[Almanach] Anna Jouy …

[Le temps, les membres … le papillon ?]

Mercredi 18 Juin 2014
Anna Jouy donnait
dans Les Mots Sous l’Aube
« Retard« 

CHAQUE MATIN ALLUME-letcr1-exp

                               

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Le texte, en son Après-Midi


Proposition de lecture  :


je ne serai jamais vive je ne l’ai jamais été. c’est pas maintenant que je peux m’y mettre, dit-elle ironique. c’est l’impossible. comme remettre un oeuf gobé dans sa coquille. le trou est décidément trop improbable.
j’ai dû naître en un seul coup, trop vite, jetée dans le fossé, par des chats sauvages qui s’attendaient peut-être à me bouffer tout de suite, entremets d’ombilic et de placenta avant les rats. j’ai ouvert la bouche et tout depuis défile. le train va grande vitesse, le rythme est saccades secousses, danse et trépidations.
j’ai les os pas faits. tout défile et je suis toujours à mes reptations en retard en retard en retard, de tous les souffles.
pas vive, larve ligotée. ce qui devait sortir exister reste coincé, sous la glotte, encoigné dans ses filets, la glu, le ciment. j’en ai plein les membres.
et l’épuisement de vivre dans ma nymphe sarcophage, chaque matin allume mes poings et ma tension extrême. écrire au poinçon, me perforer. peut-être et encore…

[Almanach] Arnold Stadler …

[Qu’est-ce qu’un philosophe ?]

Dimanche 17 Juin 2012
Oeuvres Ouvertes donnait
de Arnold Stadler
« J’étais une fois »
traduit par Laurent Margantin

ON DISAIT QUE J ÉTAIS PHILOSOPHE-letcr1-exp

                               

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L’extrait complet

Le texte et sa présentation sur le site de Laurent Margantin


Proposition de lecture  :


Si Mercedes Soza, une chanteuse argentine qui, comme moi, attend la venue d´un monde sans fêtes caritatives, et d´un monde sans femmes visitant les fêtes caritatives, si Mercedes Soza était venue à Meßkirch, personne n´aurait su qui elle était. Elle n´était pas célèbre à Meßkirch.
Mais comme le vieil Heidegger venait fêter ses quatre-vingt ans, tous venaient, parce qu´il était célèbre. Ils venaient dans la halle municipale où ont normalement lieu les comices du célèbre marché aux vaches tachetées de Meßkirch.
En tant qu´élève âgé de quinze ans du lycée Am Schloßberg, j´étais assis tout en haut sur le balcon, avec ceux qui ne faisaient pas partie des Heidegger. En bas étaient assis les cinq cents parents et les disciples du monde entier. Une princesse aussi. Une princesse aussi était là, pouvait-on lire dans le Dagblatt . J´avais quinze ans comme les autres jeunes de quinze ans, mais on disait que j´étais philosophe parce que je n´aimais pas faire de sport et parce que j´étais contre l´armée.
Le chœur Kreutzer chanta C´est le jour du Seigneur. Un ensemble Kreutzer local joua le premier mouvement du septuor en C-majeur. Après avoir lu les allocutions de ceux qui auraient aimé venir – dont celle du président de la République fédérale –, on présenta le document commémoratif de la ville. À chaque fois qu´on le prononçait, les gens de Meßkirch entendaient le nom de Meßkirch d´une manière nouvelle. Ils comprirent avec fierté que le nom de Meßkirch apparaissait dans le titre d´un livre tout entier, « Le langage de Meßkirch » ou quelque chose comme ça. Que l´orateur s´emportât presque à propos de ce livre, ça, ce n´était pas important. Heidegger prit bientôt la parole. Il avait gravi le petit escalier à petits pas. Devant le pupitre, il leva la main, et les applaudissement cessèrent. Pour la première fois, j´entendis sa curieuse voix dire Magnifizenz. Je l´avais déjà souvent vu. J´étais même passé à côté de lui. Devant le jardin de la ferme, sur le chemin vers l´arrêt du bus. Je lui avais certainement dit bonjour alors. J´avais également vu que j´étais déjà aussi grand que Heidegger, alors que j´étais de taille moyenne. Maintenant il racontait en personne des choses poétiques avec une voix fragile comme une coquille d´œuf. Comme je commençais, vers mes quinze ans, à écrire des poèmes, j´ai saisi quelques expressions au vol et les ai tout de suite notées à la maison. Parmi elles, il y avait La douleur est le plan de l´être et Le silence est la gratitude de l´âge. Ensuite, il dit quelques mots sur la patrie et retourna en bas. Le groupe en costume folklorique lui offrit un seau de miel de Heuberg.
J´étais assis en haut et voyais et entendais tout ce qui se passait en bas. Un professeur du Japon, qui était venu du Japon jusqu´à Meßkirch, pour parler à Meßkirch. J´emportais aussi son Le plus gland penseul depuis Platonà la maison. Personne ne pouvait saisir le sens de cette phrase. Moi non plus je ne pouvais en saisir le sens, même si j´avais déjà entendu le nom de Platon. Réveille-toi, dis-je à Rolando qui dormait à côté de moi, c´est bientôt fini. Un jour, lui dis-je, tu pourras raconter que tu as vu le professeur du Japon.
Après tout cela il y avait encore une saucisse et du pain.

