étroites. C’est le plus classique des aristocrates. Normand, il a toutes les qualités de sa race : l’entêtement, l’obstination. De nombreux voyages à l’étranger, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, Italie, ont formé son esprit en l’initiant à toutes les formes de beauté. Banville a-t-on écrit quelque part, est surtout le poète de l’action intérieure, il chante les espérances et les misères stoïquement supportées, les âmes emportées dans l’immense houle battant aux portes de l’idéal. Il cherche à quoi sert la vie? où elle va où elle porte les hommes ? » L’Elu, Epitaphe froide, La Ballade du pauvre incompris, le Saint, La Carmélite, sont les plus caractéristiques de ses poèmes philosophiques.
Courageusement, ces jeunes poètes sont allés voir l’un de leurs ainés, Anatole France, pour lui demander son avis, après lui avoir exposé leur but et les valeurs qui le sous-tendait Voici sa réponse
« Mais… cela me semble curieux et neuf… Vous avez constitué l’Ecole des «Visionnaires». C’est bien, c’est bien. Mais il y a autre chose que j’aime mieux dans vos projets : vous voulez intéresser le peuple, le peuple des métiers, à un mouvement d’art. Vous avez raison. II y a longtemps que des jeunes s’acheminent pour causer avec lui : ils ont dû s’arrêter en route. Le peuple ne les a pas vus… Je veux être de vos amis… »
La revue mensuelle, « La Foire Aux Chimères« , qui porta ce groupe de poètes qui comportait également un sculpteur et un peintre, n’a parut que deux années, on y trouve de nombreux poèmes de Banville d’Hostel, dont celui-ci
Il avait des pensers aux ailes séraphiques, Et son cœur pur était comme un doux reposoir Fait de printemps fleuri tout grisé d’ostensoir, Offert éperdument à la vierge biblique.
Et ses yeux, tout en haut de son long spectre noir, Ses yeux d’illuminé abreuvés de cantiques, Ses beaux yeux fous d’éther à la flamme extatique, Brillaient du feu sacré des cierges dans le soir.
Mais la mort, en passant par le froid presbytère, D’un geste maternel a scellé ses paupières. Ses yeux n’auront rien vu de ce triste milieu.
… Paul Eluard, évoqué hier (dans ce lieu immatériel que je me permets de qualifier d’) ici, doit une partie de sa réussite, comme beaucoup d’autres surréalistes, en « début de carrière », à celui qui est né, dans la ville de Salonique et qui a fondé dans un modeste quartier de Paris une maison la maison d’édition GLM, dont le nom porte ses initiales, celles de Guy Lévis Mano Voilà ce qu’en dit Francis Ambrière dans l’intransigeant du 12 janvier 1939
Une Librairie de la Poésie ? Elle nous manquait. Elle vient de s’ouvrir. C’est un joli cadeau pour les amis des lettres que nous fait là, si jeune encore, l’année 1939. Cette Librairie de la Poésie a tout ce qu’il faut, dès l’abord, pour séduire. Vous pouvez parcourir la rue Huyghens dans toute sa longueur : je vous jure que vous ne l’apercevrez pas. Il est bon qu’une maison réservée aux poètes ne soit point d’un accès facile, et qu’il faille faire effort avant d’y pénétrer. Sur le même trottoir que les puissants bâtiments des Editions Albin Michel, bastion du roman. — mais à l’autre bout — il vous faudra repérer une sorte de cour grise et nue. Le numéro 6 : c’est là. Entrez hardiment, allez au -fond, tournez une fois à droite, une fois à gauche : vous voilà dans une nouvelle cour, celle-là vaste et rectangulaire, sur laquelle s’ouvrent des ateliers de peintres. La première porte, tout près de vous, c’est la bonne. Poussez -la sans crainte : Mme Marthe Pissarro vous y attend, tout environnée de livres… C’est dans ce petit studio calme et retiré que sont nées, voilà cinq ou six ans, les Editions G. L. M. Oh ! de modestes éditions ! Le jeune homme qui les a fondées et qui les a baptisées de ses initiales. M. Guy Lévis-Mano, avait acquis à peu de frais des caractères, une presse, un stock de papier blanc, et s’était assuré-le concours de deux camarades. Tous trois aimaient d’un même amour la poésie et la typographie. De cette double passion naquirent quelques plaquettes min ces et ardentes, et l’on sut que l’avant-garde poétique avait enfin trouvé son point de ralliement. Après des jeunes comme Gisèle Prassinos, l’auteur de La Sauterelle arthritiques, des aînés à peine plus âgés, mais qui faisaient figure de guides — Paul Eluard, André Breton, Pierre-Jean Jouve — apportèrent leurs manuscrits à Guy Lévis Mano. Les Editions G. L. M. étaient devenues le laboratoire, des recherches poétiques