11 Octobre 1873 …

Le monde illustré rend compte du procès du Maréchal Bazaine.

En préalable, Jules Noriac fait un long développement concernant les issues possibles du procès. Avec une conclusion concernant le public, à la manière dont on juge une pièce de théâtre …

« il ne fera pas d’argent »

(extrait)

Eh bien, l’opinion des prophètes est que le procès du maréchal ne fera pas d’argent, (…), parce que le dénouement sera insignifiant.
Le mot insignifiant, qui paraît singulier, est le seul mot qui puisse être employé dans l’espèce’; je le prouve :
1) Que M. le maréchal soit condamné à mort, — c’est une simple hypothèse, — qu’arrivera-t-il?
Pour le maréchal lui-même, la mort est la chose la plus insignifiante du monde; ceux qui le connaissent savent bien cela.
On fusille le maréchal, — c’est toujours une hypothèse, — quel sera l’effet de cette exécution? Il ne faut pas plus de

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… ou endormies.
D’ailleurs, on sait comment meurent les gens bien élevés.
2) Seconde hypothèse : le maréchal est condamné au bannissement, c’est-à-dire à la dégradation. N’est-ce point encore la mort?
Bazaine exile, dégradé. Bazaine est mort.
3) Troisième hypothèse : le maréchal ne subit qu’un simple blâme. Le maréchal est mort.
4) Quatrième hypothèse : le maréchal est acquitté, mis en liberté sur l’heure. Eh bien! le maréchal n’en est pas moins mort.
Tout commandement lui devient impossible. Or, Bazaine sans commandement est un homme mort, bien mort.

Jules Noriac envisage en liaison avec cette 4ème possibilité, que l’on puisse tout de même confier un commandement à Bazaine. C’est l’occasion d’évoquer le sort de ceux qui interviennent, d’un côté où de l’autre dans un conflit. (De nombreuses interventions de cette nature ont, un peu partout dans le monde, été catastrophique pour l’intervenant, y compris non guerrier.)

Dans ce dernier cas, il lui resterait peut-être une ressource : prendre un commandement à l’étranger, faire des prodiges de bravoure et de tactique.
Ce serait parfait, mais c’est plus difficile qu’on ne croit.
On ne se bat plus beaucoup dans l’univers.

Oh ! si !
Il y a les guerres civiles; mais après toutes les guerres civiles on finit par s’embrasser, et le héros qui est venu fourrer son épée entre l’ordre et le désordre est toujours assez mal vu des deux partis.
Défenseur de l’ordre, il passe à l’état de …

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… Donc, pas de dénouement possible dans ce triste procès.


Deux des hypothèses ont été validées par le procès, ainsi que sa conclusion.
Puisque le maréchal Bazaine a été condamné à mort, puis gracié et condamné à de la prison.

10 Octobre …

… L’Eclipse donne, en première page, une caricature (exécutée par Gill) Mademoiselle Rousseil, actrice de renom, que rien ne destinait à la brillante carrière qui fut la sienne. Privée, à 11 ans, de son père , envoyé au bagne de Cayenne par Napoléon III où il mourra un an plus tard, vendeuse de fruits, puis apprentie couturière, après être passée par toutes les étapes intermédiaires de la carrière d’actrice, elle entre à la Comédie Française à l’âge de 30 ans. Elle y jouera des rôles prestigieux tels que celui de Chimène dans le Cid.

À 33 ans elle écrira « La fille d’un proscrit » en mémoire de son père.
Le journal « Le Gaulois », très favorable à Napoléon III le lui reprochera, sous la plume de Léon Chapron, dans un article où l’on trouve une moquerie à l’égard des femmes qui osent se défendre des trop grandes proximités masculines.

Mlle Rousseil est bien cette pudique comédienne qui défendant sa vertu ainsi qu’une tigresse défend ses petits, brisa un jour sa lorgnette sur le visage d’un audacieux qui s’affublait du titre d’agent des mœurs, le drôle voulait …

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… la bouquetière Isabelle*, dont la virginité quadragénaire figure, dans les guides de l’étranger, comme une des curiosités de Paris, Mademoiselle Rousseil n’entend pas qu’on « a « joue au chat perché »  avec son honneur. Viennent les Anglais, ô France ! ils retrouveront, sur ton sol sacré, des Jeannes d’Arc inattendues.

