L’ÉVIDENCE ABSURDE – RENÉ DAUMAL – 5

[Peut-on sans danger
rompre avec le réel
et s’en détacher totalement]

CE DIVORCE D AVEC LE MONDE - letcr1



Extrait du recueil d’essais « L’Evidence absurde 1926-1934 – Essais et notes 1 »
de René Daumal

dans « Liberté sans espoir »

parcours de lecture
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Ce divorce d’avec le monde qui fait le monde indifférent à l’esprit est souvent proche du désespoir, mais c’est un désespoir qui rit du monde. Si l’esprit se sépare des choses, le corps en même temps se sépare des autres corps; son raidissement l’isole son raidissement l’isole, et couvre le visage du masque musculaire de l’ironie. Le révolté croit avoir trouvé la paix, souvent même il croit la conserver toute sa vie, mais le voilà enfermé dans ce masque rigide de mépris. L’esprit prend l’habitude de dire à tout ce que subit ou fait le corps « Ce n’est pas important. » Et l’homme croit avoir trouvé le salut. L’existence et les biens de ce monde perdent leur prix, rien n’est à craindre, et l’âme continue sa recherche de la pureté dans ce raidissement d’orgueil, celui du stoïcien.

MARYSE HACHE – BALEINE PAYSAGE – 10

[qui est donc passé en ce corps
de courant d’air ?]

UNE FENÊTRE S OUVRE SOUDAIN VLING - letcr1-exp2 

ou

UNE FENÊTRE S OUVRE SOUDAIN VLING - letcr3

Extrait du recueil « Baleine Paysage »
de Maryse Hache

(Baleine paysage 10)

parcours de lecture

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Maryse Hache sur Publie.net


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une fenêtre s’ouvre soudain vling se ferme / vling le vent pousse les crémones mal fermées / le dormant se réveille / quel fantôme a passé / quelle âme a fait le saut / peut-être visite d’une autrefois pomponnette habituée d’un fauteuil en velours bleu foncé

FUTU.RE – Dmitry Glukhovsky – 1-

[Lucide le bourreau
mais
qu’y peut-il ?]

QUAND DIEU PARLE GENTIMENT - letcr1-exp

… à rejoindre les rangs des apôtres »

Extrait de « FUTU.RE »

de Dmitry Glukhovsky

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QUAND DIEU PARLE GENTIMENT - txt1r


– Merci d’être venu.
– Merci à vous d’avoir fait appel à moi, dis-je avec un sourire.

Quand Dieu parle gentiment à un boucher c’est que ce dernier sera prochainement sacrifié sur l’autel plutôt qu’invité à rejoindre les rangs des apôtres.
Et qui mieux que le boucher jouant à Dieu avec le cheptel est en mesure de comprendre cela ?

Carnets du Népal – Mahigan Lepage

[fatigue, grêle et froid]

JE N ENTENDS RIEN QUE LA GRÊLE - letcr1-exp


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JE N ENTENDS RIEN QUE LA GRÊLE - letcr1-sr

Extrait de
« Carnets du Népal »

de Mahigan Lepage

aux éditions publie.net

Parcours de lecture

JE N ENTENDS RIEN QUE LA GRÊLE - sr

L’extrait
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J’ai peut-être déployé aujourd’hui l’effort physique de ma vie. Au deuxième jour de la randonnée, M. et moi avons décidé de bifurquer du sentier principal. Nous nous sommes perdus de village en village. Nous nous sommes engagés sans le savoir dans une sente attaquant la montagne de front, par un versant exposé au plein soleil de midi. Nous avons frôlé le coup de chaleur. Nos jambes n’en pouvaient plus de porter le poids de nos sacs et de nos corps. Nous nous sommes finalement hissés, au-delà de nos forces, sur le haut plateau. Puis, après encore deux ou trois heures d’une marche moins harassante, nous avons enfin atteint le village de Siurung.
Mes paupières tombent. Quand je rouvre les yeux, je suis presque surpris par l’éclat de ma lampe torche frontale. Plus de glace maintenant, mais une simple pluie qui tambourine sur le toit. Derrière mon dos, le tonnerre gronde. Mais la glace est revenue ; elle entrecoupe la pluie en se brisant sur la tôle. J’ai les jambes endolories, la nuque qui chauffe. La grêle a repris de plus belle. Des gouttes d’eau filtrent par la tôle percée, me mouillent les jambes et le dos.
Il est cinq ou six heures du soir. Dans les maisons, on doit parler, cuisiner. Je n’entends rien que la grêle sur la tôle. Que le bruit du ciel s’épuisant comme mon corps sur les montagnes de l’Himalaya.