d’aujourd’hui. C’est conscient de ce succès spirituel — car pour l’autre il n’y faut pas compter ! — que Guy-Lévis Mano a décidé d’adjoindre à ses propres publications une Librairie de la Poésie. Tout ce qui paraît en France de jeunes revues in trouvables, de plaquettes éditées à grand’.peine dans de petites villes de province par des auteurs qui sortent du collège, tout ce qui s’imprime sur la poésie contemporaine doit trouver asile dans l’humble studio. Un centre national de documentation poétique ? Mais _ oui ; et une source d’enthousiasme où l’on viendra boire. (…/…) Déjà M. Guy Lévis Mano s’inquiète de réunir les classiques de la jeune poésie. Il a réédité les Chants de Maldoror, et, après Lautréamont, il prépare une sorte d’anthologie où se grouperont tous les poètes qui se sont révélés après la guerre. Enfin, il inaugure une Revue murale qui, sur des panneaux de bois, offrira aux visiteurs un choix, renouvelé chaque mois, de poèmes manuscrits ou imprimés, de dessins, de photographies et d’essais typographiques. Tout n’est pas bon dans …
Ce que l’auteur de l’article ne mentionne pas, c’est la raison pour laquelle ces poètes surréalistes ont choisi ce petit éditeur. Bien sur, il y a leur difficulté d’accès à de grande entreprise installées dans l’Edition, mais ce qui les a vraiment conquis est en rapport avec les talents de Guy Lévis Mano, dans les choix typographiques, la mise en page et aussi l’accord avec les illustrations (voir celle utilisé pour la grille destinée précédemment à ralentir la brulure vos yeux sur le texte. Illustration destinée à Paul Eluard, dessinées par Valentine Hugo qui a exposé avec la plupart des peintres surréaliste – et eu une liaison avec Eluard- )
Ce que ne dit pas l’article est que Guy Lévis Mano est lui-même poète et a dirigé une revue de poésie. Revue apprécié ici par Madelaine Israël dans « L’Univers israélite » du 18 mars 1932
Il y a vraiment encore des faits héroïques : témoin cette belle revue de poésie « Minutes » que dirige Guy Levis-Mano. Trois ou quatre fois par an, Guy Levis-Mano trouve moyen d’éditer de fort beaux poèmes dans une publication soignée et généralement avec de belles illustrations. Celte fois-ci il s’est adressé à Jeanne Bergson. la fille de l’illustre philosophe, et à M. O. Klein pour, illustrer les poèmes sincères et émouvants de J. Vineuil : « Les rues sont grises ». Jeanne Bergson avec force et chaleur, O. Klein avec grâce et séduction, ont rendu à merveille l’atmosphère de demi-réalité dans laquelle se meuvent les poèmes. Les deux dessinateurs ont trouvé de beaux accents pour dire la tristesse des rues qui vont vers le travail quotidien, le charme infiniment mélancolique des ciels d’automne et la lourdeur des corps ployant sous l’effort. Ce sont de belles pages que celles-ci, qui méritaient d’être signalées.
Un poème de celui que ses amis appelaient GLM
de juin couleur d’automne mois de juin trois brins d’or fanés aux lèvres voyous du ciel juin raté, printemps fantôme mince décevant et nostalgique comme un barbelé Reproches reproches à l’automne tous les épis ne seront pas moissonnés Les hommes bras décharnés comme arbres sans fruits Reproches reproches à l’automne pour les fruits qu’on n’a pas manges Où est-elle ma confiance que je cherche nourrie et cherchée et voulue dix-huit cents nuits désertes dix étoiles ont vainement doré la nuit Dix-huit cents nuits longues et frêles et préparées et parées pour les aubes vierges guetteuses de poumons Où sont les hommes aux revolvers salutaires et aux yeux barrés de meurtres purs Dix-huit cents nuits pour rien et autant de jours plus blancs que les nuits. Les cartes fabriquées aux murs n’ont pas une ile où les vents soient des vents Hommes sans poids comme girouettes aux vents chaleur d’amour qui fond à la glace des étrangetés humaines Il y a quatre murs dedans un homme il y a dix, cent, …
… un chant qui ne fait pas antichambre pour pardonner les dix-huit cents nuits
… nait celui dont on dira qu’il est le poète de l’amour et de la résistance.
Une des épitaphes rédigées, 56 années plus tard (à la mort) de Paul Eluard dit en peu de mots beaucoup de lui.
« Paul Eluard vient de mourir. Il était parti du surréalisme, il avait prêché la révolte et chanté l’amour.
Mais l’heure du danger venue, pendant l’occupation, il fut aussi et surtout le poète de la Résistance. Son poème Libertéest aujourd’hui dans toutes les mémoires, il est enseigné dans les lycées, dans les écoles communales.
