Le mythe de la machine – Lewis Mumford

Le mythe de la machine - couverture

Lewis Mumford a, en général, toujours donné une nouvelle préface aux rééditions de ses oeuvres.

Malheureusement, il ne pourra le faire pour celle-ci. Il aurait assurément donné un éclairage actuel à cet essai en rapport avec les dernières « évolutions » de l’humain en rapport avec le progrès technique. Thème qui est précisément le sujet de ce premier tome « Technique et développement humain » qui concerne la période allant de la préhistoire … de l’homme jusqu’à l’époque médiévale.

Je donnerai donc un extrait de la note de l’éditeur qui comporte en ses tout derniers mots une citation de l’auteur.


BIEN PLUS DÉTERMINANTE-let


Le deuxième type d’utopie peut aussi être influencé par des désirs et souhaits primitifs ; mais ces désirs et souhaits ont appris à compter avec le monde dans lequel ils cherchent à se réaliser. Comme son nom l’indique, l’utopie de reconstruction est une représentation d’un environnement reconstitué, mieux adapté à la nature et aux buts des êtres humains qui l’habitent ; et non seulement mieux adapté à leur vraie nature, mais plus propre à les accompagner dans leur évolution. […] J’y ajoute une somme d’habitudes et une échelle de valeur neuves, un réseau d’institutions et de relations différent, et, peut-être – car toutes les utopies insistent sur l’importance de l’éducation – une transformation des caractères physiques et mentaux de la population choisie, grâce à l’éducation, la sélection biologique, etc. L’environnement reconstruit que cherchent à définir les véritables utopistes est à la fois une reconstruction du monde physique et du monde des idées. […] La recherche d’un idéal, d’un but, d’une finalité […] est fondamentale chez les utopistes. […] C’est sur ce point que l’utopie de reconstruction prouve sa supériorité. Elle ne se contente pas de dépeindre un monde complet car elle a le souci d’examiner simultanément tous les éléments qui le composent. Il est impossible d’étudier les utopies classiques sans voir leurs faiblesses et leurs propositions parfois dérangeantes. Mais pour le moment, il importe de découvrir leurs qualités.

Ecologica (2005) page 14 – André Gorz

André Gorz

 

André Gorz lie totalement le mode de production et donc de consommation de l’homme à la question de la sauvegarde de son environnement.

 

 


« L’écologie n’a toute sa charge critique et éthique que si les dévastations de la Terre, la destruction des bases naturelles de la vie sont comprises comme les conséquences d’un mode de production ; et que ce mode de production … »

EXIGE LA MAXIMISATION-letima

 


Écologica pages 14­15 (2005)
Mon point de départ a été un article paru dans un hebdomadaire américain vers 1954. Il expliquait que la valorisation des capacités de production américaines exigeait que la consommation croisse de 50% au moins dans les huit années à venir, mais que les gens
étaient bien incapables de définir de quoi seraient faits leur 50% de consommation supplémentaire. Il appartenait aux experts en publicité et en marketing de susciter des besoins, des désirs, des fantasmes nouveaux chez les consommateurs, de charger les
marchandises même les plus triviales de symboles qui en augmenteraient la demande. Le capitalisme avait besoin que les gens aient de plus grands besoins. Bien mieux : il devait pouvoir façonner et développer ces besoins de la façon la plus rentable pour lui,
en incorporant un maximum de superflu dans le nécessaire, en accélérant l’obsolescence des produits, en réduisant leur durabilité, en obligeant les plus petits besoins à se satisfaire par la plus grande consommation possible, en éliminant les consommations et
services collectifs (trams et trains par exemple) pour leur substituer des consommations individuelles. Il faut que la consommation soit individualisée et privée pour pouvoir être soumise aux intérêts du capital.

En partant de la critique du capitalisme, on arrive donc immanquablement à l’écologie politique qui, avec son indispensable théorie critique des besoins, conduit en retour à approfondir et radicaliser encore la critique du capitalisme. Je ne dirais donc pas qu’il y a une morale de l’écologie, mais plutôt que l’exigence éthique d’émancipation du sujet implique la critique théorique et pratique du capitalisme, de laquelle l’écologie politique est une dimension essentielle. Si l’on part en revanche de l’impératif écologique, on peut aussi bien arriver à un anticapitalisme radical qu’à un pétainisme vert, à un écofascisme ou à un communautarisme naturaliste. L’écologie n’a toute sa charge critique et éthique que si les dévastations de la Terre, la destruction
des bases naturelles de la vie sont comprises comme les conséquences d’un mode de production ; et que ce mode de production exige la maximisation des rendements et recourt à des techniques qui violent les équilibres biologiques. Je tiens donc que la
critique des techniques dans lesquelles la domination sur les hommes et sur la nature s’incarne est une des dimensions essentielles d’une éthique de la libération.

La panthère des neiges – Sylvain Tesson

A la poursuite pacifique de la panthère des neiges, en compagnon de Vincent Munier, lors des nombreux moments de guet immobile dans un froid (-20°C) qui ralentit suffisamment la pensée pour y geler ce qui la parasite, Sylvain Tesson se donne le temps de questionner l’humain et en particulier celui qu’il est lui-même.


