Je ne peux pas oublier : Refus d’obéissance – Jean Giono – 27 – Les gens du château

Jean Giono pointe dans ce passage, la difficulté qu’il y a de se détacher d’un maître qui vous maltraite, mais qui vous laisse une petite partie de ses profits, suffisante pour que l’on puisse continuer à le servir.
(La fin de l’esclavage – dans notre civilisation – est le résultat d’une lutte légitime, mais aussi d’un calcul économique, qui se poursuit de nos jours avec l’uberisation : pourquoi loger et nourrir un bien vivant, périssable et d’un rapport incertain, alors qu’on peut se contenter de louer sa force de travail au jour le jour ?)


Carlos Gohn à Versailles

« Reste à savoir ce que je préfère : vivre moi-même, permettre que les enfants soient des enfants : et jouir du monde, ou assurer, par mon sacrifice la continuité de la vie de l’état capitaliste ? Continuons à être objectifs. A quoi sert mon sacrifice ? A rien !
(J’entends ! Ne criez-pas si fort dans l’ombre. Ne montrez pas; vos gueules épouvantables de massacrés de l’usine. Ne parlez pas, vous qui me dites que votre atelier a fermé et qu’il n’y a pas de pain à la maison.

JNPgi-27-NE HURLEZ PAS-le-i

F                                                 S


« Le XXIe siècle s’ouvre sous le signe d’une géopolitique du chaos, en raison de la prolifération des acteurs et des vecteurs de la violence, et d’une économie des chocs.

Force est de constater que les Etats-Unis ont acquis une spectaculaire avance, en répondant à la montée des menaces asymétriques et des risques de chocs par le concept de la guerre préventive,

Cette doctrine se traduit, dans le domaine militaire comme dans le domaine économique, par quatre principes opérationnels : l’intégration complète des instruments ; la maîtrise du renseignement ; la priorité donnée à la flexibilité, à la mobilité et à la réactivité ; le maintien d’un droit d’accès et d’une possibilité d’action inconditionnelle sur les Etats, les économies et les sociétés. »

Source : Les Echos « La guerre économique préventive »

https://www.lesechos.fr/2003/06/la-guerre-economique-preventive-1058458

Je ne peux pas oublier : Refus d’obéissance – Jean Giono – 26 – Tuer la Guerre

Ici, je ne peux que répéter des paroles qui ont un sens nouveau ces derniers jours.

Alors que les mesures prises, sans aucun accompagnement, interdisent
les espaces publics, à ceux qui n’ont que cela pour vivre (ceux par exemple qui vivent à plusieurs dans une chambre d’hôtel social)
l’école, sans que rien n’ait été envisagé pour, non pas la remplacer, mais donner le sentiment que tout ne s’arrête pas du côté de « éducation que donne la nation » (Le groupe (?) qui a concocté ces obligations, n’a pas pensé à réquisitionner en partie les chaines publiques pour proposer au long de la semaine quelques substituts au vide qu’ils créaient ainsi)
les resto … du coeur par exemple, contraints pour un grand nombre, faute de suggestions de ces mêmes décideurs, de fermer leur porte.

« L’état capitaliste ne connaît pas les hommes qui cherchent ce que nous appelons le bonheur, les hommes dont le propre est d’être ce qu’ils sont, les hommes en chair et en os ; il ne connaît qu’une matière première pour produire du capital. Pour produire du capital il a, à certains moments, besoin de la guerre, comme un menuisier a besoin d’un rabot, il se sert de la guerre. L’enfant, les yeux bleus, la mère, le père, la joie, le bonheur, l’amour, la paix, l’ombre des arbres, la fraîcheur du vent, la course sautelante des eaux, il ne connaît pas.

Il ne reconnaît pas dans son état, dans ses lois, le droit de jouir des beautés du monde en liberté. Économiquement, il ne peut pas le reconnaître. Il n’a de lois que pour le sang et pour l’or. Dans l’état capitaliste, ceux qui jouissent ne jouissent que de sang et d’or. Ce qu’il fait dire par ses lois, ses professeurs, ses poètes accrédités, c’est qu’il y a le devoir de se sacrifier. Il faut que moi, toi et les autres, nous nous sacrifiions. A qui ? L’état capitaliste nous cache gentiment le chemin de l’abattoir : vous vous sacrifiez à la patrie (on n’ose déjà plus guère le dire) mais enfin, à votre prochain, à vos enfants, aux générations futures. Et ainsi de suite, de génération en génération. Qui donc mange les fruits de ce sacrifice à la fin ? …

(passage déjà cité)

Oui l’état capitaliste ne connait pas les hommes, ou plutôt, les hommes qui dirigent cette entreprise ignorent tout de ceux auxquels ils adressent leurs ordres de « mobilisation (présentée comme) fraternelle ».


Jean Giono jeune (puisque vers le tard il regrettera ces propos) indique l’action à mener.

« Voilà un être organisé qui fonctionne. Il s’appelle état capitaliste comme il s’appellerait chien, chat ou chenille bifide. Il est là, étalé sur ma table, ventre ouvert. Je vois fonctionner son organisme.