Eluard le tendre, l’élégiaque, avait su se montrer le plus violent et le plus juste dans la violence, quand elle avait été nécessaire. »
Deux mois avant, « Les cahiers du Sud » donnait son long poème « BLASON DÉDORÉ DE MES RÊVES » qui sera publié plus tard dans le recueil « Poésie ininterrompue » (disponible sur le site de la Bibliothèque Numérique Romandeici)
Dans ce rêve et pourtant j’étais presque éveillé Je me croyais au seuil de la grande avalanche Tête d’air renversée sous le poids de la terre Ma trace était déjà dissipée j’étouffais Dernier souffle premier gouffre définitif
Je respire souvent très mal je me confine Moralement aussi surtout quand je suis seul
Dans ce rêve le temps de vivre était réduit À sa plus simple expression naître et mourir Mes vertèbres mes nerfs ma chair Tremblaient bégayaient d’ignorance Et je perdais mon apparence
J’en vins pour me sauver à rêver d’animaux De chiens errants et fous de nocturnes immenses D’insectes de bois sec et de grappes gluantes Et de masses mouvantes Plus confuses que des rochers Plus compliquées que la forêt d’outre-chaleur Où le soleil se glisse comme une névrite Des animaux cachots tunnels et labyrinthes Sur terre et sous terre oubliés Des animaux au sein de l’eau qui les nourrit À fleur de l’air qui les contient Et des animaux décantés Faits de tout et de rien Comme les autres supposés Sans parois immédiates sans rapports certains Vertige dans la brume je restais en friche
Je figurais comme un mendiant La nature et les éléments Et ma chair pauvre mon sang riche Et mes plumes vives fanées Mes écailles ma peau vidée Ma voix muette mon cœur sourd Mon pelage mes griffes sûres Ma course et mon cheminement Ma ponte et mon éventrement Ma mue et ma mort sans rupture Mon corps absurde prisonnier Des poussées de la vie en vrac Ma fonction d’être reproduit Interminablement M’inclinaient toujours un peu plus Vers le fond le plus inconscient
J’en vins pour me sauver à me croire animal Voguent volent se terrent mes frissons d’enfant Mes yeux jamais ouverts et mon vagissement Je ne refuse pas l’hiver je vis encore Dans l’embrasure de l’automne mais je passe Aux premiers froids comme une feuille Ou bien je meurs comme je nais sans majesté Dans un gargouillement je suis la bulle éclose Et crevée au soleil je tisse sans savoir La toile la fourrure ou le bond sans fêlure Qui me permettent de durer pour un instant Nul n’a jamais ri ni pleuré Je ne m’embourbe ni n’étouffe Je ne me brûle ni me noie Je suis le nombre indéfini Au cœur d’une page de chiffres
Je suis fils de mes origines J’en ai les rides les ravines Le sang léger la sève épaisse Les sommets flous les caves sombres La rosée et la rouille Je m’équilibre et je chavire Comme les couches de terrain Et je m’étale et je me traîne Je brûle et je gèle à jamais Et je suis insensible Car mes sens engloutissent La chute et l’ascension La fleur et sa racine Le ver et son cocon Le diamant et la mine L’œil et son horizon
Je ne suis ni lourd ni léger Ni solitaire ni peuplé Nul ne peut séparer Ma chevelure de mes bras Ni ma gorge de son silence Ni ma lumière de ma nuit Je suis la foule partout Des profondeurs et des hauteurs La grimace en creux en relief La crispation de la distance La clarté close ou provocante Le masque posé sur la nacre La glèbe creusée par la taupe La vague enflée par le requin La brise chantante d’oiseaux Pour rien pour que tout continue Dans un foyer brillant éteint Et ranimé par un fétu
Les animaux sont la charnière Des ailerons du mouvement Ils ne connaissent ni naufrages Ni décombres ils perpétuent La longue alliance de la boue Avec l’azur avec la pierre Avec le flot avec la flamme Dure et douce comme une bouche Je ne peux pas me reposer Je m’agrège au jeu sans issue Au bruit sans couleur de musique Il n’est pas question de régner Ni de parler pour troubler l’ordre insane Ni d’élever le talus de mon crâne Plus haut que le buisson du jour Ni de permettre à ma poitrine Par son étrave de troubler La lie de l’immobilité
Animal je n’ai rien qui me conduise ailleurs
Je ne dispose pas du temps il est entier Ma poussière ignore les routes La foudre anime mon squelette Et la foudre m’immobilise Je suis pour un printemps le battement de l’aile Je glisse et passe sur l’air lisse Je suis rompu par le fer rouge De l’aurore et du crépuscule La terre absorbe mon reflet Je ne suis l’objet d’aucun doute Je ne contemple rien je guette La prolifération de l’ombre Où je puis être et m’abolir L’envie m’en vient sans réfléchir Le mur que je frappe m’abat Et je tombe et je me relève Dans le même abîme essentiel Dans la même absence d’images
Dessus dessous la vérité élémentaire La vérité sans son contraire Il n’est pas une erreur au monde Le jour banal et la nuit ordinaire Et des attaches pour toujours Avec un point fixe la vie Ni bonne ni mauvaise Une vie absorbant la mort Sans apparence de prestige
Nulle auréole pour le lion Nul ongle d’or pour l’aigle Et les hyènes n’ont pas de honte Les poissons s’ignorent nageant Aucun oiseau ne vole Le lièvre court pour mettre un point Au regard fixe de la chouette L’araignée ne fait qu’une toile Utile ou inutile un grenier une ruine
Je me sens m’en aller très bas Très haut très près très loin très flou Et net immense et plus petit Que le ciel amassé pour moi J’imite le plus machinal Des gestes d’un lieudit la terre Lune et soleil sont sans mystère Non plus que l’épaule aux aisselles Non plus que le vent à mes ailes
Blason dédoré de mes rêves Ai-je fait mon deuil de moi-même
En me couchant comme la cendre sous la flamme Ai-je abdiqué ne puis-je plus rien désigner En me montrant du doigt moi si fier d’être au monde
Non je dors et malgré le pouvoir de la nuit J’apprends comme un enfant que je vais m’éveiller Mes draps sont le linceul de mes rêves je vis Et du gouffre je passe à la lumière blonde Et je respire comme un amoureux se pâme Comme un fleuve se lisse sous une hirondelle
… est le jour de la mort d’un poète espagnol, prix Nobel de littérature
Vicente Aleixandre a, très jeune, dès ses premiers essais en poésie, été remarqué par la critique. On en jugera par la réception qu’en a fait un poète français et critique littéraire, Jean Cassou, proche de l’Espagne, étant né à Bilbao d’une mère andalouse.