On ne reprochera pas à l’auteur d’être en accord avec le titre de son journal dans cette « gauloiserie »


Ici les premiers mots du roman que Mademoiselle Rousseil a dédié à son père.

La petite ville de Niort était toute en émoi. Sur la place du Donjon une foule énorme gesticulait, se bousculait et criait :
— C’est une infamie ! il n’a rien fait. Pourquoi l’arrêter ?
— C’est un honnête homme; c’est un républicain !
nous sommes en république ! On ne peut pas l’enfermer; c’est notre chef, on en veut à notre liberté.

Et pour finir le dernier paragraphes.

Souvent, le soir, à la clarté des étoiles, on voit deux grandes ombres près de la tombe de Rosita : Zéky, qui vient parler d’amour à sa chère morte; François Robin, qui vient prier sa fille de le rappeler près d’elle dans la demeure des élus.


9 Octobre 1968

… ce jour voit le décès d’un homme de lettres qui a dirigé la NRF et protégé un grand nombre d’artistes (écrivains, peintres) en lesquels il avait foi, mais dont l’œuvre n’avait pas encore la place qu’il lui savait méritée : Jean Paulhan.
Parmi les auteurs qui ont bénéficié de l’aide de Jean Paulhan figure André Dhôtel dont il a été l’ami fidèle.

Dans la revue que Jean Paulhan avait fondée : Les lettres Françaises (« Front National des Ecrivains de France »), tout naturellement on trouvera une critique élogieuse du second roman d’André Dhôtel « Les rues dans l’aurore« . Roman qui possède toutes les caractéristiques propres aux oeuvres de l’auteur qui font que les uns l’affectionnent particulièrement, et d’autres jugent ses livres sans véritable histoire, confus et insipides.

(Extraits)

S’il est un livre qu’il faut recommander aux amateurs de vrais romans* d’aventures — et par aventures on doit entendre ici le déroulement des mille anecdotes banales et uniques dont est faite la vie de tous les jours — c’est bien le roman d’André Dhotel, »Les Rues dans l’aurore » qui est un ouvrage dont l’audience ira sans cesse croissant.
Cette sorte de livres n’a nullement besoin de recommandations officielles; chacun de ses lecteurs le conseillera, j’en suis sûr, à ses proches et les « Aventures de Georges Laban » — c’est le sous-titre du volume — risquent d’être bientôt populaires. Car ce sont bel et bien des aventures, déconcertantes, inattendues et contées avec une souriante douceur, sur un ton de confidence attendri et matois, que ces Rues dans l’aurore nous rapportent et qui ne demandent qu’à être connues de tous.

Je présume qu’André Dhotel portait en lui ce livre depuis le temps, déjà lointain, où il nous donnait son premier livre, Campements.
Les Rues dans l’aurore s’échelonnent sur toute une vie et si les souvenirs de jeunesse y tiennent une grande part, toutes les expériences de la maturité y sont également utilisées. Un auteur ne réussit qu’une fois un livre et il serait très beau si André Dhotel nous en donnait encore un de cette qualité. Ce que nous ne pouvons que lui souhaiter.

C est à Verziers, une petite ville perdue quelque part dans l’Est, avec une grande forêt où se déroulent maintes péripéties, un quartier ouvrier comme on n’en voit plus, si ce n’est dans les films où l’on évoque le charme un peu vieillot de la province, que vit la famille Laban.
Les Laban ont un fils qui, tout jeune, est un mélange de bon petit diable et d’enfant terrible; c’est un mauvais caractère, un garçon orgueilleux dont de continuelles humiliations ne feront que rendre plus implacable la ténacité. On ne pourra jamais rien faire de bon de lui; il est insociable; il amasse sur lui-même les pires mécomptes. On le redoutera car il se complaît dans les mensonges. Il causera ainsi maintes perturbations dans la petite ville et dans le quartier ouvrier où il fait finalement figure d’agitateur, bien qu’il s’en défende : car Laban

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… dont les épisodes, aussi variés et compliqués qu’ils soient, ne serviraient qu’à nous dépeindre là triste vie d’un raté si nous ce soupçonnions, dissimulée sous chaque page, la présence d’un élément mystérieux qui donne au roman une substance chaude et pathétique.
C’est ce mystère, dont André Dhotel ,a dosé très heureusement la participation à la vie de Georges Laban, qui donne tout son prix à ce livre et qui en illumine les passages les plus sombres. Les anecdotes sans relief de cette carrière manquée constituent les « Aventures mystérieuses de Georges Laban ».

