« Le pays où l’on arrive jamais » – André Dhôtel – page 17

P17 - TU M’ ENTENDS-image

 

« Je n’ai jamais interdit à un élève
de regarder par la fenêtre.»


disait André Dhôtel à propos de
cette ultime forme de l’école buissonnière
qui est encore possible (?) de nos jours.

C’est ce que le Livre permet depuis toujours
fenêtre ouverte sur
ce qui buissonne à deux pas de nous.


Dix-septième page,

Malgré la surveillance rapprochée
de sa tante
Gaspard parvient à entrer en contact
avec

le fugitif.

 


« La tuyauterie descendait tout droit de la chambre 25 où était installé le réservoir d’eau. Par chance, dans la salle de bains, un écrou joignait deux tuyaux qu’on avait ainsi ajustés pour des raisons techniques difficiles à expliquer. Gaspard ne mit pas plus de cinq minutes à desserrer l’écrou et à libérer le tuyau supérieur, après quoi, il réussit par une pesée à l’éloigner du mur, juste assez pour pouvoir coller tour à tour son oreille et sa bouche à l’orifice. »…
  

P17 - TU M’ ENTENDS-let


 

P17 - TU M’ ENTENDS-image


…- Tu m’entends?… murmura-t-il dans le tuyau.»

____________

Parfois
c’est tout ce que l’on a fait
pour éviter qu’un événement se produise
qui le favorise.

[Almanach] … Chloé Delaume

[Dans les tuyaux]

Lundi 7 Juillet 2008
aux éditions Publie.net
Chloé Delaume
donnait :
S’écrire, mode d’emploi

 SEULS M IMPORTENT PROCESSUS-letcr1-exp

        (à cliquer pour obtenir le parcours de lecture)


L’extrait


Le site de Chloé Delaume


Proposition de lecture de l’extrait complet :


Je m’appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Je le dis, le redis, sans cesse partout l’affirme. Je m’écris dans des livres, des textes, des pièces sonores. J’ai décidé de devenir personnage de fiction quand j’ai réalisé que j’en étais déjà un. À cette différence près que je ne m’écrivais pas. D’autres s’en occupaient. Personnage secondaire d’une fiction familiale et figurante passive de la fiction collective. J’ai choisi l’écriture pour me réapproprier mon corps, mes faits et gestes, et mon identité.
Je m’appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Je maîtrise le récit dans lequel j’évolue. C’est mon mode de contrôle, de contrôle sur ma vie. La vie et l’écriture, les lier au quotidien. Injecter de la vie au cœur de l’écriture, insuffler la fiction là où palpite la vie. Annihiler les frontières, faire que le papier retranscrive autant qu’il inocule. Ça ne m’intéresse pas d’être juste écrivain.
Je m’appelle Chloé Delaume. Je crois que tout le monde l’a compris. Mon prénom est celui d’une héroïne de Vian, décédée en fin d’ouvrage d’un cancer du nénuphar. Mon patronyme aussi, je l’ai échafaudé. L’arve et l’aume d’Artaud, sa traduction d’Alice. J’ai dit : ce nouveau Moi ne fera pas que raconter. C’était en 99, mon corps était à la campagne. Bientôt il serait prêt à expérimenter.
Ce sera un témoignage. Je ne théorise pas. Je ne généralise rien, je suis les mains gantées dans mon laboratoire ; je manipule le ressenti, les souvenirs, la fiction. La manière dont s’opère toute reconstitution, la façon dont s’agencent entre eux les matériaux. Les formes que peuvent prendre un genre qui n’est pas anodin, ses variations et mutations, sa réaction au contact de techniques classiques ou très contemporaines. Je fais des tentatives, je ne suis même pas dans l’œuvre, juste dans la recherche. Certains objets s’avortent dans des précipités, d’autres résistent mieux à la publication. Je ne m’en préoccupe pas. Je les défends à peine. Seuls m’importent processus, tuyauteries, protocoles. J’explore, un point c’est tout.
Je pratique donc l’autofiction. J’utilise, comme mes pairs, le vécu comme matériau. Dans mon laboratoire je suis organisée, le passé à la cave et sur les étagères chaque souvenir étiqueté s’avère prêt à l’emploi. La mémoire est menteuse, la moindre réminiscence est toujours reconstruite, je ne fais confiance qu’au verbe pour en extraire toujours l’initiale quintessence. En médecine chinoise, le cœur est relié à la langue.