 

« Hier, l’homme apparut, champignon à foyer multiple. Son cortex lui donna une disposition inédite :

Porter au plus haut - ima-let1

À la douleur, s’ajoutait la lucidité. L’horreur parfaite. »

 

 


(La photographie est de Vincent Munier)

*

 

Les aventures de Pinocchio – Carlo Collodi – Chapitre 4

Le avventure di Pinocchio /Capitolo 4


P04A- criquet qui parle

Bien avant l’écriture de Pinocchio, Collodi a participé à la production de livres scolaires (et notamment un ouvrage du genre de notre « tour de France de deux enfants ».
Ce ton de pédagogue (qui n’est pas naturel chez lui) on le retrouve dans ce chapitre où le criquet (centenaire) parlant fait la leçon à la marionnette vivante.


Chapitre quatrième

Où la sagesse du grand âge rencontre la rude opposition de la jeunesse qui ne veut surtout rien savoir de la vie, avant d’y avoir goûter.

(français)
P04A-L' HISTOIRE DE PINOCCHIO ET-let1
P04B-OÙ L’ ON VOIT QUE LES MÉCHANTS-let

P04A- criquet

(italien)
P04AI-LA STORIA DI PINOCCHIO COL-let
P04BI-DOVE SI VEDE COME I RAGAZZI-let


La leçon de morale du vieux grillon est très convenue. Collodi semble forcer le ton comme s’il voulait révolter aussi son jeune lecteur.


Vi dirò dunque, ragazzi, che mentre il povero Geppetto era condotto senza sua colpa in prigione, quel monello di Pinocchio, rimasto libero dalle grinfie del carabiniere, se la dava a gambe giù attraverso ai campi, per far più presto a tornarsene a casa; e nella gran furia del correre saltava greppi altissimi, siepi di pruni e fossi pieni d’acqua, tale e quale come avrebbe potuto fare un capretto o un leprottino inseguito dai cacciatori.

Giunto dinanzi a casa, trovò l’uscio di strada socchiuso. Lo spinse, entrò dentro, e appena ebbe messo tanto di paletto, si gettò a sedere per terra, lasciando andare un gran sospirone di contentezza.

Ma quella contentezza durò poco, perchè sentì nella stanza qualcuno che fece:

— Crì-crì-crì!

— Chi è che mi chiama? — disse Pinocchio tutto impaurito.

— Sono io! —

Pinocchio si voltò, e vide un grosso grillo che saliva lentamente su su per il muro.

— Dimmi, Grillo, e tu chi sei?

— Io sono il Grillo-parlante, e abito in questa stanza da più di cent’anni.

— Oggi però questa stanza è mia, — disse il burattino — e se vuoi farmi un vero piacere, vattene subito, senza nemmeno voltarti indietro.

— Io non me ne anderò di qui, — rispose il Grillo — se prima non ti avrò detto una gran verità.

— Dimmela, e spicciati.

— Guai a quei ragazzi che si ribellano ai loro genitori, e che abbandonano capricciosamente la casa paterna. Non avranno mai bene in questo mondo; e prima o poi dovranno pentirsene amaramente.

— Canta pure, Grillo mio, come ti pare e piace: ma io so che domani, all’alba, voglio andarmene di qui, perchè se rimango qui, avverrà a me quel che avviene a tutti gli altri ragazzi, vale a dire mi manderanno a scuola, e per amore o per forza mi toccherà a studiare; e io, a dirtela in confidenza, di studiare non ho punta voglia e mi diverto più a correre dietro alle farfalle e a salire su per gli alberi a prendere gli uccellini di nido.

— Povero grullerello!… Ma non sai che, facendo così, diventerai da grande un bellissimo somaro, e che tutti si piglieranno gioco di te?

— Chetati, grillaccio del mal’augurio! — gridò Pinocchio.

Ma il grillo, che era paziente e filosofo, invece di aversi a male di questa impertinenza, continuò con lo stesso tono di voce:

— E se non ti garba di andare a scuola, perchè non impari almeno un mestiere tanto da guadagnarti onestamente un pezzo di pane?

— Vuoi che te lo dica? — replicò Pinocchio, che cominciava a perdere la pazienza. — Fra i mestieri del mondo non ce n’è che uno solo, che veramente mi vada a genio.

— E questo mestiere sarebbe?

— Quello di mangiare, bere, dormire, divertirmi, e fare dalla mattina alla sera la vita del vagabondo.

— Per tua regola — disse il Grillo-parlante con la sua solita calma — tutti quelli che fanno codesto mestiere, finiscono quasi sempre allo spedale o in prigione.

— Bada, grillaccio del mal’augurio!… se mi monta la bizza, guai a te! —

— Povero Pinocchio: mi fai proprio compassione!…

— Perchè ti faccio compassione?