A Verziers, des hommes d’affaires se disputent avec une âpreté qu’un demi-siècle de calculs et d’attentes ne désarme pas les terrains du quartier ouvrier où vit une population fort sympathique.
C’est la première trame du roman et elle excite fort notre intérêt. Tout au long du livre, ces affaires seront disputées entre les principaux personnages de l’histoire et Laban sera mêlé à cette rivalité.
Il y sera doublement mêlé, puisqu’il est amoureux d’une jeune fille, la gracieuse et énigmatique Anne-Marie, qui est l’enfant naturelle de l’un des partenaires du récit. Et le visage d’Anne-Marie, dont on ignore presque jusqu’à la fin quel a été le destin, accompagnera Laban tout au long de ses aventures. Ce sera la deuxième trame du livre, une trame plus fine, brillante comme le givre de la forêt enchantée de Verziers et qui se, mêle très habilement à la première. Enfin une autre trame sur laquelle sont inscrites les silhouettes du pittoresque Grovey, le camarade d’enfance, de Léon, le domestique irascible, du père d’Anne-Marie et surtout d’Antoine, le simple d’esprit, se superpose aux précédentes. Le livre se déroule donc sur plusieurs plans qui s’enchevêtrent avec un art achevé et font sans cesse rebondir l’intérêt de l’histoire.
J’ajouterai que ce livre, (qu’appréciera le très vaste public des calmes romans-fleuves que nous donnait, avant guerre, la littérature anglo-américaine — mais qui ne leur doit rien — ) nous procure une …

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… de la petite ville qui se transforme insensiblement, comme celle des personnages que l’on voit vieillir de page en page.
Et mêlées à ce récit qu’André Dhotel a écrit avec amour, avec une gentillesse qui lui fait excuser tous ses amis, même lorsqu’ils ne se conduisent pas très bien, il y a de très belles descriptions de la forêt dans laquelle le lecteur ne se perd jamais et qui constituent le plus souriant des décors dont puisse rêver le héros d’un roman d’aventures.


Citation de Jean Paulhan à propos d’André Dhotel :

On dirait un chantier ouvert au soleil levant, avec ses pierres encore brillantes de rosée.

8 Octobre 1909 …

le Messin (Quotidien, organe des intérêts Lorrains) donne une critique de « La dame aux Camélia« , loue l’interprétation de Sarah Bernard … et interroge sur les réactions contradictoires que l’on peut avoir, seul ou immergé dans une salle, relativement à des faits qui engagent les sentiments et la morale.

(L’article)

Elle est archiconnue, battue et rebattue cette pièce, plus que cinquantenaire, et elle ne manque jamais son effet. On la croit usée jusqu’à la corde et elle résiste, fourbue, et elle tient debout. Elle a des…

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… dans les « Rieuses » et c’est à peine si l’on y prend garde, emporté qu’on est par le mouvement passionné du drame.
Le public vient pour Sarah Bernhardt, et il est certain qu’elle signe le rôle; mais ce public a beau se donner à l’interprète, la pièce le prend aux entrailles; et, dans cette salle du théâtre de Metz, presque bondée du plancher au plafond, se produit un curieux phénomène de psychologie des foules:
De l’orchestre au paradis, il n’est pas un homme, jeune ou vieux, pas une femme, mère ou enfant, pas un spectateur enfin qui, pris à part, ne hausserait les épaules, donnant également tort à Armand Duval, un naïf, pour s’emballer ainsi dans le plus absurde des collages, et à Marguerite Gautier, une sotte pour oser rêver d’amour pur dans le dévergondage ; et cependant tout ce monde groupé, « collectivé »

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…contre le sens commun de la morale sociale.
Ample matière à dissertation pour les êtres romanesques.
Pour que la foule échappe à cet entraînement, il faudrait que les deux amoureux fussent au-dessous du médiocre, et Mme Sarah Bernhardt a toujours été au-dessus du très bon dans le rôle de la dame aux camélias.

