L’Unique – Chapitre I : Rêverie calabraise

Ce jour-là, après le festin de midi, Irénée trouve refuge dans un livre, et à l’ombre d’un figuier.
Cet arbre au feuillage dense, sous lequel,  les anciens d’ici lui rappellent régulièrement que, s’y endormir peut vous « faire attraper la mort ».
Il n’y est pas venu pour la sieste, mais espère, en une pause lecture, aider à la digestion des lourdes portions de sa belle-mère et, sous son arbre, échapper à l’atmosphère étouffante du début d’après-midi.
… la fatigue due à la chaleur se mue en une douce langueur, propice à l’immersion entre les pages.

Le roman qu’il tient dans ses mains, découvert deux mille kilomètres plus au nord, en sa Lorraine natale, avait trouvé sa place au fond de la petite bibliothèque de l’entrée, là où tant d’histoires restaient figées dans l’oubli entre deux lecteurs.
En temps normal, Irénée a toujours en mémoire l’origine de ses livres,  que ce soit des cadeaux, des trouvailles en librairie, en boîte à livre, ou des emprunts plus ou moins définitifs. Mais, celui-ci, il est incapable de se souvenir de sa provenance, et chaque fois qu’il a ce roman entre les mains le mystère de son apparition et l’absence du nom de l’auteur sur la couverture, lui triturent l’esprit un long moment, avant qu’il  parvienne à reprendre sa lecture.
 …
Mais le sentiment persistant d’un mystère à venir lui apporte une douce excitation, un frisson agréable, semblable à celui qui le réveille parfois au milieu de la nuit, lors d’un rêve trop intense.

Cette nuit-là, bien que le calme y ait régné, Osipii avait mal dormi.
Plus encore que d’habitude, une paix trop présente avait pesé sur son sommeil. Paix due en partie à l’obscurité totale que sa mère voulait maintenir en fermant hermétiquement les volets de la chambre.
Elle pensait envelopper ainsi le sommeil de ses enfants dans un cocon protecteur.
La première action de son fils fut de faire entrer le jour dans la chambre.

Un écho étouffé, comme d’un craquement perdu dans les plis de la nuit, se fondit peu à peu dans le silence, faisant sursauter Osipii, encore englué dans un demi-sommeil.

Il courut jusqu’à la cuisine où ses parents et sa sœur en étaient déjà au petit-déjeuner.
« Vous avez vu comme le temps a changé d’un seul coup ? Le ciel était complètement bleu, et en un clin d’œil, cet orage… ! »
Mais il ne termina pas sa phrase, car tous le regardaient avec des yeux écarquillés, mi- curieux mi- amusés.
Sa sœur, Jimipi, avec ses boucles brunes et son sourire taquin, le fixant d’un regard moqueur, semblait, comme à son habitude, prête à le provoquer.

« Enfin, je n’ai pas rêvé ! Le ciel était bleu, et dix secondes plus tard, l’éclair, la pluie… »

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