— Perchè sei un burattino e, quel che è peggio, perchè hai la testa di legno. —

P04A- criquet écrasé 2

A queste ultime parole, Pinocchio saltò su tutt’infuriato, e preso di sul banco un martello di legno, lo scagliò contro il Grillo-parlante.

Forse non credeva nemmeno di colpirlo; ma disgraziatamente lo colse per l’appunto nel capo, tanto che il povero Grillo ebbe appena il fiato di fare crì-crì-crì, e poi rimase lì stecchito e appiccicato alla parete.


Voilà donc la suite, les enfants. Alors que le pauvre Geppetto était conduit sans raison en prison, ce polisson de Pinocchio, sorti des griffes du carabinier, descendit à toutes jambes à travers champs pour rentrer plus vite à la maison. Dans sa course folle, il gravissait les plus hauts talus, sautait par dessus des haies de ronces et franchissait des fossés pleins d’eau, exactement comme un chevreau ou un jeune lièvre poursuivi par des chasseurs. Arrivé devant la maison, il trouva la porte fermée. Il lui donna une bourrade, entra, tira tous les verrous et s’affala par terre en poussant un grand soupir de satisfaction.

Mais la satisfaction dura peu car il entendit, quelque part dans la pièce, quelqu’un qui faisait :

– Cri-cri-cri !

– Qui donc m’appelle ? – demanda Pinocchio, apeuré.

– C’est moi !

Il se retourna et vit un énorme Grillon qui grimpait lentement sur le mur.

– Dis-moi, Grillon, qui es-tu ?

– Je suis le Grillon-qui-parle, et je vis dans cette pièce depuis plus de cent ans.

– Ouais, mais maintenant c’est ma maison à moi – dit la marionnette – et si tu veux vraiment me faire plaisir, va-t-en tout de suite et ne reviens pas.

– Je ne partirai d’ici – répondit le Grillon – qu’après t’avoir dit une vérité essentielle.

– Bon, alors grouille-toi de me la dire.

– Malheur aux enfants qui se révoltent contre leurs parents et abandonnent par caprice la maison paternelle ! Jamais ils ne trouveront le bien en ce monde et, tôt ou tard, ils s’en repentiront amèrement.

– Cause toujours, mon Grillon, tant qu’il te plaira : moi je sais que demain, à l’aube, je partirai d’ici car si je reste, il m’arrivera ce qui arrive à tous les enfants. C’est à dire qu’ils m’enverront à l’école et, que cela me plaise ou non, on m’obligera à étudier. Or moi, je te le dis en confidence, étudier ne me va pas du tout. Cela m’amuse beaucoup plus de courir derrière les papillons et de grimper dans les arbres pour dénicher les oiseaux.

– Pauvre petit sot ! Tu ne sais donc pas qu’en agissant ainsi tu deviendras le plus beau des ânes et que tout le monde se paiera ta tête ?

– Oh ! La barbe Grillon de malheur ! – cria Pinocchio.

Mais le Grillon, qui était patient et philosophe, au lieu de prendre mal cette impertinence, continua sur le même ton :

– S’il ne te plait pas d’aller à l’école, tu pourrais au moins apprendre un métier, de façon à pouvoir gagner ta vie honnêtement.

– Tu veux que je te dise ? – répliqua Pinocchio, qui commençait à s’énerver – Parmi tous les métiers du monde, un seul me conviendrait parfaitement.

– Et ce métier serait ?…

– Celui qui consiste à manger, boire, dormir, m’amuser et me balader du matin au soir.

– Pour ta gouverne – lui répondit le Grillon-qui-parle avec son calme habituel – je te signale que ceux qui pratiquèrent un tel métier ont tous fini leurs jours à l’hospice ou en prison.

– Cela suffit, Grillon de malheur !… Si la colère me prend, gare à toi !

– Pauvre Pinocchio ! Tu me fais pitié !…

– Et pourquoi, Grillon ?

– Parce que tu es une marionnette et, ce qui est terrible, que tu as donc la tête dure comme du bois.

P04A- criquet écrasé 1

Rendu absolument furieux par ces dernières paroles, Pinocchio se leva d’un bond, s’empara d’un marteau sur l’établi et le lança à toute volée vers le Grillon-qui-parle. Peut-être crut-il qu’il ne le toucherait même pas.

Malheureusement, il le frappa en plein sur la tête, si bien que le pauvre Grillon, après avoir fait une dernière fois cri-cri-cri, resta collé au mur, raide mort.


De la colère, mais pas vraiment de la méchanceté dans ce pantin révolté. L’auteur précise cette (possible) absence d’intention de tuer chez Pinocchio.


Dans l’adaptation de Walt Disney le grillon, surnommé Jiminy Cricket, est omniprésent.
Il est ce personnage que l’on retrouve dans la plupart des dessins animés et qui, par son aspect et comportement souvent comique atténue le côté dramatique de l’histoire.
Beaucoup sont ceux qui considèrent que cette présence dénature beaucoup le conte de Carlo Collodi, dont l’intention était bien autre que de distraire ses jeunes lecteurs … et leurs parents.