Il semble que sa conception générale du rôle se soit quelque peu modifiée depuis qu’elle l’aborda pour la dernière fois sur notre scène, il y a sept ans. Nous avons cru constater qu’elle a surtout prodigieusement développé les ressources déjà triomphales de sa plastique, étendant le registre de ses soupirs et de ses sanglots, et ajoutant plusieurs octaves au clavier de ses gestes et de ses attitudes. De là une nouvelle répartition des effets qui se concentrent sur les scènes où la parole cède le pas aux jeux de physionomie et aux mouvements du corps, où le mot s’étouffe et s’essouffle, où l’éloquence de la mimique suffit é l’expression du sentiment et é l’émotion du spectateur, où l’agitation scénique tourbillonne en une sorte de cyclone qui emporte tout. De là une prépondérance de succès assurée au troisième acte, et surtout au monologue désespéré qui suit la conférence désespérée du père Duval ; et au 4e acte, scène de jeu et scène finale, la fameuse scène des billets de banque, enlevée avec une furie de violence vertigineuse.
Même en ces dialogues avec Armand, qu’elle lui cède ou qu’elle le repousse, Marguerite a plus de précision dans les flexions de son cou et de sa taille, dans les adhésions ou les protestations de ses bras que dans les explications de son langage. Mais l’actrice a la ligne et c’est un art souverain qui dirige cette interprétation dont l’aphonie même est .

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… ? Et tout le monde pleurait.
M. Henry Roussel, Armand Duval, était le digne partenaire de Mme Sarah Bernhardt, qui a été non moins chaleureusement acclamée qu’elle le fut lors de ses précédentes apparitions sur notre scène. Dans cette nouvelle tournée qu’elle entreprend en Allemagne, son talent incomparable et la supériorité des artistes qui l’entourent, comme Henry Roussel, feront toujours aimer partout les belles lettres françaises.
Nul doute qu’elle ne rencontre un aussi chaleureux accueil qu’à Metz dans toutes les villes où elle va s’arrêter dans sa tournée.

7 Octobre 1855 …

… nait Louis Léon Théodore Gosselin qui prit pour nom de plume G. Lenotre.

Passionné d’histoire, il pratique la chasse aux documents et notamment les documents « accessoires », qu’il trouvait plus fiables que les documents officiels (possiblement falsifiés par intérêt … national).
C’est cette curiosité insatiable qui le fait retrouver un « mort vivant« , lorsque, intrigué par la signature « feu De Goy » il met la main sur des documents qui racontent la vie d’un prêtre miraculeusement réchappé d’un massacre perpétué, par la population, le 2 septembre 1792 à la prison des Carmes.
Cent quatorze prêtres y trouvèrent la mort. Figure parmi ceux-ci (un document l’atteste) Fiacre-Joseph de Goy.

Le récit qui suit, évoque « sa résurrection » et sa « vie posthume. » (Le Temps 1911)