Dans cet être organisé, si j’enlève la guerre, …
JNPgi-26-JE LE DÉSORGANISE-le-i

comme si je sectionnais le 27e centre moteur de la chenille, cette perle toute mouvante d’arcs-en-ciel et indispensable à sa vie. »

F                                                                                         S


« Si des cas d’insubordination ont parsemé les quatre années de guerre, il existe de mai à juin 1917 une crise de discipline globale dans l’armée française. Ces mutineries, dont l’origine s’explique entre autres par les conditions de vie plus que pénibles des soldats, sont représentées par une multitude de pratiques allant de la désertion aux mutilations volontaires. Toutefois, quelle que soit la forme que prennent ces actes d’insubordination, qu’ils soient individuels ou collectifs, ils manifestent tous un refus de faire la guerre. Dans l’armée française, ce sont des dizaines de milliers d’hommes issus d’une centaine d’unités différentes qui refusent de se battre. Cependant, il est extrêmement difficile de mesurer plus précisément le nombre de mutins tant le phénomène de désobéissance est rendu complexe par la variété de son expression. L’indiscipline ne touche pas seulement l’armée française. Toutes les armées ont dû faire face à des cas de désobéissance, certaines les réprimant plus violemment que d’autres. »

Source :  https://buclermont.hypotheses.org/2743
JBLEDUC

 

Je ne peux pas oublier : Refus d’obéissance – Jean Giono – 25 – POUR QUI !

En cette période de guerre et de sacrifices demandés à chacun, notamment ceux qui n’ont comme lieux de confort et de rencontre que les espaces publics et les lieux de rencontre, le quotidien est en tel écho avec le texte de Giono que tout commentaire me semble superflu.
(Pardon à ceux qui, engagés dans l’aide à l’autre, pourraient voir ici une contestation de leur implication , au coeur de la souffrance ils ne peuvent que souhaiter son immédiat soulagement et l’éradication locale de ses causes. Le long terme et les implicites sont incompatibles avec leur nécessaire engagement.)


départ engagés

JNPgi-25-NOUS SAVONS DONC-le-i

JNPgi-25b-C’ EST UN DE SES OUTILS-le-i

Je ne peux pas oublier : Refus d’obéissance – Jean Giono – 24 – pour qui

Ici L’auteur motive ce refus d’obéissance par un doute. Quand un sacrifice est obligatoire et que ceux qui le refusent sont punis de mort, pour qui est-il vraiment ?


Ce doute, cette interrogation à propos de la justification d’une exigence imposée à des hommes et femmes libres,  est  tout aussi légitime en cette période de panique totale en France et dans le monde à propos d’un danger qui cause moins de décès que la voiture, la grippe et les accidents domestiques.)
Sans qu’il s’agisse de conclure ! La réalité est – quand elle n’est pas aussi brutale qu’en 14-18 – un fin dosage d’intentions, d’actes conditionnés, de suggestions fines, d’infusions lentes et inconscientes.
Rappelons que nous ne mettons pas la ceinture de sécurité pour nous protéger, puisqu’elle est obligatoire, y compris pour les personnes majeures, mais pour épargner à notre prochain un possible surcoût de son assurance santé.


« Il faut que moi, toi et les autres, nous nous sacrifiions. A qui ?

L’état capitaliste nous cache gentiment le chemin de l’abattoir : vous vous sacrifiez à la patrie (on n’ose déjà plus guère le dire) mais enfin, à votre prochain, à vos enfants, aux générations futures. …

JNPgi-24-ET AINSI DE SUITE-le-i


(Plus facile)


(Solution)


« Il faut trouver le moyen de conduire les gens à la mort, sinon, il n’y a plus de guerre possible ; ce moyen, je le connais ; il est dans l’esprit de sacrifice, et non ailleurs »

« Les pertes ? – c’est bien, en effet, le prix dont on paye chaque pas en avant, car on n’avance qu’à coups d’hommes ; vaincre, c’est avancer et tout dépend du prix qu’on voudra y mettre. Ce sont les braves semés sur la route qui, en effet, ouvrent le chemin aux autres. »

Général Lucien Cardot

Je ne peux pas oublier : Refus d’obéissance – Jean Giono – 23 – devoir

Préparer son départ …
Giono, dans ce passage, dénonce ce qui contribue à ce conditionnement, à cet apprentissage :
Préparer son départ !


« L’enfant, les yeux bleus, la mère, le père, la joie, le bonheur, l’amour, la paix, l’ombre des arbres, la fraîcheur du vent, la course sautelante * des eaux, il** ne connaît pas.

Il ne reconnaît pas dans son état, dans ses lois, le droit de jouir des beautés du monde en liberté. Économiquement, il ne peut pas le reconnaître.

Il n’a de lois que pour le sang et pour l’or. Dans l’état capitaliste, ceux qui jouissent ne jouissent que de sang et d’or. …
JNPgi-23-CE QU’ IL FAIT DIRE-le-i

* Parfois Giono invente des mots. Ici ce n’est pas le cas. Sauteler existe.
Étrange coïncidence wiktionnaire donne comme exemple une phrase tirée d’un roman de Henri Barbusse, auteur du célèbre « Le feu » prix Goncourt en 1916.

** Le capitalisme


(Plus facile)


(Solution)


« Nous avons vu plus haut quels devoirs s’imposaient à tous les Français en général, à tous les Français d’âge à servir.

Mais il y a encore les jeunes, il y a aussi ces gamins (qu’ils me pardonnent le mot) dont la sang bouillonne, dont l’âme exulte, dont l’esprit est transporté; qui rêvent de combat, de gloire, qui | s’aperçoivent victorieux, et se voient revenant. acclamés, rouverts de lauriers, le ruban rouge sur la poitrine.

Ceux-là, ils ne veulent pas attendre qu’ils soient appelés, et désirent rejoindre leurs aînés.
L’engagement s’impose alors, nous en donnons les moyens légaux. »

[Pour nos soldats : GUIDE DU POILU – Charles Charton]