(Extrait de son article publiée dans le Mercure de France du premier février 1929)
Le jeune poète Vicente Aleixandre, avec son recueil Ambito (Litoral, Malaga), vient d’atteindre du premier coup la maîtrise et la perfection. L’art qu’il a choisi ne souffre point, d’ailleurs, la moindre incertitude. Car il aspire à produire des objets denses, fermés sur eux-mêmes, et tels que ceux dont les peintures sévères de Juan Gris ou de Salvador Dali-nous donnent l’idée. C’est une poésie métallique et dont l’ambiance même est concrète, pesante, d’une évidence accablante et dure. L’heure favorite des poèmes d’Aleixandre est la nuit, une nuit plombée et en même temps vivante, sensuelle, toute pleine d’une monstrueuse existence. Par une singulière et habile contradiction, les vers d’Aleixandre ne se brisent que pour représenter une plus étroite continuité. Ces ruptures brusques et fréquentes ne sont pas des respirations ; elles n’introduisent dans le poème aucune musique, ni aucun mouvement. Au contraire, le poème demeure statique, et tous les éléments qu’il évoque et signifie demeurent étroitement adhérents les uns sur les autres et comme moulés les uns sur les autres. (…/…) Ainsi ce petit recueil de poèmes est-il d’une impressionnante unité et révèle t-il, dans ses profondeurs intimes, une doctrine sévère. Il est rare de voir un poète trouver ainsi du premier coup une formule où l’inspiration lyrique et une doctrine originale se fondent aussi harmonieusement.
De ce recueil, le poème Malaga dans deux traductions différentes.
MALAGA
(Traduit de l’espagnol par Claude Couffon. – Revue des deux Mondes
Tu es toujours présente à mes yeux, ville de mes jours marins. Suspendue à ce mont grandiose, à peine maintenue en ta verticale plongée dans l’onde bleue, tu semblés régner sous le ciel et sur les eaux, immobile parmi l’espace, comme si une main heureuse t’avait retenue, un instant de gloire, avant que tu ne t’engloutisses parmi les vagues amoureuses. Mais tu dures et jamais ne roules, et la mer après toi soupire ou brame, ô ville de mes jours joyeux, métropole très blanche où j’ai vécu et que j’évoque, angélique cité qui, surplombant la mer, présides son écume. Des rues, des rues à peine, légères, musicales. Des jardins avec des fleurs tropicales qui dressent leurs grosses palmes juvéniles. Des palmes ailées de lumière, qui bercent sur les têtes le scintillement de la brise, et qui suspendent pour un instant des lèvres célestes appareillant vers les îles magiques et lointaines qui voguent, libérées, sur le ciel indigo. Là-bas, là-bas aussi j’ai vécu, ô ville gracieuse, ville profonde. Là-bas, où les jeunes gens glissent sur la pierre aimable, et où les murs rutilants baisent toujours ceux qui toujours passent et repassent, murs bouillonnants, étincelants. Par une main maternelle là-bas je fus conduit. D’une grille fleurie, une guitare triste . chantait peut-être la chanson soudaine en suspens dans le temps ; la nuit était tranquille, plus tranquille l’amant, sous la lune éternelle qui passe en chaque instant. Un souffle d’éternité aura pu te détruire, Ô ville prodigieuse, moment qui émergea dans le cerveau d’un Dieu. Les hommes ont vécu dans un rêve, ils n’ont pas vécu, miroitements sans fin comme un souffle divin. Des jardins, des fleurs. Et la mer qui palpite pareille à un bras convoitant la ville qui s’envole entre mont et abîme, ville blanche dans l’air, chaude comme l’oiseau qui plane et n’arrive jamais Ô ville hors de la terre ! Par cette main maternelle je fus porté et j’avançais, léger, dans tes rues irréelles. Les pieds nus dans le jour. Les pieds nus dans la nuit. Grande lune. Soleil pur. Le ciel, là-bas, c’était toi, ville qu’il abritait, Ô ville qui volais, les ailes grandes ouvertes !