Ce que peuvent voir de plus émouvant, à Paris, les curieux du passé est sans doute cette crypte de l’église des Carmes, rue de Vaugirard, où dans des vitrines sont entassés les ossements des prêtres massacrés, le 2 septembre 1792, par la populace du quartier.
Un caveau voisin de ce souterrain funèbre, est tapissé; de dalles provenant de l’ancienne, chapelle dans laquelle se traînèrent pour mourir les plus nombreuses victimes; on distingue encore, sur les pierres grises et sur les planches vermoulues, l’empreinte dès mains sanglantes et des coups de pique. Le jardin où s’effectua la tuerie est un vaste enclos, très vert et très silencieux, que barre de ses façades noires
(…)
Ils guettaient là les prêtres, au nombre de cent quatorze, et les lançaient à travers les parterres; puis ils s’amusaient à leur donner la chasse et les traquaient jusqu’à l’oratoire aujourd’hui démoli, qu’on voyait alors à l’extrémité des allées. Quand vint le soir de ce jour néfaste, cet oratoire se trouva rempli de cadavres. Des fonctionnaires se présentèrent et dressèrent en hâte, paraît-il, les actes de décès destinés à l’état civil; et tandis qu’il était procédé à cette formalité rapide, on réquisitionnait en même temps deux chariots sur lesquels on chargea une trentaine de corps, qui furent conduits pour y être inhumés au cimetière de Vaugirard.
Comme il se faisait tard, après un premier voyage, les voituriers ne reparurent pas, et l’on jeta pêle-mêle les autres morts dans un puits du couvent. C’est là qu’on retrouva leurs ossements, lors du percement de la rue de Rennes, en 1867, et c’est de cette dernière époque que date l’aménagement actuel de la célèbre crypte.
Or le charretier, tout en conduisant son convoi vers Vaugirard, s’aperçut que l’un des …

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C’était celui d’un jeune prêtre. En arrivant à sa destination, le voiturier fit part de sa constatation à l’inspecteur du cimetière, qui prit sur lui de surseoir, pour celui-là, à l’inhumation. Même il fit porter, à son propre domicile le blessé évanoui, et manda secrètement un chirurgien.
Il y a de braves gens partout et toujours. Il y en avait, à Paris, même en septembre 1792., Le médecin se montra discret et empressé; le courageux inspecteur et le charretier, son complice, rivalisèrent de soins et de dévouement. Le prêtre guérit, et son premier souci, dès qu’il put se tenir debout, fut de ne point compromettre ceux qui l’avaient sauvé. Malgré leurs instances, il les quitta pour se mettre en quête d’un autre refuge.

Ce jeune prêtre qui se nommait Fiacre-Joseph de Goy prit une autre identité, apprit le métier de dentiste, et officia dans cette profession tant qu’être prêtre réfractaire pouvait conduire à la mort.
Dès qu’il le put, il reprit une existence normale, sous son nom, s’amusant parfois à signe « Feu de Goy », vicaire à Saint Roch, puis desservant dans de Saint Thomas d’Aquin (paroisse de l’Abbaye-aux-Bois).

A la fin de sa vie, il racheta le Mont Valérien et à cette occasion se fit reconnaître sous sa véritable identité.

Il s’installa en solitaire au Mont-Valérien, s’occupa à relever de leurs ruines les bâtiments renversés par Merlin (le précédent propriétaire), rétablit les trois croix sur leur ancien emplacement.
Le Calvaire ainsi reconstitué …

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… y donnaient rendez-vous et y tenaient conférences.
Feu de Goy décéda pour la seconde fois, le 19 février 1806, et fut enterré- dans son ermitage. M. le docteur Max-Billard y a retrouvé sa tombe, et l’inscription qu’il rapporte n’indique pas que le mort couché là survécut, durant quatorze ans, à son trépas officiel.


Pour ne égayer un peu cette histoire à dominante triste, citons l’écho que peut avoir l’aventure de « Feu de Goy » avec un film des « Monty Python »

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6 Octobre 1882 …

… Le Don Quichotte, journal satyrique publie en sa première page un poème en vers qui entend dénoncer et se moquer des propositions du Programme du Parti Ouvrier Français issues de son congrès en 1882. (Saint Etienne et Roanne)

(Voir en fin de page ce programme, dont un grand nombre de points a été repris bien plus tard, comme la durée journalière maximale du travail, le repos hebdomadaire, le travail des enfants, l’égalité femme/homme …)

Pour vendanger sans trop de peine
Dans le domaine social
Vous trouverez à Saint-Etienne
Un joli moyen radical

Ou bien, s’il vous est plus commode
De voir Roanne et son congrès,
A votre aise : comme méthode
C’est la même chose à peu près.

Ce moyen que je vous annonce
Est aussi simple que savant
Il est admirable, il enfonce
Tout ce qu’on connaissait avant.

Jadis une bête routine,
Qui n’est plus dans le mouvement,
Faisait respecter la racine
Et couper le fruit seulement.