[Almanach] Anne Collongues…

[Spectateur … immobile.]

Mardi 16 Juin 2009
Les éditions publie.net donnaient
Quatrième étage de Anne Collongues

SON AMIE SE BAISSE POUR - letcr1-exp

                               

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Proposition de lecture  :


Anne Collongues a également participé (photographies) au recueil de récits de Sabine Huynh « En taxi dans Jérusalem »

Une lecture collective de son premier roman (à l’Imagigraphe)
« ce qui nous sépare » ici

 


Des pensées courtes circulent et se chassent une à une, comme des fourmis en file indienne disparaissent sous un mur. S’enfoncer dans l’oubli, dans le confort de l’ombre et suivre la circulation des voisins qui s’affairent, sans une fois regarder vers l’extérieur. Au prochain mouvement, le gouffre des heures déjà passées aura quelque chose d’effrayant et d’apaisant à la fois. La nuit aura comblé depuis longtemps l’espace du rectangle vide entre les deux immeubles. Sourires de famille placée dans un paysage silencieux d’herbes et de montagnes. Programme de la soirée. Les publicités éclairent en flashs irréguliers le profil bleu puis orange. Parvient jusque dans l’appartement, le son asphyxié de l’avenue humide traversée de phares et de klaxons.
Un brin dramatique le noir dans le salon, la télé vers laquelle la tête n’est pas tournée, la posture immobile. L’inertie devenue paralysie molle creuse de son poids une forme dans le canapé. Les pieds trouvent leur place sur le tapis usé, près des marques que le poids de la table a laissées. Regard accroché aux appartements, qui d’extinction en extinction, circule. Ce qui se trame derrière les yeux, au rebord du regard fixe, rien que la somnolence passagère ne dissimule très longtemps. Lendemain, jour. Du canapé, il fait des jeux, tentatives d’organiser des formes avec un dessous-de-plat, cendrier, magazine et le reste des choses à portée de main sur la table basse. Chercher à prendre l’air.
Menu sans surprise. Il retrouve le lieu immuable et familier, sans remarquer le changement de rideaux ou d’autre chose. C’est pour cela qu’il revient dans cette brasserie, y aller directement, sans flâner, sans devoir choisir, et retrouver l’endroit inchangé. Poussiéreux et réconfortant. Prendre l’air et revenir. Interrompre et revenir. Coin de rue ordinaire. Steak tartare. Deux fois plus de choses à regarder en mangeant.
Une jeune femme trébuche sur le trottoir d’en face. Son amie se baisse pour la relever et elles restent ensemble étrangement accroupies au sol, leurs cheveux noirs entremêlés. Un bus passe, les cache, un passager le regarde. Elles ont disparu.

[Almanach] Cécile Portier…

[Au début du voyage

quelques freins]

Vendredi 15 Juin 2012
Les éditions publie.net donnaient
Contact
de Cécile Portier

ELLE OUVRE SA PORTIÈRE -letcr1-exp-

                               

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Ici, Cécile Portier enfonce le clou
de ces écrits virtuels
(petite racine)


Proposition de lecture :