LA PULPE – Jerzy ANDRZEJEWSKI – 01 –

[De tous temps, ces périodes qui précèdent le printemps,
– notre printemps –
(et le préparent autant qu’elles y résistent en secret)
ont exaspéré
tant la proximité de la lumière et de la chaleur
devient insupportable au fur et à mesure qu’elle augmente.]

IL ME SEMBLE QU AVEC LE PRINTEMPS - letcr1-exp

Extrait de «La Pulpe »

de

Jerzy ANDRZEJEWSKI 

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L’extrait complet

IL ME SEMBLE QU AVEC LE PRINTEMPS - txt1r


Après une journée ensoleillée et une soirée presque printanière, de nouveau une violente tempête de neige. Tout le monde est très las, déjà de cet hiver, de sa persévérance tenace accompagnée de ces changements capricieux si  fréquents ces derniers mois : dans la même journée la température s’est brusquement élevée d’une dizaine de degrés au-dessous à une température voisine de zéro, puis tout aussi brutalement, le dégel et les souffles d’air chaud qui l’accompagnent ont cédé la place à un froid vif. Jamais encore, sans doute, je n’avais eu aussi soif que maintenant de chaleur, de soleil et d’arbres verdissants. Je sais trop bien que ce peut n’être qu’illusion, mais il me semble qu’avec le printemps quelque chose changera aussi dans ma propre végétation à demi morte.

RENTREZ SANS MOI – CHRISTINE ZOTTELE – 9

Rentrez sans moi - couverture« À la mémoire de Lise Bonnafous* et de Nathalie Filippi* et à tou(te)s les immolé(e)s du silence… » Christine Zottele
L’oeuvre est disponible aux éditions Qazak (de Jan Doets)  ici

(* Liens ajoutés ici)

[Non pas retraite,
mais …]

ELLE RÊVAIT DE FONDER - letcr1-exp

[Pour cela, il aurait fallu aller
bien loin.]

                

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 ELLE RÊVAIT DE FONDER - letcr1-sr    

   

Extrait de « Rentrez sans moi » de Christine Zottele 

Brouillons et notes éparses
5 – Personnes et personnages

 —

Itinéraire de lecture

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ELLE RÊVAIT DE FONDER - txt1r


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On ne parlait jamais de son métier, elle me l’avait formellement interdit. Mais des personnes oui. Des gosses et des adultes. Les deux. Je ne suis pas un grand parleur mais un bon entendeur, salut ! Ça ne vous fait pas rire ? Et bien vous voyez, elle, elle aurait au moins souri. Juste pour me faire plaisir. Parce que j’adorais la voir sourire et que je la voyais de moins en moins sourire. Qu’est–ce que je vous disais ? Ah oui que je l’écoutais parler plus que moi je ne parlais… Et bien, je servais un peu à ça aussi. Elle n’aimait pas spécialement étaler tous ces problèmes et n’était pas du genre bavarde – elle parlait suffisamment en cours – mais avec moi elle se laissait aller à rêver tout haut. Elle rêvait de fonder une maison de retrait, c’est son expression. Un lieu de vie pour elle et ses amis vieillissants. Une sorte de maison autogérée où chacun puisse avoir à la fois son indépendance et se sentir utile à la communauté. Elle me disait que j’avais toute ma place en tant que médecin et amant de poche. Elle voulait bien me prêter à son amie Agathe. On visitait souvent des maisons avec elle, en faisant croire qu’on était mariés.

DU PROGRÈS DANS LA DOMESTICATION – RENÉ RIESEL – 1 –

[On peut se demander si, lorsqu’ils parlent de préhistoire tous les hommes désignent la même chose.

En fait, non !

Certains songent à l’histoire de l’homme avant l’écriture.
D’autres nomment ainsi ce qui se trouve avant leur histoire.
Chacun a ainsi SA préhistoire.
En particulier notre société industrielle.]

 

LA SOCIETE TOTALE NE SAIT - letcr1-exp

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LA SOCIETE TOTALE NE SAIT - letcr1-sr

L’extrait provient de l’essai
DU PROGRES 
DANS 
LA DOMESTICATION

de René Riesel

Parcours de lecture

LA SOCIETE TOTALE NE SAIT - sr


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LA SOCIETE TOTALE NE SAIT - txt0r

Le paragraphe entier
LA SOCIETE TOTALE NE SAIT - txt1r


La société industrielle, au stade où elle est parvenue, n’est sûrement pas la première à se donner pour achevée, à se montrer obsédée d’elle-même, inapte à se représenter ou se concevoir différemment. Finalement, on ne la dit moderne (certains prétendent étrangement que cela aussi est achevé) que parce qu’elle présente sur les sociétés traditionnelles et les civilisations immobiles la supériorité de prétendre les connaître et cette autre de les dissoudre toutes à son contact. Elle est la première à fonder sa remuante immuabilité non sur l’oubli final ou la mystification du passé, mais sur son dédain, persuadée qu’elle est d’avoir recueilli et réalisé tout ce qui valait dans ce legs, d’en être, comme elle croit l’être d’elle-même, le nécessaire, unique, indépassable et perpétuel aboutissement. La société totale ne sait rien voir d’autre que sa préhistoire dans les sociétés qui l’ont précédée.