Mais …

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… après. »

« Le tronc fécond porte la branche
Et la branche porte le fruit :
Donc c’est le tronc qu’il faut qu’on tranche
Pour avoir tout ce qui s’en suite. »

Des gens à cervelle bornée
Feront peut-être envisager
Qu’après cet exploit, l’autre année
N’aura plus rien à vendanger.

Mais ce n’est pas cela qui gêne
Les auteur d’un si beau travail.
Et vraiment ce n’est pas la peine
De s’arrêter à ce détail.

Ils nous offrent des garanties :
L’avenir ne sera que miel,
Et les alouettes rôties
Tomberont à foison du ciel.

Plus de crainte, plus de misères,
Plus de faim aux sombres assauts ;
On partagera comme frères
Le tronc en tout petits morceaux

Et …

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… de poing.*

*Allusion à la dissension au sein de la Fédération du parti des travailleurs socialistes de France avec la création du Parti ouvrier


a) PARTIE POLITIQUE.
1. Abolition de toutes les lois sur la presse, les réunions et les associations et surtout la loi contre l’Association internationale des travailleurs. Suppression du livret, cette mise en carte de la classe ouvrière, et de tous les articles du Code établissant l’infériorité de la femme vis-à-vis de l’homme.
2. Suppression du budget des cultes, et retour à la Nation des « biens dits de mainmorte, meubles et immeubles, appartenant aux corporations religieuses » (décret de la Commune du 2 avril 1871), y compris toutes les annexes industrielles et commerciales de ces corporations.
3. Suppression de la Dette publique.
4. Abolition des armées permanentes et armement général du peuple.
5. La commune maîtresse de son administration et de sa police

b) PARTIE ÉCONOMIQUE.
1. Repos d’un jour par semaine ou interdiction légale pour les employeurs de faire travailler plus de six jours sur sept. Réduction légale de la journée de travail à huit heures pour les adultes. Interdiction du travail des enfants dans les ateliers privés au-dessous de quatorze ans, et de quatorze à dix-huit ans, réduction de la journée de travail à six heures.
2. Surveillance protectrice des apprentis par les corporations ouvrières.
3. Minimum légal des salaires déterminé, chaque année, d’après le prix local des denrées, par une commission de statistique ouvrière.
4. Interdiction légale aux patrons d’employer les ouvriers étrangers à un salaire inférieur à celui des ouvriers français.
5. Égalité de salaire à travail égal pour les travailleurs des deux sexes.
6. Instruction scientifique et professionnelle de tous les enfants mis pour leur entretien à la charge de la société représentée par l’État ou la commune.
7. Mise à la charge de la société des vieillards et des invalides au travail.
8. Suppression de toute immixtion des employeurs dans l’administration des caisses ouvrières de secours mutuels, de prévoyance, etc., restituées à la gestion exclusive des ouvriers.
9. Responsabilité des patrons en matière d’accidents, garantie par un cautionnement versé par l’employeur dans les caisses ouvrières, et proportionné au nombre des ouvriers employés et aux dangers que représente l’industrie.
10. Intervention des ouvriers dans les règlements spéciaux des divers ateliers, suppression du droit usurpé par les patrons de frapper d’une pénalité quelconque leurs ouvriers sous forme d’amendes ou de retenues sur les salaires (décret de la Commune du 27 avril 1871).
11. Annulation de tous les contrats ayant aliéné la propriété publique (banques, chemins de fer, mines, etc.) et l’exploitation de tous les ateliers de l’État confiée aux ouvrier qui y travaillent.
12. Abolition de tous les impôts indirects et transformation de tous les impôts direct en un impôt progressif sur les revenus dépassant 3.000 francs. Suppression de l’héritage en ligne collatérale et de tout héritage en ligne directe dépassant 20.000 francs.

5 Octobre 1836 …

… Le Charivari, Quotidien satirique mets en vers, les mésaventures de M. Martin, qui se retrouve avec un poste de ministre, à son réveil.

…je passe ici sur les causes de sa « léthargie » momentanée, pour lesquelles François Guizot a joué un rôle important. Guizot qui faisait à l’époque la pluie et le beau temps pour les gouvernements successifs.