KILOMÈTRE 3
Ce raccourci pour atteindre la rocade, on l’a pris des milliers de fois : le chemin pour l’école.
La grille, les longs bâtiments couchés, la peinture orange ternie. La fenêtre où le store est déchiré : sa classe. Tout est fermé – vacances scolaires. Tout est déserté. Mais le ralentisseur installé au travers de la route est toujours là, permanent. Gendarme couché. Systématique et aveugle, remplissant son rôle sans aucun zèle, avec une efficacité absolue. Il faut rétrograder, passer au pas.
On aurait voulu partir vite, et la lenteur s’impose, comme une évidence.
Avant de partir, on s’était imaginé la route, on avait pensé « kilomètres », « vitesse », on avait vu la ligne droite, la destination. Les choses allaient se déployer : trajet, paysage. Et puis non. On commence par ce raccourci qui est une chicane, par cette route qui enfle et devient une petite muraille, une injonction de ralentir. Passer au pas, sentir la houle que provoque cette vague dure sous les roues.
Ça donne comme un sentiment de culpabilité de passer par là sans elle. Ce trajet matinal entre la maison et l’école n’a pourtant jamais été entre nous ce qu’on appelle un « moment privilégié ». Il n’y a jamais le temps. La peur du retard, ça crispe tout. Elle, elle ne fait aucun effort, il faut lui dire cinq fois d’enfiler son manteau, la pousser dehors, lui attacher la ceinture, la presser, se presser. Et dans la voiture on met la radio, c’est l’heure des infos. Elle est derrière, petit paquet renfrogné qu’il faut livrer à l’heure, elle est derrière et on conduit, on n’y pense plus, on pense déjà aux choses à faire et qui attendent.
Et puis, chaque fois, c’est quand elle part qu’on regrette. Elle ouvre sa portière, on se penche pour réclamer un baiser, elle y consent, et puis elle sort, elle va vers sa journée. Et on reste, un peu bête. Il n’y a plus qu’à faire le constat du divorce entre nos deux vies. L’une d’enfant, qui court à cloche-pied sur le bitume de la cour d’école. L’autre d’adulte : une présence qui chaque matin, quand elle part, n’est plus à offrir à personne. Aujourd’hui elle n’est pas là, mieux vaut ne pas y penser. On se rattrapera, de toute façon. Plus tard on va se rattraper, on prendra le temps de ralentir pour elle, promis.
Mais aujourd’hui il faut aller vite, il faut s’en aller.

[Almanach] Alain François…

[L’heure des retrouvailles… avec un soi
d’avant.]

Mardi 14 Juin 2011
Les éditions publie.net donnaient
WEBOBJET (ça recommence comme ça) de Alain François

JE ME MURMURE INCIDEMMENT-letcr1-exp

                               

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Proposition de lecture du début de ce journal :

La version numérique de ce livre est enrichie de nombreux liens et d’animations intégrées (notes en bas de page)
Des innovations … qui ont du mal à se faire leur place, presque 10 ans plus tard, dans le livre numérique.

Le blog de Alain François http://bonobo.net/


Puisque je traîne dans les couloirs de l’administration, j’en profite pour squatter le bureau de Jacques L. Je lui annonce la naissance de ce site. Nous discutons des implications d’un tel exercice dans le cadre d’une école… Il accepte d’être cité et re-cité en affirmant « j’ai le goût du risque ». Il ne risque pas grand-chose, ce Jacques L. (la cible, c’est moi). il me fait une belle impression quand il s’esclaffe : « tu as pris le contre-pied du discours… » lorsque je prends le contre-pied de son discours, et je me murmure incidemment « je suis de retour chez moi ». Ce chez-moi est une certaine langue que je n’avais plus entendue. Ou autre chose. Ou autre chose. Je me sens tiraillé, partagé, traversé par des courants étranges, des forces anciennes, des sources endormies.

J’avais eu tant de mal à gagner mes galons de normalité…

En rentrant, je découvre dans ma boite mail un message contenant un étrange portrait de lui-même, son portrait officiel me dit-il.

[Almanach] Jean-Yves Fick & Louise Imagine…

[Des photographies qui aident à oublier l’humain

des textes qui le déposent
au bord ]

Vendredi 13 Juin 2014
Les éditions publie.net donnaient
Inlands 
de Jean-Yves Fick (textes) & Louise Imagine (photographies)

NOUS AU REBORD DES SOIRS-letcr1-exp

                               

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(sur le site de Jean-Yves Fick, en compagnie d’autres
écritures et réécritures du recueil, alors en cours.)


Un extrait plus long lu par Jean-Claude Mathon :

 


nous au rebord des soirs
à ne rien arrêter
ni entendre des mondes
sinon nous leurs silences.

[Almanach] Didier Bazy…

[Tout … pour un sursit.]

Vendredi 12 Juin 2015
Les éditions publie.net donnaient
Cendres de Didier Bazy

ÔTANT SA CAGOULE J AI RECONNU-letcr1-exp

                               

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Un extrait plus long lu par Jean-Claude Mathon :

Le livre numérique propose une lecture complète du texte par Jean-Claude Mathon
(Initiative heureuse, la voix réinsère le texte dans le temps et lui donne alors toute sa force.
L’esprit ne peut traîner sur quelques mots, ou les brûler du regard, il doit subir le déroulement inéluctable et violent dans l’engrenage impitoyable du récit)


Le collègue de travail a été remplacé par un très jeune homme.
 