L’OBJEU – Ly-Thanh-Huê, textes, Bona Mangangu, photos – 2

« Échapper au ronron de leur danse. Staccato fibrille dans leur coulure fluide.OBJEU - couverture
Ils étaient des objets au sein de la forêt qui ont devisé matière, féline fourrure, chrysalide lumière, naissance au monde et mots nouveaux.

J’ai écouté.

Me suis-je faite scribe de leurs mots ?

Aimerais. »

Ly-Thanh-Huê (extrait de la présentation)

Couverture Bona Mangangu

L’oeuvre est disponible aux éditions Qazak (de Jan Doets)  ici

 


IMMONDICES POURQUOI UN - letc1-exp

 

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IMMONDICES POURQUOI UN - letc1-rs

 « L’objeu »
de LY-THANH-HUÊ
(Lan Lan Huê)

Extrait de   « L’origine du monde »

Itinéraire de lecture

IMMONDICES POURQUOI UN - sr

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Voile sur immondices. C’est un nom si doux. Qui commence dans le monde et finit dans le vent. Sifflement. Elles disent l’indice fou qui s’immisce dans les feuilles. Ce sont des clairières obscures. Que l’on voudrait enfouir.
Immondices. Pourquoi un si joli nom ? Pour ces choses informes, visqueuses et dures.

PIERRE BRUNEL – CE SANS-CŒUR DE RIMBAUD – 4

[Rimbaud brûle en dedans et au dehors
le reniement commence
il n’aura pas de limite]

IL ENTEND EXTIRPER LA DERNIERE - letcr1-exp

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IL ENTEND EXTIRPER LA DERNIERE - letcr1-sr




Extrait de « CE SANS CŒUR DE RIMBAUD.
Essai de biographie intérieure
»

de Pierre Brunel

parcours de lecture

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De ces amis, Rimbaud aussi veut se dégager, dut-il aller pour cela pourrir seul dans l’étang

JOURNAL DE LA BROUSSE ENDORMIE – Nocturne 1 – SERGE MARCEL ROCHE – 4



Journal de la brousse endormie - couvertureLes mots de Serge Marcel Roche
à propos de ses poèmes :

(Précédés dans l’oeuvre par une magnifique* introduction de Anna Jouy qui met en parallèle deux mondes visibles/invisibles.)

« Poèmes écrits dans la chambre, de nuit.
Lui à la table ne fait rien que chercher
la douceur trop souvent absente du cœur humain,
la cherche dans la forme enneigée de l’effraie,
le nid de l’oiseau-soleil,
le silence du bois,
le coq sur le toit,
les arbres des forêts
et la chair tremblante du vent sous le poids de la gloire.

Vient le jour,
son pendant à porter,
les pistes à départir,
les heures à remonter,
le prochain pas à faire
avec la terre battue du corps
sous le couvert des nuages. »

L’oeuvre est disponible (à ce jour gratuitement) aux éditions Qazaq (de Jan Doets)  ici

* au sens plein du terme


SURGIT UN DESIR DE SAVANE - letcr1-exp

                                                … au bord des forêts sombres »

  


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SURGIT UN DESIR DE SAVANE - letcr1-sr

Extrait du recueil de poèmes

 « Journal de la brousse endormie »
de

Serge Marcel Roche

« Nocturne 1 »

Itinéraire de lecture

SURGIT UN DESIR DE SAVANE - sr

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(chez babelio)

SURGIT UN DESIR DE SAVANE - txt1r

 

Proposition de lecture :

 

 

Serge Marcel Roche en ses lieux virtuels : Chemin tournant



Le silence noir de l’insomnie
Aux tempes secrètes de la nuit
Un grillon dans la chambre
Et puis des voix lointaines sur la route
Rapportées par le vent
Reversées dans les mots
On a peine à les lire sous la lampe trop dure 
De la lune
Ils flottent entre les feuilles du mandarinier
Entre les clameurs de grenouilles
Semblables à certains cris d’oiseaux
Quand ils s’attroupent dans les arbres
Près des foulées

Surgit un désir de savane
De sable sous les pieds
D’horizon monotone
D’attente de la pluie
D’un giclement d’orage au bord des forêts sombres
Dont la fraîcheur lui parviendrait
Odorée de mangues et de lourdes goyaves
Mais il est seul sur le lit