Scène Ministérielle

M. Martin

Ministre, dites-vous, Moi ministre? C’est faux !
C’est sans doutes un cancan de ces maudits journaux…

Guizot

Mais non mon cher Martin, la chose est véritable.

M. Martin

Quoi ! D’avoir accepté j’aurais été capable ?
Moi qui, chef du parquet, pouvait à mon loisir
Poursuivre, actionner, saisir et requérir,
Et réciter tout haut mes harangues apprises
Devant la cour des pairs ou devant les assises ;
Je me serais démis et aurait déserté
Ce poste plein de charme et …

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…Où la veille on s’assied pour choir le lendemain … !
Je n’ai pas accepté. Non mon cher, c’est certain.

Guizot

Vous avez accepté, je vous le certifie.

M. Martin

Je ne m’en souviens pas.

Guizot

C’est votre léthargie !

M. Martin

Quelle est la dignité qu’à ce que je puis voir
Pendant ma léthargie on m’a fait recevoir ?

Guizot

C’est le département du commerce.

M. Martin

On veut rire

Le tour est excellent. Quoi, vous osez me dire
Qu’en huit départements, j’ai choisi pour le mien
Celui précisément auquel je n’entends rien ?

(…)

Guizot

Mais c’est par dévouement que vous prîtes la place.
Après bien des efforts on parvint à nommer
Un cabinet nouveau, bien lent à se former,
Un poste était vacant. Si quelqu’un le prend vite,
De tous les embarras le trône est enfin quitte;
Mais s’il ne trouve pas qui veuille l’accepter,
En de nouveaux hasard il faut se rejeter
Votre dévouement a sauvé la monarchie.

M. Martin

Je ne m’en souviens pas.

Guizot

C’est votre léthargie !

Vous avez même pris quelques engagements. …


Dans la suite de l’échange, Guizot apprend à M. Martin qu’il aurait promis
– de faire « la guerre » à l’ancien ministère.
(Alors même qu’il a été leur allié. Martin fait alors une remarque pertinente. Il se serait une « étourderie » que de combattre « ceux qui peuvent revenir » au pouvoir.)
– de voter le renvoi de la Chambre, si elle leur était hostile.
(Alors que cette Chambre l’a nommé deux fois son vice-président, qu’il lui doit sa fortune, et que ses électeurs ne le réélirait pas)
C’est alors que le docteur vient qui confirme la « léthargie » de M. Martin, ajoutant que celui-ci lui aurait promit un poste important (médecin au Trésor)
M. Martin doute alors plus que jamais de cette « léthargie » car il a toujours pris ce médecin pour un ignare, et lui « donner un emploi serait une anerie« 

Guizot (de la saynète) a alors un argument des plus convaincants.

Guizot

Puisque vous voilà mieux, allez prendre au Trésor
Votre douzième échu qui vous attend encor.
Voici déjà six jour qu’il est à l’échéance ;
Car nous touchons au cinq. De faire diligence
Ce mois-ci par le mal, vous fûtes empêché.

M. Martin

Quoi ! mon 12…

léthargie.

4 Octobre 1928 …

… C’est la « belle époque« , à Paris l’heure est à la bonne humeur, chez ceux qui peuvent se la payer. L’hebdomadaire Parisiana (Le télé-blagues, « seul quotidien paraissant une fois par semaine« ), leur donne matière à s’encanailler pour la modique somme de 75 centimes.


Parmi les histoires plus ou moins pimentées d’adultères dans lesquelles la femme n’a pas toujours le beau rôle, quelques brèves qui se veulent à la fois plausibles et drôles (et le sont parfois), celle-ci parfaitement amorale d’un jeune homme qui se sort habilement d’une situation délicate.

Un fiancé avisé

M. Stéphane Bouvreuil, de condition modeste, était fiancé à Mell Gilberte Boulimy, fille unique d’un nouveau riche qui, très coquette, faisait de folles dépenses.
Ayant appris qu’elle venait, de commander pour cent mille francs de toilettes à sa couturière et pressentant une ruine inévitable et

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… de la couturière.