MALAGA
(Traduit de l’espagnol par Roger-Noël Mayer. – Poésie totale. Gallimard, 1977)
Mes yeux toujours te revoient, ville de mes jours marins. Au mont imposant accrochée, ta chute verticale dans les yeux bleues de justesse arrêtée, tu sembles régner sous le ciel, sur les eaux, suspendue dans les airs, comme si une main heureuse t’avait retenue un instant de gloire, avant que tu ne t’enfonces à jamais dans les vagues aimantes.
Mais tu dures et jamais ne descends, la mer soupire ou rugit après toi, cité de mes jours joyeux, cité mère et si blanche où j’ai vécu et que j’évoque, angélique cité qui, dominant la mer, présides ses écumes.
Rues à peine, légères, musicales. Jardins où les fleurs tropicales dressent leurs jeunes, fortes palmes. Palmes de lumière, ailées, qui, sur les têtes bercent l’éclat de la brise et retiennent un instant les célestes lèvres appareillant vers les très lointaines et magiques îles, qui là-bas dans le ciel indigo, naviguent, libérées.
Là aussi j’ai vécu, cité gracieuse, cité profonde. Là où les jeunes gens glissent sur la pierre aimable, où les murs rutilants toujours baisent ceux qui sans cesse passent, murs bouillonnants qui étincellent.
Là me conduisait une main maternelle. D’une grille fleurie une guitare triste peut-être chantait la soudaine chanson suspendue dans le temps ; tranquille était la nuit, et plus encore l’amant sous la lune éternelle qui passe en un instant.
Un souffle d’éternité aura pu te détruire, cité prodigieuse, moment où dans l’esprit d’un Dieu tu émergeas. Les hommes dans le rêve vécurent, ils n’ont pas vécu, éternellement brillants comme un souffle divin.
Jardins, fleurs. Mer respirant comme un …
… ne se pose. Ô cité qui n’es pas de ce monde !
Par cette main maternelle, je fus conduit léger au long de tes rues irréelles. Pieds nus dans le jour. Pieds nus dans la nuit. Lune immense. Soleil pur. Là-bas le ciel c’était toi, ville qu’il abritait. Ô ville qui volais les ailes déployées !
Le texte original de Vicente Aleixandre, en espagnol :
Siempre te ven mis ojos, ciudad de mis días marinos. Colgada del imponente monte, apenas detenida en tu vertical caída a las ondas azules, pareces reinar bajo el cielo, sobre las aguas, intermedia en los aires, como si una mano dichosa te hubiera retenido, un momento de gloria, antes de hundirte para siempre en las olas amantes.
Pero tú duras, nunca desciendes, y el mar suspira o brama, por ti, ciudad de mis días alegres, ciudad madre y blanquísma donde viví, y recuerdo, angélica ciudad que, más alta que el mar, presides sus espumas.
Calles apenas, leves, musicales. Jardines donde flores tropicales elevan sus juveniles palmas gruesas. Palmas de luz que sobre las cabezas aladas, mecen el brillo de la brisa y suspenden por un instante labios celestiales que cruzan con destino a las islas remotísimas, mágicas, que allá en el azul índigo, libertadas, navegan.
Allí también viví, allí, ciudad graciosa, ciudad honda. Allí, donde los jóvenes resbalan sobre la piedra amable, y donde las rutilantes paredes besan siempre a quienes siempre cruzan, hervidores, en brillos.
Allí fui conducido por una mano materna. Acaso de una reja florida una guitarra triste cantaba la súbita canción suspendida en el tiempo; quieta la noche, más quieto el amante, bajo la luna eterna que instantánea transcurre.
Un soplo de eternidad pudo destruirte, ciudad prodigiosa, momento que en la mente de un Dios emergiste. Los hombres por un sueño vivieron, no vivieron, eternamente fúlgidos como un soplo divino.
Jardines, flores. Mar alentado como un brazo que anhela a la ciudad voladora entre monte y abismo, blanca en los aires, con calidad de pájaro suspenso que nunca arriba ¡Oh ciudad no en la tierra!
Por aquella mano materna fui llevado ligero por tus calles ingrávidas. Pie desnudo en el día. Pie desnudo en la noche. Luna grande. Sol puro. Allí el cielo eras tú, ciudad que en él morabas. Ciudad que en él volabas con tus alas abiertas.
… nait Christian Dotremont, qui ( pour certains de ses textes poétiques) inventera les « peintures de mots » ou « logogramme » (mot qui existait déjà).