Malgré sa cagoule, il m’a d’emblée semblé familier.
 
Une étrange complicité s’est installée entre nous. Amitié de trahison.
 
Silences bienveillants.
 
 
Nous buvons beaucoup d’alcool ensemble. Quand l’un est épuisé, l’autre accourt spontanément.
Un garde repère vite notre manège instinctif.
 
Il n’aime pas cette solidarité.
 
Il a tiré une balle dans la nuque de mon nouveau collègue. J’ai collationné des éclats de cerveau dans un seau sale. J’ai poussé le wagonnet dans le four.
 
Ôtant sa cagoule, j’ai reconnu mon frère, ses yeux ouverts, intacts.

[Almanach] Véronique Vassiliou …

[Le corps doit obéir

mais parfois ça dérape.]

Lundi 11 Juin 2012
Les éditions publie.net donnaient
Movies de Véronique Vassiliou

SENTIR LE SOL SOUS LES PIEDS-letcr1-exp

                               

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Proposition de lecture :


Sentir le sol sous les pieds nus. Penser à la terre. Sous la plante. Se dresser sur la pointe.  Les orteils fléchissent. Toucher le sol du talon. Talon, pointe. Talon, pointe. Talon, pointe. Respirer. Talon, pointe. Talon, pointe. Talon, pointe. Respirer. Talon, pointe. Talon, pointe. Talon, pointe. Respirer.

[Almanach] Claudia Patuzzi …

[A travers Regard (personnage du roman)
autre vision de la rive du savoir.]

Mercredi 11 Juin 2014
Claudia Patuzzi donnait le 47ème épisode
de son roman « La rive interdite » (La riva proibita)
publiée aux éditions Normant

PRESQUE TOUS LES ÉTUDIANTS-letcr1-exp

                               

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Claudia Patuzzi à donné son roman à lire sur son blog
la première page est ici

Le temps (La rive interdite n.1)


Proposition de lecture :


La salle désormais était comble, et Regard, comme apeurée, se cacha derrière une colonne pour ne pas perdre de vue Marcel qui, silencieux, se tenait droit, au premier rang, devant le maître.
La fillette tressaillit en apercevant, pour la première fois, le regard plein de ferveur et de respect, à la fois complice et anxieu, avec lequel Marcel observait les deux maîtres.
« Complicité ? anxiété ? qu’est-ce à dire ? – se demanda Regard – Que se passe-t-il ? Que fait Marcel ? Et où est cette femme qui s’appelle Philosophie ? » La fillette commença alors à regarder autour d’elle effrayée, serrant très fort son capuchon autour de sa tête avec ses deux mains.
Pendant ce temps, presque tous les étudiants s’étaient munis de parchemins, de plumes d’oie bien taillées et d’une petite bouteille d’encre ; certains avaient entre les mains des manuscrits ou des feuillets, qu’ils consultaient de temps en temps, en répétant par cœur ce qui était écrit sur ces pages ; d’autres avaient cessé de parler et, en regardant fixement vers le centre, attendaient fébrilement que commence le débat.
Avec sou intuition féminine et presque surnaturelle, Regard pensa aux encouragements hypocrites dispensés aux chrétiens par leurs geôliers avant le martyre, et eut le sentiment que ce moment de calme apparent précédait la tempête …

Tout à coup elle frissonna…

[Almanach] Christine Jeanney …

[Le muscle est encore parfois utile]

vendredi 10 juin 2011
Les éditions publie.net donnaient
Cartons de Christine Jeanney

LES GROS BRAS LES PRENDRONT-letcr1-exp

                               

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Proposition de lecture :


LIVRES SALON écrit au feutre noir une fois dessus, une fois sur le côté, les gros bras les prendront trois par trois et même plus, je m’échine sur un seul, poussé péniblement, tiré, il s’arrache, je recouvre de scotch la plaie, cache un morceau de couverture violette, livre en allemand, historique, familier, mystérieux, pas ouvert à cause d’une langue impénétrable mais gardé, rassurant, l’obscurité pour lui, tiens, me promettre de l’ouvrir à l’arrivée, là-bas, au moment de remplir les étagères vides, déménager c’est se faire de petites promesses, là-bas, il faudra, on pourra, on fera attention, et plus question de (et puis on fait comme on a l’habitude, le temps de retrouver nos déplacements et de lever la tête dans la bonne direction, déménager c’est se demander souvent et plusieurs fois par jour où est accrochée la pendule)