La belle époque ne l’était pas pour tous. Elle était aussi celle ou tout ou presque était permis à l’égard, des juifs, des noirs et d’autres minorités considérées comme inférieures ou mêmes nocives.
Ici, la plaisanterie est presque innocente*.

*Un ami, ayant comme moi, mais de façon plus visible, du sang noir dans les veines, aimait entrer dans une boulangerie et demander une tête de nègre.

3 Octobre 1901 …

… Saint Nicolas, publication hebdomadaire destinée aux enfants, évoquait, dans une petite histoire signée Pierre Du Chateau, la vie d’un facteur russe, à travers une journée…ordinaire.

Au cours de ce récit, le narrateur glissera quelques spécialités culinaires et en particulier une boisson faiblement alcoolisée (Russe et Ukrainienne, qui aurait existé chez les grecs), le kvas (ou kvass)

(Extrait)

L’aube paraît à peine, toute pâle, comme à regret, dans la plaine immense, jetant un œil surpris sur l’homme intrépide qui, aujourd’hui encore, l’a devancée, en dépit du froid glacial.
A le regarder glisser sur la neige ; à l’aide de ses longs patins ou raquettes, et franchir, comme à tire-d’aile, collines et vallons, on croirait voir un oiseau gigantesque qui rase le sol pour s’en aller donner l’éveil au lointain village dont il est le facteur…
Toutes les izbas s’ouvriront à sa vue.
– Entre donc ici pour te réchauffer
Et il entrera, …

… Ah! le meilleur est celui d’Ivan Fédorovitch l’intendant du domaine de Montrepos.
Justement voici une lettre à son adresse; et le facteur se réjouit de penser qu’il savourera l’eau-de-vie de choix, à côté d’un bon poêle de faïence, en répondant aux questions de Sacha, la servante, si curieuse de détails sur les magasins de Moscou…
Déjà il l’entend lui dire, avec un sourire de toutes ses dents blanches
– Je voudrais bien être dans ton sac, Ivan, pour visiter tout cela

…Soudain, un souffle chaud lui arrive sur le cou tandis qu’un grognement sourd lui fait un haut-le-corps.
– Holà ! …
Et se trouve face à face avec un ours gigantesque, sorti du tronc creux de l’arbre, sa tanière, où, depuis trois mois, il se lèche les pattes en attendant le soleil. Sans doute que l’incident égaie ses jours monotones, car on dirait qu’il rit sa lèvre est retroussée et son petit œil brille il est dressé de toute sa hauteur
Dmitri va recevoir un mortel baiser. Mais, prompt comme la foudre, celui-ci a saisi son revolver et ajusté l’ennemi. Le coup part. L’ours, étonné, hésite et cette hésitation permet au facteur de s’échapper. L’animal, dont l’oreille saigne, s’élance sur ses traces mais lui n’a pas de raquettes, heureusement; et voici le grand oiseau qui reprend son vol, souriant des menaces que lui transmet le vent.
A mi-chemin du village, les grelots d’un traineau tintent et se rapprochent.
De loin déjà on lui sourit
– Salut Ivan !
– Salut, Dmitri Fédorovitch Justement, j’ai une lettre pour vous.
Donne mais tu entreras quand même !
Sacha te versera le kvass habituel.
Et la femme de l’intendant ajoute
– La route est-elle libre, Ivan Mikhaïlovitch ?
Il montre l’horizon, et, baissant la voix
– L’homme à la pelisse fourrée m’a fait un bout de conduite Tirez à gauche, c’est plus prudent.
– Oh, …

… , facteur !
– Dieu est haut, le tsar est loin. Que Saint Georges nous protège !


Le KVAS

2 Octobre 1892 …

… Ernest Renan décède. Une des oeuvres les plus connues de l’auteur de « l’Histoire des langues sémitiques » est  » La vie de Jésus« .
« La lune » journal satyrique, l’évoque dans un numéro où l’auteur est caricaturé en première page, par la plume de GILL.


A cette occasion plutôt que de traiter de l’œuvre de Renan, le journal s’amuse à évoquer une autre relation de la vie de Jésus, celle du fantasque et « célèbre excentrique » : le comte de Saint-Germain.

(extrait de l’article)

(Pour lire la grille plus facilement cliquer ici)