Porteur d’un nouveau courant surréaliste qui entend mettre Breton au rencart (il aurait « fait son temps »), Dotremont et quelques artistes, Belges comme lui, prônent un surréalisme plus débridé encore, notamment dans sa dimension érotique. Mais tout comme dans le groupe de Breton, le courant des surréalistes belges du groupe Dotremont ( mouvement Cobra) est tiraillé par des problèmes d’égo et de luttes internes en rapport. Ainsi Dotremont a pu dire « Alechinsky (peintre avec lequel il a collaboré dans des productions graphique et poétique) est un des principaux falsificateurs de Cobra »…
« mon rôle est sous-estimé, ainsi aussi Cobra est faussé. Par contre, le rôle d’Alechinsky, notamment, est surestimé ». ou encore « Je suis à peu près seul, encore, à comprendre l’importance historique du phénomène surréaliste révolutionnaire et du phénomène Cobra. En tout cas, seul à lutter ».
Il est vrai que sans lui le groupe Cobra n’aurait pas vécu très longtemps.
Un Poème de Christian Dotremont, l’illustration est de Pierre Alechinsky (produite pour un autre poème de Dotremont (voir ici et merci à Angèle Paoli )
Kara
Kara petit nœud de rien du tout deux mains serrées au sein des glissements
Petit ruban de terre sur les cheveux sur les fourrures des monts et des vaux
Drap tendu qui sèche entre les Gorges sur les bras de la première pluie
Karapitale des bois de l’âge que j’avais quand je serai vieux
Où les rennes tordent un cri les yeux à l’égyptienne
Pincée de cordes de cornes à tue-tête avec le rien
Mon grand Nord qui dort la gueule ouverte sur toi petit piège chaud
Lasso assis sur la carte blanche de l’espace étalé
… Maurice Magre disparait de la scène littéraire où il a eu une grande présence, en tant que poète, dramaturge, librettiste, essayiste …
scène qui n’a pas accaparé toute son activité puisqu’il a également été très prolifique et respecté dans le monde de l’ésotérisme. Il a notamment (sourire)² préfacé l’introduction à l’astrologie (renouvelée) de Don Néroman* « Planètes et Destins« ___ * (Auteur de « La leçon de Platon« ) qui qualifie Maurice Magre de « poète de l’occultisme » (dans « La pleine de vérité« )
On peut suivre Maurice Magre à travers la presse du début du XXème siècle qui l’a suivi de près.
Dans « la plume « du 15 juillet 1898, Maurice Magre a alors 22 ans
La CHANSON DES hommes, par Maurice Magre.
Sous ce titre superbe, la Chanson des Hommes, un jeune poète de vingt ans» M. Maurice Magre vient de nous donner un recueil de poèmes à la fois lyriques et simples, ardents et généreux. Il y a dit les hommes de tous les jours, occupés aux tâches familières, ceux des Faubourgs, ceux de la Glèbe et ceux de la Mer. Il les a regardés avec une sorte de tendresse mêlée d’une pitié vague, avec ce genre d’émotion triste et résignée qu’exprima dans des toiles mémorables le peintre François Millet. Ainsi donc, si vous êtes amateurs de curiosités verbales, de rythmiques fantaisistes ou d’étranges vocabulaires, il est bien inutile que vous ouvriez ce livre. Vous pouvez frapper a d’autres portes. Car tout est simple, ici. Les breuvages y sont frais. Les métaphores y sont fraîches, et les objets les plus simples du monde en composent l’ornement. Par sa façon et par son allure, le vers de Maurice Magre nous rappelle Musset — parfois même Pierre Dupont par son, inspiration — et son lyrisme plein de flammes et d’aisance nous a fait, en maints endroits, penser a Jean Richepin. Sa muse vêtue d’un fruste lin, harmonieusement drapée. n’a pas redouté de s’égarer dans les humbles logis et dans les quartiers pauvres; elle s’avance candidement vers les pâles créatures souffrantes; elle leur sourit; elle vient les guérir du « péché de pleurer.
Ce qui me plaît, ce qui m’enchante, dans la poésie de Maurice Magre, c’est qu’elle a une raison humaine, je dirai presque une raison sociale. Cette poésie présente d’étroits rapports avec notre époque, avec la société où nous vivons. Elle jaillit à son heure, en pleine crise de gestation révolutionnaire, dans le moment où le parti socialiste français s’organise d’une façon formidable. Elle clame l’infortune prolétarienne sur un ton souvent sentimental, mais avec des accents d’une véhémence vraiment forte. Non pas que Maurice Magre prêche la haine, la révolte brutale et stérile : il est trop naturiste pour s’oublier jusqu’à blasphémer, il a trop le sens de la vie. Et puis, comme toutes les âmes généreuses, c’est la foi dans l’avenir qui le soutient; il croit à la venue des futures races, il rêve de prochaines ères, pacifiques et bienheureuses. Il a dit le rêve de pain, de vin, de soleil, de ceux qui ont faim et de ceux qui ont froid. Il raconte leur malheur, et leur joie aussi, la joie de leur vie végétative, dans les cités et les campagnes. Il a compris I’homme qui travaille, et qui aurait droit a un peu de bonheur et a un peu de poésie lui aussi. Voilà pourquoi je distingue en M. Maurice Magre le grand poète populaire de notre génération.
Ici le rédacteur de l’article, Maurice Leblond, plaide contre « les réactionnaires » pour l’éducation du peuple, mais d’une manière qui serait jugée précisément réactionnaire par certains aspects, comme par exemple la volonté d’émergence d’une nouvelle race ayant des caractéristiques très précises.
Depuis longtemps, ce rôle de poète populaire, personne n‘avait osé le prendre. On dédaignait, parmi les gens de talent, de donner aux foules la nourriture spirituelle. On confiait ce soin a des personnalités médiocres comme MM. Déroulède et Coppée, écrivains réactionnaires qui exaltaient à leur aise leur sentiment militarisée et catholique. Notre génération a enfin compris le danger qu’il y avait à laisser les masses incultes. C’est pourtant la mission de la poésie de faire vibrer nos démocraties, de les rendre plus harmonieuses, d’éclairer leurs conceptions encore obscures, à l’aide de belles proses et de radieux poèmes.
Ah ne laissons pas le peuple en proie aux vulgaires déclamations des démagogues, mais marchons à sa rencontre, en chantant, avec des gerbes plein les bras. Ce sont ses muscles forts et ses torses puissants qui portent orgueilleusement les races de demain, et les larges seins roses de cette paysanne, courbée aux durs travaux, peut être sont-ils gonfles du sang des doux martyrs et vie tristes apôtres! Marchons vers eux, donnons-leur la joie du verbe, des rythmes des chansons. Dans les champs en friche de la pensée, ce sont les poètes qui préparent le terrain pour la bonne semailles. Leurs bucoliques et leurs cantiques suffisent a nourrir l’âme enfantine des grandes tribus. Le christianisme n’a jamais eu recours aux théologiens pour conquérir les cerveaux populaires. La poésie contenue dans ses évangiles et dans ses liturgies suffisait. Or aujourd’hui que périssent et s’écroulent les religions spiritualistes, c’est à nous de ressusciter de nouvelles pompes poétiques, de célébrer, par de nouvelles paraboles et de nouvelles métaphores, la religion future : le culte de la terre et de la vie. Il faudra que nous en écrivions les divines prières. Et ce n’est peut-être qu’au son glorieux des lyres que la croyance générale dans le panthéiste et le socialisme s’établira définitivement au fond des consciences françaises.
Ici le critique donne une mission au jeune Maurice Magre. Celui-ci l’a-t-il entendue ? Avait-t-il déjà des projets de cette nature ? Ceux-ci ont-ils été confortés, influencé par cet éloge dithyrambique ? De fait, Maurice Magre participera au renouveau d’une pensée païenne autour d’un ésotérisme retrouvé, rénové à la lumière du progrès des sciences qui produira de nouvelles lectures des écrits anciens, dont les philosophes grecs et les textes de mystiques arabes ou juifs.
A l’appui de ses espérances, Maurice Leblond, donne un texte issu de l’œuvre critiquée, qui lui semble être à l’orée de celles-ci. Il le présent ici.
M. Maurice Magre a-t-il réussi, dans la Chanson des Hommes, à écrire ces prières dont je parle ? Pas encore, je l’avance en toute justice. Mais tout laisse présager qu’il pourrait bien le faire un jour. Quelques-uns de ses grands morceaux lyriques comme la Pitié, le Pauvre, le Retour des Bergers, les Soldats, les Prêtres ou la Grande Plainte — qui semble inspirée de certaines prosopopées socialistes de Zola — toutes ces pièces sont destinées au plus grand retentissement. Je me bornerai à citer ici L’Hymme à la vie qui est parmi les plus purs et les plus radieux de ce livre :
Salut, Père des bois, des eaux et des charrues, Vers qui va la chanson des justes et des purs. Les venus sous les toits de chaume sont venues Nous apporter les rameaux verts, les outils durs.
Nous voulons vivre simplement parmi les choses : Nous serons au flot clair des sources fiancés, Et nous respirerons les vents qui font pleurer Le cœur mystérieux et tragique des roses.
Nous ne demandons plus, ô Seigneur, le secret Des forces inconnues menant les pluies étranges Et quel est le passant rêveur qui vient semer Le soir, des astres d’or dans les pailles des granges
Qu’importe le retour alterné des saisons Et le passage des oiseaux dans les contrées Pourvu qu’un peu de feu brille dans les maisons Et que le grillon rie dans les herbes coupées,
Qu’importe la naissance obscure des ruisseaux Et comment sourd la vie dans les forêts sacrées, Les chèvres danseront aux chansons des pipeaux Quand les pâtres enfants iront vers les dallées.
Il nous suffit que le vrai Dieu, le Dieu Soleil Répande sur la terre rude en tous les âges La lumière des faux parmi les champs vermeils. Dicte aux hommes futurs la loi des labourages,
Sous les vignes tordues accroche des raisins. Mette des cris d’agneaux au fond des bergeries, Fasse monter les blés et tourner les moulins, Et luire les pains clairs dans les boulangeries…
(Note : Lorsque Maurice Magre présent le Soleil comme le « vrai Dieu », il est en accord (sans le savoir ?) avec le moine calabrais Tommaso Campanella qui a écrit, comme une réponse à « La cité de Dieu » de saint Augustin, son utopie « La cité du Soleil« )
Une autre œuvre de Maurice Magre : « La monté aux Enfers » et donc une autre critique, dans « Le carnet de la semaine » va nous faire découvrir, l’évolution du poète, dans ses thèmes et dans ses convictions.
(parenthèse)
Critique de la féministe Henriette Sauret profitons en pour faire un détour vers son poème « Elles » du le recueil « Les Forces détournées »
Et voilà. On les fit en …
Misère ! on vous jugule, on vous pipe, on vous ment !
Après avoir décrit le poète, notamment comme un homme qui s’entoure d’ami « plus pour l’intérêt qu’il trouve en eux que pour se faire une escorte flatteuse » Henriette Sauret évoque la brillante carrière de Maurice Magre, qui tient au fil des ans la place qu’il s’est forgée (publications régulières suivies de succès). Elle indique qu’il a participé à l’effort de guerre (la grande) en organisant » avec un zèle averti des matinées pour les blessés, dans les hôpitaux. » des séances d’un caractère inédit puisque « sous l’égide de Maurice Magre, compétent en jolies femmes et en vraie poésie, de fines actrices récitèrent aux soldats, du Musset, du Verlaine, du Sully-Prud’homme, voire du Maurice Magre.« Puis elle en vient au fait, à savoir une publication qui témoigne de la nouvelle direction prise par Maurice Magre en rapport avec les notions de bien et de mal. L’ésotérisme pointe à l’horizon.
Ce livre parait et ce livre tombe comme une pierre étincelante dans la mare aux médiocrités présentes. « La Montée aux Enfers » c’est une somptueuse diversion, une parenthèse reposante, une heure d’oasis pour les pauvres pensées cernée et jugulées par la littérature d’Etat. Un cri d’admiration presque unanime y a répondu. Cependant, M. A. Billy qui manie la férule dans « l’Œuvre » n’apprécie pas ce livre et reproche à Maurice Magre l’imitation de Baudelaire. Il y a pire modèle. Mais Maurice Magre n’a pas imité Baudelaire. Tout en ressemblant au grand poète par certains côtés, il en diffère profondément. Il y a chez Maurice Magre une joie de l’horreur, une audace païenne, une agressive affirmation de ses goûts singuliers que n’avait point le plaintif, le houleux, l’hypochondre Baudelaire. Maurice Magre est le maître du démon qu’il a librement choisi. Maurice Magre nie le mal et le bien. Mieux, il est convaincu que ce qu’on nomme mal, permet au contraire l’exaltation suprême de nos pouvoirs, et que, dans ce mal, doivent plonger les racines de toute recherche, de tout effort, aspirant à l’absolu de la connaissance terrestre. Et par delà sa témérité, sa vigueur, sa richesse et couleur, Magre a fait preuve — à son insu peut-être, d’une habileté supérieure : il n’a pas dit un mot de la guerre. Il a situé son œuvre hors des temps, hors des pays. Ainsi, l’heureux homme a évité les démêlés avec certains ciseaux. Car, à cette heure, dès l’instant que vous « n’en » parlez pas la censure vous autorise à peindre les vices les plus osés, les lubricités les plus crues, les orgies les plus borgiesques et les plus frénétiques débordement.
L’évolution de l’écriture de Maurice Magre sera confirmée par Jean Ernest-Charles qui nous en dit quelques mots
Mais ne sollicitons plus de leçons de vivre du romancier Maurice Magre. Cela pourrait nous entraîner trop loin comme on dit. Maurice Magre, du moins, s’affirme ici comme un romancier quasi hallucinant des déséquilibrés de tous les mysticisme. Peu de romanciers aujourd’hui plongent dans cette atmosphère trouble où se meuvent ces demi-déments effrénés. Maurice Magre leur communique une animation extrême. Ils ont l’air tous d’être emportés dans une danse tragique et saugrenue ; et il s’en faut de très peu que, avec cette puissance de persuasion des forces, ils n’emportent les spectateurs qui voudraient bien se contenter d’être prodigieusement intéressés, comme ils le sont. Et, en fin de compte, l’incomparable réussite de Maurice Magre nous amène à une pitié stupéfiée, ahurie, effarée, oh, en outre, amusée.
Fasciné par le mal, Maurice Magre se retrouve très loin du poème sur lequel je souhaite le quitter
ENVOI
Je suis pareil à cet enfant Qui, laissé seul, dans sa détresse Fit une lettre et, comme adresse, Mit simplement : Paris, maman… De ceux qui m’aimeraient, peut-être, Moi aussi je suis seul très loin ; Au …
…nom, J’ai fait ces petites chansons… Puisse une femme les comprendre ! J’ai transcrit là sincèrement Mon cœur ingrat et peu fidèle… Maman, Paris… écrit l’enfant… Mais la lettre arrivera- t- elle ?